HD
(VOSTFR)
Réalisation : Richard Wallace
Casting : Douglas Fairbanks Jr., Maureen O'Hara, Walter Slezak
Durée : 116 min
Année : 1947
Pays : USA
Genre : Aventure, Fantastique
Dans l'Orient des Mille et une nuits, Sinbad navigue à la recherche de la célèbre île au trésor de Deryabar. En route, il fait la connaissance de l'envoûtante Shireen qui espère se servir de l'aventurier pour mettre la main sur le fabuleux trésor.
MKV HDLight 1080p 1.96 Go VOSTFR
Insaisissable Sinbad… Je ne connaissais à peu près rien de ce personnage, qui ne m’évoquait jusqu’ici qu’assez vaguement l’univers des Mille et une nuits superficiellement associé dans mon esprit aux créatures animées par Ray Harryhausen ; bref, vraiment rien de sérieux. Mais l’occasion aura fait le larron : disposant d’un fichier HD de Sinbad the sailor (1947) qui patientait sur un coin de bureau en attendant que je prenne le temps de lui synchroniser des sous-titres, voici que je tombe par hasard en allant acheter mes pommes de terre sur une devanture de bouquiniste, qui proposait un exemplaire d’occasion des Aventures de Sindbad le marin dans la traduction de René Khawam. Cela tombait donc à point… Naïvement, j’ai cru alors que l’étude du cas Sinbad ne serait qu’une simple petite promenade de santé littéraire et cinématographique ; or il n’en est rien, car même après y avoir consacré bien plus de temps que prévu, le personnage continue d’échapper de ma part à toute compréhension claire et précise de son cadre fictionnel. Car contre toute idée reçue, Sinbad s’avère au bout du compte n’être ni marin, ni des Mille et une nuits contées par Shéhérazade, et ses apparitions sur le grand écran procèdent quant à elles d’une complète redéfinition de sa personne qui ne doit plus grand-chose au marchand aventureux inventé au début du IXe siècle… Ajoutez à cela que Sinbad présente des parentés complexes avec un autre fameux voyageur, Ulysse, dont on doute pourtant qu’il s’en soit inspiré, à moins que certaines similitudes troublantes dans les pérégrinations respectives de ces deux-là ne soient que le produit d’un curieux hasard. Le nom même du héros persan échappe à tout fixité, entre Sinbad et Sindbad, sans compter ses divers homonymes et alter-egos, à commencer par celui qui recueille sa parole dans les récits originels… Bref, tout cela est si confus qu’il ne résulte de tout cet embrouillamini qu’un dénominateur commun fort réduit, dont on ne peut guère dire davantage sinon que Sin(d)bad est un musulman du Bagdad abbasside, qu’il est rusé, qu’il aime les voyages au cours desquels il a vite fait de rencontrer un trésor ou un oiseau géant ; pour le reste, ses contours sont aussi flous que ceux de l’antique port de Bassorah sous la brume matinale.
Avant de nous intéresser à Douglas Fairbanks Jr et au film de la RKO, je vous propose donc un modeste éclairage sur l’imaginaire fuyant lié à Sinbad le marin. Pour rappel, les Mille et une nuits à la source de toutes nos fantaisies orientalistes apparaissent autant – sinon davantage – comme une création d’Antoine Galland, l’érudit qui les a importées et adaptées à notre usage au début du XVIIIe siècle, plutôt qu’un recueil immaculé de la littérature populaire arabe à l’époque médiévale ; d’où l’arbitraire de leur périmètre, en réalité plus restreint qu’on ne le croit généralement. Ainsi, des personnages aussi connus qu’Ali Baba, Aladin ou Sinbad ne font pas partie originellement de l’ensemble de contes narrés à un sultan quelque peu possessif par une Shéhérazade soucieuse de sauver sa tête ; leur adjonction aux Mille et une nuits n’est due en réalité qu’à l’arbitraire de Galland, qui a sans doute vu dans les sept voyages de Sinbad une opportunité susceptible de rallonger d’une semaine le sursis de l’érudite fille aînée du vizir. En outre, ce qu’a proposé l’orientaliste picard au lectorat européen est davantage assimilable à une adaptation des manuscrits conforme aux attentes de ses compatriotes et contemporains plutôt qu’à ce qu’il convient d’appeler une traduction ; mais quoiqu’on puisse redire au sujet du travail de Galland, on lui sait gré d’avoir créé ainsi et de manière durable le socle indéfectible sur lequel repose désormais l’imaginaire relatif à la Perse fabuleuse telle que l’entend le monde occidental. Passons sur la nouvelle adaptation effectuée vers 1900 par Mardrus, qui ne fait qu’accentuer les tendances et partis-pris de son prédécesseur ; c’est finalement à René Khawam que l’on doit dans la seconde moitié du XXe siècle un travail beaucoup plus rigoureux de traduction et de recherches sur cet ensemble de contes populaires de la tradition musulmane. La démarche de Khawam a donc consisté à oublier volontairement le travail de Galland en repartant des diverses sources manuscrites, sans modification du corpus de textes et en adoptant un style de traduction censé être fidèle aux textes originaux, lesquels résultaient comme pour Homère d’une longue tradition orale ; or cette démarche plus scientifique a conduit naturellement René Khawam à séparer les Mille et une nuits de ses ajouts apocryphes tels que Les aventures de Sindbad le marin, qu’il va donc prendre soin de publier à part, en repartant des divers manuscrits originaux pour effectuer une traduction stylistiquement plus proche du texte en langue arabe. N’ayant pour ma part lu que très partiellement (et il y a fort longtemps) les Mille et une nuits de Galland, c’est donc avec un regard à peu près vierge que j’ai pris connaissance de l’univers de Sinbad par le biais cette version chimiquement pure concoctée par le traducteur franco-syrien, précédée de ses commentaires introductifs. Cette découverte a été riche en surprise, à commencer par le fait que le qualificatif accolé au nom du héros est parfaitement trompeur : l’impétueux Sinbad s’avère n’être nullement marin, et s’il se trouve à embarquer régulièrement sur des navires, ça n’est tout au plus que par opportunité. Ainsi les nombreuses représentations cinématographiques le montrant jouer peu ou prou les capitaines de vaisseau – notamment dans le fameux triptyque de films dû à Charles H. Schneer et Ray Harryhausen – s’avèrent parfaitement fallacieuses ; notre héros mal nommé n’est en vérité pas