mercredi 24 décembre 2025

NOËL AVEC MAX FLEISCHER

 (VOSTFR) 


Noël, c’est les gosses, et les gosses, c’est les dessins animés… Tout au moins avant, c’était comme ça. Voici donc un petit programme de quatre courts-métrages d’animation sur le thème des fêtes de fin d’année, ayant pour point commun d’être tous des productions de Max Fleischer. Il n’est guère utile de présenter les frères Fleischer à ceux qui connaissent un tant soit peu l’histoire du cinéma d’animation ; pour les autres, disons succinctement qu’à partir du début des années 20, du studio de ces deux-là – dans lequel Max produisait et Dave réalisait – sont sortis des films à la technique très innovante et dont les personnages emblématiques furent au début (époque studio Inkwell) le clown Koko, puis à partir des années 30 (studios Fleischer) Betty Boop et Popeye. On y adoptait une certaine liberté d’inspiration, assez adulte, jusqu’à ce que progressivement – et avec la mise en application des codes de censure – le ton gnangnan façon Disney finisse par s’imposer sur les créations des deux frères distribuées tout au long de leur aventure commune par la Paramount. Les relations entre les deux frères se tendirent à la fin des années 30, entamant le déclin du studio, dont l’activité prit fin en 1941 – tout au moins en ce qui concerne les Fleischer : absorbée par la Paramount, l’entreprise se mua plus précisément en Famous studios, lesquels continuèrent à produire les aventures de quelques héros popularisés dans leurs versions cinématographiques par Max et Dave Fleischer, notamment Popeye et Superman ; par la suite, au milieu des années 50, le catalogue des deux frères sera vendu à la télévision. Après leur séparation, Dave devint producteur chez Columbia ; de son côté, Max partit mettre son talent au service de l’effort de guerre en produisant chez la Jim Handy Organization des films de formation militaire. A la fin du conflit mondial, Max Fleischer resta encore quelques années chez Handy, jusqu’en 1953, puis effectua un retour à la case départ en travaillant pour les studios Bray, chez qui il avait commencé en compagnie de son frère à l’aube de leurs carrières. Les quatre films de Noël que je vous propose ne couvrent pas l’ensemble de la carrière de Max Fleischer, car aucun ne date de la période muette (Inkwell) ; trois d’entre eux sont issus des studios qui portaient son nom – et donc, réalisés en collaboration avec son frère – tandis que le dernier résulte de son travail d’après-guerre pour la société de Jim Handy. Eh bien voilà, c’est parti ; et pour notre dîner de réveillon, on va commencer par des épinards en entrée...

SEASIN'S GREETINKS ! 1933


Sorti en décembre 1933, Seasin's Greetinks! est un des tout premiers Popeye animés : apparu en 1929 dans un comic strip, le personnage bien connu fut transposé dès l’année suivante au cinéma par les frères Fleischer. Pour sa première apparition sur l’écran, il figurait comme personnage secondaire dans un épisode de Betty Boop ; le succès fut tel qu’il eut rapidement sa propre série animée, et finit même à la fin de la décennie par rivaliser en popularité avec Mickey. Si l’on excepte cet épisode d’introduction, Seasin's Greetinks! est le 4e court-métrage de la série ; la formule du triangle amoureux Popeye-Olive-Bluto y est déjà établie sous la forme quasiment immuable qu’elle gardera par la suite – mais à laquelle le 3e court-métrage de ce programme constituera une exception notable (voir plus bas). A l’époque de Seasin's Greetinks!, la série Popeye n’a cependant pas encore atteint son apex en termes de qualité formelle : si l’animation en elle-même est parfaitement maîtrisée – le studio Fleischer s’est toujours montré à la pointe de la technique dans ce domaine –, la série n’a pas encore trouvé pour ses personnage les voix les plus convaincantes ; ainsi William Costello, qui prête la sienne à Popeye, donne certes le ton mais n’est pas aussi drôle que le sera Jack Mercer, tandis que les voix d’Olive et de Bluto manquent encore de personnalité. Côté scénario, les gags plus ou moins surréalistes s’enchaînent avec une certaine inspiration ; comme ce fut le cas à quelques reprises, Disney ira trouver la sienne chez Fleischer : ainsi retrouvera-t-on deux ans plus tard dans On ice l’idée-phare de Seasin's Greetinks!, qui est d’associer le patinage au péril potentiel d’une cascade. Quant aux fameux épinards, ils paraissent quelque peu superflus dans l’action, Popeye faisant preuve avant même d’en avoir ingéré de prouesses physiques digne d’un super-héros. A propos du légume fétiche de notre marin borgne, je pense qu’il n’est pas tout à fait exact de voir dans cet attribut un stratagème visant à convaincre les enfants difficiles de bien vouloir ingurgiter l’aliment en question ; vous conviendrez en tout cas comme moi que des jeunes pousses d’épinards fraîches constituent un met tout à fait succulent. Or jamais Popeye ne se prépare le moindre épinard : son truc à lui, c’est la boîte de conserve, et vous serez tout aussi d’accord pour estimer qu’il n’y a rien de moins appétissant que les épinards en conserve... Et donc, Popeye ne sert pas tant à promouvoir les épinards auprès de nos chères têtes blondes que ces fichues boîtes de conserve ; c’est tout de suite moins sympathique. D’ailleurs, histoire d’enfoncer le clou : il semble que cette légende d’aliment-miracle promue par notre vieux loup ait trouvé sa source dans une erreur de virgule, lorsqu’en 1870, un chimiste allemand publia que la teneur en fer des épinards était de 27 mg pour 100 g alors qu’elle n’était que de 2,7 ; lorsque l’erreur fut constatée en 1937, il était trop tard : la popularité de Popeye était immense… Cette révélation resta d’ailleurs quasiment secrète jusqu’en 1981. Mais pour rendre justice à notre héros à biscoteaux, signalons qu’il justifie en 1932 – dans la bande dessinée originelle de Segar – le recours à son légume magique par le fait qu’il soit « plein de vitamine A », ce qui est tout à fait correct, alors que les épinards ne contiennent pas plus de fer que la moyenne des aliments. Bref, on ne peut plus faire confiance à personne, c’est terrible, mais heureusement qu’il y a Popeye.