même matelot, au mieux serait-il une sorte de subrécargue : je crois même me souvenir que lors de son premier voyage, il souffre du mal de mer… « Sinbad le marchand » aurait été bien plus approprié pour désigner celui qui n’a d’autre intérêt pour la mer que de s’enrichir en partant vendre aux quatre coins de l’océan Indien ses ballots de marchandise : comme le fait remarquer Khawam, on en apprend bien plus dans Les aventures de Sindbad le marin sur la nature des échanges commerciaux sous le califat abbasside que sur la marine perse musulmane ; en tout cas Sinbad ne possède ni ne commande jamais aucun navire, il ne fait tout au mieux que s’associer avec d’autres commerçants pour financer des expéditions maritimes ayant pour but de le porter loin de sa Bagdad natale en quête de nouvelles marchandises. Autre découverte surprenante : Sinbad le (faux) marin possède un alter-ego, et comme c’est le cas pour de nombreux autres récits populaires de cette ère culturelle (dont les Mille et une nuits), ses sept voyages prennent place à l’intérieur d’un récit-cadre durant lequel c’est un certain Sinbad le Portefaix qui recueille sa parole. L’homonymie des deux personnages n’est bien sûr pas fortuite, et c’est par le miroir de la condition sociale que l’un et l’autre se répondent : autant Sinbad le Marin vit dans une opulence tape-à-l’œil, autant Sinbad le Portefaix n’est lui qu’un miséreux condamné pour sa subsistance à de pénibles travaux. Et si le premier en vient à ouvrir sa porte au second, c’est parce qu’il est piqué d’avoir entendu ce dernier le traiter de parvenu ; le récit des sept voyages sert dès lors à convaincre Sinbad le Portefaix qu’il en a coûté bien des périls à son homonyme pour bâtir son immense fortune personnelle. De ce point de vue, la morale des Aventures de Sindbad le marin demeure assez floue, à l’instar des motivations du héros pour s’embarquer dans de périlleux voyages : s’il apparaît sur la fin se lasser suffisamment de sa condition de nabab pour désirer l’aventure pour l’aventure, c’est en réalité davantage l’appât de nouveaux gains qui le motivent pour prendre le large, et notre marin malgré lui ne revient jamais dans sa demeure initiale sans ramener sous le bras un trésor de plus à amasser ; on notera d’ailleurs à ce sujet que la traduction de Galland avait passablement édulcoré cet aspect très intéressé et mercantile des motivations de l’aventurier.
Les sept voyages de Sinbad ne constituent pas un ensemble homogène, et seuls les cinq premiers présentent une structure narrative récurrente : à quelques variantes près, Sinbad s’embarque à bord d’un navire qui essuie peu après une tempête ou une catastrophe quelconque, à la suite de laquelle notre héros se retrouve rescapé sur une île inconnue dans laquelle un monstre bizarre va lui susciter quelques sueurs froides. La ruse et le fort instinct de survie du héros lui permettent invariablement d’échapper à ce péril ; il est alors recueilli par une peuplade quelconque, se débrouille pour mettre la main sur un trésor ou des marchandises de valeur et trouve enfin un bateau pour le ramener sain et sauf à Bagdad avec ses précieux ballots, grâce à la revente desquels il va pouvoir faire l’acquisition de nouveaux esclaves et autres commodités. Après avoir essuyé tant de périls et jouissant au bout du compte d’une existence de pacha, Sinbad jure à chaque fois qu’on ne l’y reprendra pas ; et puis il finit par s’ennuyer, ou à rêver à de nouvelles richesses, commence alors à concevoir un nouveau projet de départ, et ainsi de suite. Bref, Sinbad a une vie qui ressemble à tout sauf à la mienne, moi dont les projets d’aventures ne se situent pas au-delà du prochain envoi que je vais faire à Jany pour son blog… ce qui m’évite au passage d’aller me coltiner à tout bout de champ avec des géants anthropophages, ce qui n’est donc pas si mal. Quant aux deux derniers voyages de notre héros de l’océan Indien, ils sont tout aussi remuants mais diffèrent un peu des précédents par le fait que Sinbad y acquiert de plus en plus un statut de diplomate, et semble même occuper dans le dernier d’entre eux un poste consulaire qui le retient à l’étranger pour une durée beaucoup plus longue qu’à l’habitude, sans que cela soit pourtant l’occasion de périls supplémentaires ; ainsi le fameux film de Nathan Juran The 7th voyage of Sinbad s’avère assez mal nommé, en cela que les monstres fabuleux animés par la magie de Ray Harryhausen (rokh et autres cyclopes) font en fait référence au cinq premiers voyages du héros persan. A propos de cyclopes, on ne peut qu’être frappé par les similitudes entre certaines péripéties vécues par le rusé marchand de Bagdad et quelques-unes des plus connues qui parsèment l’Odyssée chère à notre culture occidentale : ainsi l’herbe d’oubli du quatrième voyage rappelle irrésistiblement l’épisode des Lotophages chez Homère, tandis que le monstre cyclopoïde qui fait rôtir à la broche les compagnons dans le troisième voyage rappelle bien sûr Polyphème et le chant IX du poème grec. Certains détails de cet épisode ont en effet des parentés troublantes : même cuisine anthropophage, même stratagème d’aveuglement du géant à l’aide de pieux, même propension de ce dernier à rameuter ses semblables… La traduction plus rigoureuse de René Khawam fait néanmoins apparaître que ces similitudes ont été un peu forcées par Antoine Galland ; ainsi ce géant qu’affronte Sinbad n’appartient pas rigoureusement à la catégorie des cyclopes, puisqu’il possède bel et bien deux yeux, et que l’on ne trouve plus trace de l’astuce imaginée par Ulysse pour échapper à Polyphème, en s’accrochant au ventre des moutons. Or dans le souvenir assez vague que j’ai de mes lectures en culotte courte, tous ces détails très « homériques » me semblent en effet bel et bien présents dans les Mille et une nuits de Galland, mais j’avoue ne pas avoir pris le temps d’aller le vérifier. Quant aux traits distinctifs propres aux deux héros des épopées grecque et persane, ils présentent le même jeu trouble de ressemblance et différence ; car si Ulysse et Sinbad se caractérisent l’un comme l’autre par leur esprit rusé, la nature de leur épopées diffèrent néanmoins sur des points essentiels : le premier n’aspire qu’à retrouver sa patrie à l’issue d’un long et dangereux retour de la guerre, tandis que le second se montre toujours pressé de repartir à l’issue d’incessants allers et retours depuis son palais, au sein duquel il finit toujours par s’ennuyer. D’après ce que j’ai pu lire, si les similitudes entre L’Odyssée et Les aventures de Sindbad le marin interpellent évidemment les chercheurs en littérature antique et médiévale, ceux-ci se montrent cependant réticents à en conclure que la première aurait nécessairement inspiré les secondes ; ils estiment en effet peu probable l’éventualité d’une circulation de l’œuvre d’Homère en Orient à cette époque (IXe siècle), et optent donc plutôt pour une source d’inspiration commune venue du fond des âges. Aussi, en terme de monstres fabuleux, si les cyclopes à l’égal des sirènes restent dans l’imaginaire occidental les figures les plus représentatives du bestiaire homérique, la mémoire commune aura choisi prudemment le fameux rokh comme représentant le plus sûr des effrayantes créatures croisées par Sinbad lors de ses voyages : l’oiseau géant est ainsi représenté – ou tout au moins évoqué – dans presque toutes les représentations cinématographiques des aventures du héros abbasside ; voilà qui me fournit une transition idéale pour la suite, puisqu’il va quand même falloir que je me mette à parler du film que je vous propose aujourd’hui.
Comme tous les grands personnages aux aventures rocambolesques, Sinbad fait tôt son entrée dans le septième art : il commence ainsi par être l’objet d’un court-métrage d’une bobine produit en 1919 par Universal, mais dont aucun vestige tangible ne semble avoir survécu jusqu’à nos jours. Après ce coup d’essai, la relative disparition à l’écran du voyageur musulman s’explique paradoxalement par l’intérêt porté par l’industrie cinématographique à l’Orient fabuleux : la cohérence formelle des Mille et une nuits avec tous les récits afférents (Aladin et consorts) fait que les producteurs préfèrent créer des scénarios originaux avec leurs propres personnages, sur la base de cet imaginaire aux canons bien établis : le point d’orgue de tout cet orientalisme féerique en carton-pâte sera bien sûr en 1924 l’éblouissant Thief of Bagdad de Raoul Walsh, ayant pour interprète un Douglas Fairbanks alors au sommet de son art bondissant. Après ce coup de maître, les génies dans leur lampe et les tapis volants se montreront beaucoup plus discrets durant la décennie suivantes, relégués aux courts-métrages d’animation dans le cas de Sinbad, comme nous le verrons pour les bonus de cet envoi, ou à de simples arguments de décor pour des comédies musicales. Le Bagdad fantastique revient subitement en force avec un nouveau coup d’éclat en 1940 : The thief of Bagdad version Powell-Pressburger, plus ou moins un remake du film de 1924, et après lequel il ne sera plus concevable de figurer les Mille et une nuits à l’écran autrement que par un Technicolor le plus flamboyant possible. A cause de l’effort de guerre et de problèmes financiers, la production de ce film anglais dut se déplacer partiellement à Hollywood, lequel porta un regard très attentif au large succès public et critique que suscita la sortie de ce chef-d’œuvre resplendissant : ça y est, la mode de la féerie orientaliste était lancée pour de bon. L’intérêt fut mondial, et entre autres exemples le cinéma indien s’y mit ; du côté d’Hollywood, c’est la Universal reprit le flambeau avec Arabian nights (1942), l’occasion pour le bondissant Sabu reprend du service, et dans lequel Sinbad fait une petite apparition cette fois-ci en chair et en os : le film s’avéra très rentable et on sentait bien que d’ici peu de temps, une compagnie de production allait s’intéresser plus précisément aux fabuleux voyages de Sinbad le Marin. Or c’est la RKO qui va s’y coller à partir de 1945 ; mais pour bien comprendre les enjeux de ce projet, je crois qu’il convient de commencer par dresser un état des lieux de la compagnie qui avait eu quelques années auparavant l’audace de donner sa chance à Orson Welles. Comparativement aux autres grands studios, la RKO avait comme particularité des capacités financières moindres – ce qui n’excluait pas un certain faste occasionnel – ainsi qu’une propension à changer assez souvent d’executive producer, poste-clé dans la mise en route des projets de film. A ce sujet, le passage au milieu de l’année 1942 de George J. Schaefer à Charles Koerner marquait un tournant majeur pour la RKO : si les choix du premier étaient caractérisés par des projets artistiquement ambitieux mais commercialement risqués (c’est Schaefer qui a permis Citizen Kane), le second prit le parti inverse, le slogan de Koerner étant alors « le spectacle plutôt que le génie ». Il n’y a d’ailleurs pas à préférer l’un ou l’autre, car leur antagonisme résume magnifiquement le difficile équilibre du cinéma classique hollywoodien : les cinéphiles sont certes fiers et heureux qu’une œuvre comme The magnificent Ambersons figure au patrimoine de leur art favori ; dans le même temps, continuer dans cette voie-là aurait constitué un arrêt de mort certain pour la RKO… En homme de raison, Charles Koerner recentra donc la production sur la série B (avec l’embauche de Val Lewton, par exemple), économiquement plus sûre, et n’envisagea de se montrer dépensier que de manière plus parcimonieuse et consensuelle : le redressement financier du studio, alors au bord du gouffre, fut immédiat. La compagnie put donc envisager à nouveau de grands projets, mais en suivant prudemment la mode du jour : comme le film de cape et d’épée marchait plutôt bien, alors Koerner lança à la fin de 1943 The spanish main comme idée pour une production de prestige l’année suivante. Réalisées par Borzage, ces luxueuses aventures maritimes en Technicolor rencontrèrent un remarquable succès public, se montrèrent par conséquent particulièrement rentables pour la RKO, laquelle songea donc aussitôt à renouveler l’opération : ainsi germa l’idée de proposer un film à grand spectacle portant sur le personnage de Sinbad, idéalement situé à l’exact milieu des succès respectifs du Spanish main maison et des Arabian nights produites par la concurrence.
Du point de vue de la production, la filiation de ce nouveau projet de film-événement avec celui réalisé précédemment par Frank Borzage tombait sous le sens : on retrouve donc de ce fait pour Sinbad the sailor la belle Maureen O’Hara dans le rôle de charme et Walter Slezak dans celui du méchant ; naturellement, l’essentiel de l’équipe technique de The spanish main est elle aussi à nouveau convoquée, à commencer par George Barnes pour la photographie, le scénariste G.W. Yates (aidé cette fois-ci de John Twist), ainsi que l’ensemble des costumiers et décorateurs de la RKO ayant officié sur le film précédent. Quant au Technicolor pétaradant et supervisé par l’inévitable Natalie Kalmus, il va de soi qu’il est au rendez-vous, devenu comme on l’a vu l’indispensable ingrédient de toute kitscherie orientaliste depuis 1940. Le budget consacré auparavant au film de Borzage, déjà très conséquent pour la RKO, se trouve même largement dépassé, la compagnie dépensant pas loin de 2 500 000 dollars pour mener à bien ce Sinbad the sailor, lequel au bout de compte ne dégagera qu’un maigre bénéfice qui ne couvrit qu’à grand peine ces énormes coûts de production : comme on le verra, ce relatif échec pouvait être prévisible en regard des faiblesses de l’œuvre. Mais auparavant, il faut s’intéresser aux impératifs de carrière et de style qui ont présidé au choix de Douglas Fairbanks Jr. par la RKO pour incarner Sinbad, au-delà de l’évidente référence au célèbre film de 1924 où le père du comédien avait dressé les grandes lignes de ce que serait la fantaisie orientale au cinéma ; remontons pour cela au milieu des années 30, durant lesquelles Fairbanks Jr. s’était expatrié vers l’Angleterre pour des raisons de crise économique. Jusqu’ici, sans doute en vue de se créer une identité artistique propre, Douggie Junior avait pris soin d’éviter de jouer dans le style de films d’aventures mouvementés qui avait fait la réputation de Douggie Senior ; mais son retour à Hollywood allait finir par le placer malgré tout dans le sillage de son illustre paternel, sur les conseils de ce dernier : il décroche ainsi le rôle de Rupert de Hentzau dans The prisoner of Zenda (version 1937), un film qui allait remporter un grand succès. Junior s’y montre particulièrement convaicant ; dès lors, c’est l’aventure qui prédominera dans sa carrière à l’écran, jusqu’à son appel sous les drapeaux en 194. Après s’être distingué militairement durant le conflit mondial, Fairbanks Jr. retourne donc à Hollywood avec le souhait de continuer dans cette même voie du dépaysement à grand spectacle : il va choisir naturellement Sinbad the sailor, pour lequel la RKO était en train de jeter les premières bases de scénario, et malgré le fait qu’Errol Flynn l’avait mis en garde sur le désintérêt croissant du public pour le style cape et d’épée. L’hommage au père était évident, et de fait, le style déployé par l’acteur pour son interprétation de Sinbad est un décalque ostensible de ce qui avait fait la notoriété de Fairbanks Sr. : démarche bondissante et chorégraphiée, pauses et gestuelle exagérées, sourire éclatant et discrète complicité avec le spectateur, bref tout l’arsenal virevoltant qui avait fait de Doug une incarnation tangible de la notion de panache et l’image vivante d’un certain romantisme cinématographique. Au reste, cette démonstration d’athlétisme joyeux ne résulte pas seulement d’une nostalgie pour les films de Fairbanks père : en matière d’orientalisme sur grand écran, le style acrobatique et gesticulatoire avait été clairement réaffirmé par le Thief of Bagdad de 1940, lequel était alors dans tous les esprits plus encore que l’antique chef-d’œuvre de Raoul Walsh. Mais l’impression s’avère cette fois-ci mitigée : si le fiston Fairbanks montre un talent certain à imiter son célèbre papa, il ne se montre cependant pas apte à déployer autant de brio ; par ailleurs, si certaines sources nous assurent que Junior a effectué lui-même les cascades de Sinbad the sailor, un visionnage attentif du film me fait croire le contraire, sauf bien sûr lorsqu’il s’agit de sauter d’un muret… à moins qu’il ne faille lui laisser le bénéfice du doute. Hormis ces considérations d’ordre athlétique, les aptitudes de comédien de Fairbanks Jr. sont tout à fait convaincantes, et collent parfaitement au type de divertissement attendu. Un autre hommage au père, plus discret, se situe dans les recoins du casting, où l’on note la présence de quelques troisièmes couteaux (Dave Kashner, Charles Stevens) qui avaient figuré en leur temps dans les films muets de Fairbanks Sr. L’esthétique de Sinbad the sailor répond quant à elle pleinement au cahier des charges de la kitscherie orientale, tel qu’il avait été fixé par Michael Powell quelques années auparavant, puis réaffirmé par la Universal avec Arabian nights : Technicolor luxuriant (mais un peu moins qu’en 1940), profusion de décors factices et de costumes extravagants ; de ce point de vue, si le recours exclusif à l’artifice visuel (aucun plan n’est tourné en extérieur, la mer est une piscine et les cieux sont en toile peinte) est très souvent décrié dans ce film, je trouve pour ma part qu’au contraire il participe efficacement à l’ambiance de rêverie féerique qui caractérise les Mille et une nuits telles que le cinéma grand public les a conçues : quitte à jouer la carte du kitsch assumé, autant la jouer pleinement, et c’est ce que fait ici la RKO.
Tout cet arsenal bariolé et enfantin fonctionne donc plutôt bien pour stimuler l’imaginaire ; ce n’est donc pas tant sur ces aspects visuels et virevoltants que pèche le film de la RKO, mais bien plus à cause de la conception hasardeuse de son scénario. Car hormis le fait que cet hypothétique huitième voyage de Sinbad le mette sur la trace du trésor d’Alexandre le Grand, on ne comprend absolument aux détails d’une intrigue d’une complexité ahurissante, tant et si bien que le spectateur en est réduit la simple impression de feuilleter un livre de belles images, ce qui ne peut guère lui occuper l’esprit au-delà de dix minutes en l’absence de tout autre propos. Pire encore, tous ces méandres de l’histoire donnent lieu à d’incessants bavardages qui privent l’action de la faculté de se montrer haletante, et si vous ajoutez à cela que le film dure près de deux heures, vous pouvez facilement pressentir tout l’ennui qu’il ne manque pas de susciter : comme l’écrit avec beaucoup d’esprit Hervé Dumont dans son ouvrage sur l’Orient au cinéma, « conté par Shéhérazade, ce scénario-là lui aurait coûté la tête au petit matin ». Ce ratage scénaristique est d’autant plus attristant que l’on sent en permanence tout l’effort qu’a dû coûter l’élaboration de cet embrouillamini aussi pesant qu’inutile, d’autant que ce travail inclut l’écriture des dialogues assez soignés mais dont l’omniprésence ne fait pourtant qu’entraver le plaisir du divertissement visuel : pour ce style de fantaisie sans prétention, il est préférable de ne pas se montrer trop disert, et dans le cas présent, c’est presque tout l’édifice qui s’effondre sous le poids des mots et de cette intrigue indéchiffrable. Quant au retard qui a reporté la sortie de Sinbad the sailor jusqu’à l’année 1947, il fut la conséquence d’une grève du personnel de chez Technicolor chargé du développement de la pellicule, procédé encore complexe à l’époque pour un film couleur ; pour son produit de prestige des fêtes de Noël 1946, la RKO se résolut donc à proposer It’s a wonderful life de Capra en remplacement, et on peut juger rétrospectivement que le public n’aura rien perdu au change. Voilà pour la forme ; quant au fond, si les choix thématiques de l’œuvre sont conformes au cahier des charges du divertissement orientaliste tel qu’il avait été établi précédemment (1924, 1940, 1942), force est de constater qu’il a creusé pour de bon l’écart entre le Sinbad des sources médiévales et celui du divertissement de masse contemporain, rendant plus difficile encore la manière d’appréhender correctement le personnage ; il ne s’agit d’ailleurs pas là d’une critique du travail de la RKO – cela relève de sa liberté artistique – mais d’un simple état de fait : voyons de quoi il retourne précisément à ce sujet. Un des traits les plus marquants sur le fond de Sinbad the sailor, et qui fut une réelle source de déception, est son refus inattendu du fantastique, ce qui nous paraît d’autant plus surprenant à nous autres cinéphiles du XXIe siècle que nous avons tous été enchantés à l’âge de 10 ans en découvrant l’incroyable bestiaire des trois Sinbad animés par Ray Harryhausen. Mais cette frustration était déjà présente à l’époque, et Arabian nights de la Universal avait lui-même déjà essuyé le même reproche en 1942 ; Sinbad sans monstres ni magie, cela paraît aussi surprenant à concevoir que Zorro sans son épée. Car aucun doute n’est possible à ce sujet, et la lecture des Aventures de Sindbad le Marin m’a amplement confirmé que l’univers du héros abbasside regorge d’enchantements et de créatures improbables. Or pour son film, la RKO limite cela à un écran de fumée verte et une carte au trésor qui s’auto-détruit, là où tout le monde attendait des géants mangeurs d’hommes ; même le fameux rokh – qui représente pourtant le minimum syndical de toute sinbaderie – n’a droit tout au plus qu’à une vague évocation verbale durant l’introduction, sans qu’on nous donne à voir le bout de son bec : lorsque je vous parlais de frustration, le mot n’est pas trop fort. Il ne me semble pas aisé d’expliquer la frilosité d’un tel parti-pris, qui était donc déjà de mise en 1942 lorsque la Universal avait fait ce curieux choix de remballer les génies et les tapis volants pour son évocation des Mille et une nuits : peut-être faut-il y voir la volonté des producteurs de l’époque de ne pas trop s’écarter de la vogue du film de cape et d’épée, laquelle, toujours soucieuse de présenter un contexte historique malgré tout plausible, était devenue l’horizon indépassable pour toute aventure virevoltante sur grand écran ; après tout, comme je l’ai exposé un peu plus haut, Sinbad the sailor était conçu commercialement par la RKO comme un succédané à The Spanish main, avec Technicolor et joutes navales en piscine.
La seule différence notable de Sinbad the sailor avec les canons habituel du swashbuckler (film de cape et d’épée) tient dans le statut social de son héros, lequel n’appartient plus à la traditionnelle aristocratie bretteuse mais à un milieu plus vaguement populaire, même si le dénouement de l’histoire lui révèle en fin de compte des ascendances princières. Ce Sinbad des salles obscures est néanmoins secondé par un inévitable sidekick, lointaine déclinaison de l’écuyer, qui lui sert en vérité davantage de contrepoint que de réel soutien dans l’action : ce Sancho Panza en turban se distingue autant par son inefficacité que par sa fidélité, et surtout sa grande stupidité, ce qui nous vaut toutes ces inévitables bouffonneries à destination du très jeune public. Nous sommes dans tous les cas bien loin du Sindbad de la littérature arabe, farouche individualiste qui ne s’encombrerait pas une seule seconde d’un tel poids mort, sinon pour le donner à manger au cyclope afin de mieux ménager sa fuite. A ce propos, René Khawam souligne dans ses commentaires le caractère fort peu occidental des Aventures de Sindbad le Marin, lorsque règne la loi du chacun pour soi dans les moments les plus périlleux (voir en particulier le 4e voyage), tandis qu’à l’inverse une étonnante solidarité est de mise dans l’univers des commerçants dès que l’un d’eux est porté disparu, quant au devenir de sa marchandise : le traducteur y voit l’expression d’une sagesse particulière à la culture musulmane, et peu conforme aux conceptions occidentales. Mais revenons à notre film : quel genre de personnage est ce Sinbad de la RKO ? Aussi sûr qu’il n’a pas grand-chose en commun avec son parent littéraire, sa typologie exacte reste assez vague : censé posséder quelques trésors, il a plutôt les manières d’un vagabond, et sa ruse s’apparente pour le coup davantage à de la roublardise ; il n’est pas loin d’être un simple bonimenteur, voire un escroc. Ainsi le marchandage suspect lui permettant de récupérer son navire au début du film ne se situe guère dans la lignée de la rigueur commerçante qui caractérisait son aîné médiéval, tandis que la véracité de ses aventures rapportées se retrouve ici mise en doute d’une manière qui ne correspond pas au ton très didactique du récit du IXe siècle. A ce titre, les deux scènes qui introduisent et concluent Sinbad the sailor sont cependant particulièrement intéressantes : d’une part elles renouent avec la pratique du récit-cadre, dont on a vu qu’elle caractérisait les récits gravitant autour des Mille et une nuits ; d’autre part elles esquissent les traits d’un personnage hâbleur, dont l’auditoire blasé semble habitué à douter des récits qu’il leur rapporte au sujet de ses voyages, ce qui induit le soupçon que ce Sinbad à la gestuelle trop ample ne soit qu’un affabulateur. Le procédé est plutôt habile, même si une fois encore il éloigne le personnage cinématographique de sa source littéraire : ainsi évoqués, les aspects les plus fantastiques des péripéties du héros (rokh et autres cyclopes) paraissent ainsi vouloir justifier leur absence de ce film qui joue davantage sur les codes du film d’aventures maritimes. Les contours du personnage restent néanmoins incertains, et la conclusion de ce huitième voyage inventé par les scénaristes de la RKO est tout aussi floue : à l’inverse du Sindbad mercantile de la tradition musulmane, celui incarné par Doug Jr. fait mine de renoncer à un trésor qu’il n’a pourtant cessé de convoiter durant deux heures de film, l’abandonnant à son auditoire médusé et lui préférant au bout du compte les charmes par ailleurs indéniables de Maureen O’Hara ; pourquoi pas, sauf qu’on ne comprend pas bien en quoi le premier aurait empêché la seconde. En conclusion, le cinéma hollywoodien aura fabriqué de toute pièce un Sinbad romantique qui n’est au fond qu’une version exotique et extravagante de ses héros de cape et d’épée, mais en lui ôtant toute velléité à redresser les torts comme le font Robin des Bois et ses semblables ; il en résulte que les scénaristes ne savent trop comment caractériser ce héros venu d’autres horizons, étant donné que sa typologie véritable – celle qui ressort des manuscrits réexaminés par René Khawam – ne pouvait convenir aux attentes d’un public occidental que le mercantilisme débrouillard du Sindbad originel aurait bien trop dérouté. Le célèbre film de 1958 que nous aimons tous, The 7th voyage of Sinbad, contournera le problème en tranchant dans le vif : en le rapprochant cette fois-ci résolument du héros de l’Odyssée ou ceux des diverses théogonies antiques, Sinbad y deviendra certes ce capitaine de navire qu’il n’a jamais été, mais retrouvera enfin tout ce bestiaire fantastique dont le film de 1947 l’avait scandaleusement privé ; en fin de compte, avec Charles H. Schneer et Ray Harryhausen, le Sinbad occidentalisé viendra compléter de sa figure virevoltante l’univers baroque de l’heroic fantasy, dans lequel il introduira la ruse d’Ulysse en lieu et place de la musculature herculéenne des héros initiés par Robert E. Howard dans les années 30.
Et voilà, j’ai tellement péroré qu’il est presque 19 h et je n’ai toujours pas esquissé de présentation pour les trois courts-métrages d’animation que je vous propose en bonus… Je vais donc devoir faire cela au pas de charge, ce qui est dommage étant donné qu’il s’agit des trois premières occurrences cinématographiques de Sinbad à nous être parvenues, le petit film de 1919 semblant être définitivement perdu. Eh bien, allons-y Alonzo : sorti en 1935, Sinbad the sailor fait partie de cette série des Comicolor cartoons produite à partir de 1933 par le studio d’Ub Iwerks et caractérisée par une dominance très nette pour les thèmes féeriques ; il s’agit donc un film en couleur, plus précisément en Cinecolor, procédé moins cher que le fameux Technicolor trichrome pour lequel Walt Disney, qu’Iwerks avait quitté en 1930, détenait encore je crois l’exclusivité. Ces Comicolor cartoons forment une série plaisante, un peu moins somptueuse mais un peu moins neuneu que ce que produisait Disney à la même époque ; Sinbad the sailor en est un des meilleurs représentants. Sinbad y est résolument marin, et le rokh fait dûment son apparition en permettant au rusé persan de fausser compagnie à des pirates du type Long John Silver ; en ce qui concerne l’allure de notre héros en turban, entre autres détails curieux on remarquera sa pipe d’inspiration très « popeyesque ». Tiens, Popeye, justement : l’année suivante le studio des frères Fleischer présentait le tout premier épisode couleur des aventures de son marin farci aux épinards, Popeye the sailor meets Sinbad the sailor. Il s’agit du premier volet d’une série de trois films Popeye bien plus luxueux qu’à l’habitude (Technicolor, longueur augmentée, procédés 3D) et dont le trait le plus remarquable est qu’ils sont tous inspirés de l’univers des Mille et une nuits, ce qui prouve que l’association si pertinente de cet univers oriental à l’esthétique de la couleur flamboyante n’est finalement pas l’invention de Michael Powell. Au niveau du personnage, le Sinbad façon Fleischer est totalement iconoclaste : notre héros n’y a rien d’oriental, en fait il s’agit de l’habituel Bluto (l’ennemi récurrent de Popeye) simplement rebaptisé pour la circonstance, ce qui nous vaut un Sinbad méchant, avec pour preuve le fait qu’il est même devenu copain avec toute la galerie de monstres (le rokh bien sûr, et un curieux géant bicéphale) qu’il affrontait traditionnellement. C’est esthétiquement magnifique (les décors d’arrière-plan), fort drôle, et de toute évidence une des meilleures (la meilleure ?) production des frères Fleischer, tout type confondu ; Ray Harryhausen disait beaucoup aimer ce film et s’en être inspiré pour ses Sinbad en stop-motion. Bref, un authentique chef-d’œuvre, qui fit forte impression à sa sortie en 1936. Je termine au pas de course avec un étonnant Sinbad russe dû aux sœurs Brumberg (pionnières à la fin des années 20 de l’animation soviétique), intitulé Sindbad-morekhod et datant de 1944. On découvre là un petit film attachant, dans lequel Sinbad apparaît de manière inattendue comme une figure de l’errance apatride ; selon l’historienne de l’art Maya Balakirsky, cette production de la célèbre Soyuzmultfilm avait en effet pour but de figurer l’expérience des réfugiés juifs durant la Seconde guerre mondiale, et leur aspiration à créer un foyer national en Crimée à l’issue du conflit. Je n’ai pas eu le temps de lire en détail cet article, mais la scène où l’on voit Sinbad chercher désespérément un bateau en partance pour Serendib, essuyer toutes sortes de refus et finir comme passager clandestin me semble effectivement corroborer cette interprétation géopolitique. Une petite curiosité dans les pérégrinations de ce Sinbad exilé malheureux : je crois me souvenir que l’étrange rocher magnétique à l’origine du naufrage sur Serendib est un emprunt à Jules Verne, qu’on trouve dans Le Sphinx des glaces (1897). Une version couleur de ce Sindbad-morekhod aurait été réalisée l’année suivante (1945), mais disparue par la suite des collections de la Soyuzmultfilm. Ben voilà, j’ai fini...
BONUS (VOSTFR)
SINBAD THE SAILOR 1935
💥
POPEYE ET SINDBAD LE MARIN 1936
SINDBAD-MOREKHOD 1945
C’est une beau fichier haute définition que j’ai utilisé pour le long-métrage de 1947, qui jusqu’ici ne circulait sur la toile francophone qu’en qualité DVD – tout au moins à ma connaissance. Ce fichier est issu de la numérisation d’une copie allemande, ce qui se voit au générique rédigé dans la langue de Schiller ; rassurez-vous, la bande audio est bel et bien en anglais. Le sous-titrage n’est pas de mon cru : je me suis contenté d’une synchronisation pointilleuse sur ledit fichier des sous-titres fournis par l’édition DVD. Petit détail que j’ai oublié de mentionné plus haut : la RKO a produit huit ans plus tard une séquelle au film de Richard Wallace, intitulée Son Of Sinbad, sans grand intérêt sinon d’avoir affolé la censure catholique à cause de figurantes trop peu vêtues ; notons que l’érotisme fut une composante relativement tardive de la fantaisie orientaliste vue par l’Occident, apparue dans la peinture pompier du XIXe siècle puis exacerbée par la traduction de Mardrus des Mille et une nuits. Passons aux courts-métrages d’animation : celui d’Ub Iwerks vous est proposé lui aussi dans une belle copie HD, un peu gâchée par la présence d’un logo de l’UCLA, lequel a assuré la restauration du film ; pour le sous-titrage, je me suis contenté d’adapter un matériau issu d’une diffusion télé. Le superbe film des frères Fleischer bénéficie lui aussi d’une copie restaurée, qui fait littéralement éclater le Technicolor ; elle n’est pas tout à fait haute définition (960) mais de fort belle qualité quand même. Le sous-titrage est cette fois-ci de mon cru : j’ai repris celui que j’avais effectué il y a quelques années pour je ne sais plus qui (traduction directe depuis des sous-titres en anglais) mais en corrigeant les erreurs de synchronisation ; ben oui, à l’époque je faisais comme tous les autres, c’est-à-dire travailler comme un sagouin… C’est réparé ! Quant au film des sœurs Brumberg, les copies qu’on en trouve pour l’instant sur internet ne sont malheureusement pas d’une grande qualité ; celle que j’ai utilisée est néanmoins regardable, même si cette petite œuvre curieuse et sympathique mériterait mieux. Pour le sous-titrage, il est lui là encore de mon cru, par traduction indirecte du russe par le biais de sous-titres anglais. Quant aux Aventures de Sindbad le Marin, vous pouvez encore les trouver facilement chez Phebus, collection Libretto, dans la traduction de René Khawam, et je ne saurais que vous en recommander la passionnante lecture ; méfiez-vous en revanche des soi-disant Aventures de Sindbad le Terrien, dont l’homonymie douteuse est vraisemblablement une opération commerciale. Par ailleurs, une traduction révisée des Mille et une nuits a été réalisée pour la collection Pléiade, très certainement de qualité comme toujours dans cette collection, mais je ne l’ai pas lue ; peut-être inclue-t-elle les voyages de Sindbad, sans que je sache par conséquent quel est le point de vue des deux traducteurs (Jamel Eddine Bencheickh et André Miquel) sur la légitimité de cette inclusion au sein des Nuits contées par Shéhérazade : j’irai donc voir si je trouve ça d’occasion, la prochaine fois que j’irai acheter mes pommes de terre.
Un partage de














Gulp... je ne vois rien d'autres à rajouter que merci après un tel travail et un tel descriptif.
RépondreSupprimerJe prends tout, même si je possède déjà le film en dvd zone1 qui me convient, mais les cartoons en plus son incontournables.
Bravo, réellement.
Personnellement quand je vais acheter des patates je ne trouve que des patates. C'est ça la magie Unheimlich, les pommes de terres se transforment en aventure légendaire, qui plus est avec des bonus délicieux.
RépondreSupprimerMerci pour les précieuse informations sur les Mille et une nuits, le film, les bonus et merci à Stalker d'accueillir ce travail et ce partage
Et quand je vais acheter des courgettes, je tombe sur des westerns...
SupprimerMerci pour vos encouragements.
Il y a aussi le documentaire "La route de Sinbad" en 2 parties sorti en 2009 sur France 5 et "Sur les traces de Sinbad" sur Arte : personnage d'histoire ou de légende ? Sans oublier le dessin animé "1001 nuits" en 2 saisons de 2011, où Shéhérazade raconte les aventures de Sinbad ; "Sinbad le marin" en 1962, "The lost world of Sinbad" en 1963 (japonais), "Sinbad et les septs sarrasins" en 1964", "Sinbad et le calife de Bagdad" en 1973, "Sinbad et l'oeil du tigre" en 1977", "Sinbad" en 1989 avec Lou Ferrigno, "Sinbad et la légende des sept mers" en 2002, "Sinbad et le minotaure" en 2011, "Les 7 aventures de Sinbad" en 2010, "Sinbad and the war of the furies" (3D) en 2016. J'en oublie ? Le fichier en qualité DVD que tu mentionnes fait 2,30Go et ton 1080p fait 1,96Go. Sur grand écran, ça se voit : je critique pas, je compare. Si tu veux la VF à 23,976, je la tiens à ta disposition.
RépondreSupprimerComparer simplement les tailles de fichier n'est guère probant, mais effectuer le test visuel l'est ; puisque vous l'avez fait et que le verdict est en défaveur de ma proposition, alors il faut vous croire et inciter les internautes à garder leur DVDrip. Tant pis pour moi, j'aurais dû faire le test et m'en apercevoir ; c'est bel et bien une critique, mais parfaitement justifiée. Il faudrait d'ailleurs comparer aussi, en toute rigueur, la gamme des couleurs proposée par chacun des fichiers.
SupprimerLa VF ne m'intéresse pas, c'est pour les enfants...
Ne sommes-nous pas de grands enfants ? ;0)
SupprimerMerci infiniment Unheimlich, tu nous gâtes !
RépondreSupprimerUn film somptueux qui m'a fasciné depuis des lustres tout est éblouissant soutenu par une splendide partition de Roy Webb un excellent doublage(pour la VF)costumes et couleurs chatoyantes(vive le Technicolor)mention spéciale à Walter Slezak parfait Grand grand merci pour le partage
RépondreSupprimerEncore un billet passionnant, cher Unheimlich ! Merci mille et une fois !
RépondreSupprimerLe voici bien descendu néanmoins ce Sindbad, vais-je avoir le courage de le revoir ? car il me semble bien qu'effectivement il est interminable, bien que pas minable pour autant.
J'ai noté deux trois coquilles, mais sans importance, hormis peut-être celle concernant la date d'incorporation de Jr. (194…) qui laisse planer un suspens insoutenable.
Junior a été incorporé dès 1941. Erreur de frappe.
SupprimerIl y a bien sûr des coquilles : sans doute quelques fautes d'orthographes, deux ou trois répétitions fâcheuses et autres inélégances de style... Errare humanum est !
Je suis très indulgent pour les fautes d'orthographe (pas toujours pour les miennes) tant qu'elles restent de l'ordre de la coquille, bien compréhensible sur d'aussi longs billets (sans compter que désormais ces foutues IA nous en rajoutent, malgré nous, trop souvent).
SupprimerMerci UH
RépondreSupprimerMerci bcp pour ces repacks.
RépondreSupprimerMERCI RF
RépondreSupprimerMerci Unheimlich
RépondreSupprimerMerci beaucoup pour les partages d'animation !
RépondreSupprimerMerci beaucoup.
RépondreSupprimerMerci mille et une fois
RépondreSupprimerTravail extraordinaire, merci beaucoup!
RépondreSupprimerMerci beaucoup pour le film et la présentation
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