CHRISTMAS COMES BUT ONCE A YEAR 1936


Toujours soucieux d’être à la pointe de la technologie, les studios Fleischer lancèrent en 1934 la production de films d’animation en couleur, ayant pris en ce domaine deux ans de retard sur les Silly symphonies de Disney. Le problème est qu’en matière de couleurs, la véritable révolution avait consisté en la mise au point en 1932 par la société Technicolor du procédé trichrome dit « Technicolor 4 », pour lequel Disney avait négocié un contrat d’exclusivité contraignant les studios concurrents, comme ceux de Fleischer ou d’Iwerks, à devoir se contenter soit du Technicolor bichrome, soit du Cinecolor. Dans le cas des studios Fleischer, les films de la série des Color classics, lancée en 1934, durent ainsi se restreindre dans un premier temps à des procédés bichromes ; le contrat d’exclusivité de Disney expirant en septembre 1935, les frères Fleischer purent enfin proposer, au début de l’année suivante, des films tournés en Technicolor trichrome : nous en avions vu un exemple récemment dans l’envoi consacré à Sinbad le Marin, ainsi qu’une production d’Ub Iwerks en Cinecolor permettant d’apprécier la différence de qualité entre les deux procédés concurrents. Et donc, comme tous les Color classics de l’année 1936, Christmas comes but once a year – proposé par la Paramount pour les fêtes de Noël – bénéficie donc de cette large palette trichrome aux couleurs éclatantes qui ravissent les amateurs de cet âge d’or de l’animation. Mais ce n’est pas tout, car la concurrence faisait rage dans tous les domaines d’innovation entre les studios de Fleischer et de Disney, et sur un autre aspect technologique, c’est cette fois les premiers qui possédaient une petite longueur d’avance sur les seconds : il s’agit de l’illusion de la tridimensionnalité, que nous avions déjà vue à l’œuvre dans ce Popeye the sailor meets Sinbad the sailor précédemment mentionné. Improprement qualifié de « stéréscopique », le procédé 3D développé par les studios Fleischer était celui d’une caméra dite « caméra de recul » (setback camera), qu’ils commencèrent à utiliser dès 1935 ; du côté de chez Disney, c’est la caméra multiplane qui fut conçue par les ingénieurs du studio, mais elle ne fut mise en service une première fois qu’en 1937 pour The old mill. Malgré ce retard, c’est le procédé de Disney qui finit par l’emporter par la suite ; car bien que d’un effet beaucoup plus saisissant, la caméra de recul des frères Fleischer ne permettait des déplacements de personnages que sur un seul axe. Dans le court-métrage que je vous propose ici, vous pouvez admirer la réussite technique et artistique de leur procédé lors de la magistrale scène d’ouverture qui nous fait pénétrer dans l’orphelinat à la manière d’un plan subjectif ; on remarquera que les restrictions d’utilisation que je mentionnais expliquent sans doute que l’effet tridimensionnel ait été réservé ici à une séquence d’exposition topographique, sans aucun personnage animé. Lorsqu’un sapin de Noël tourne sur lui-même à la toute fin du film, on trouve une seconde utilisation de cette fameuse « stéréoscopie » ; on notera que l’utilisation du procédé est mentionné dans le générique d’introduction, juste en-dessous du logo de la Paramount. Concernant le scénario du film, Christmas comes but once a year constitue la seule apparition solo du professeur Grampy, un personnage secondaire de la série Betty Boop ; ses talents d’inventeur vont ici palier aux manquements d’un Père Noël visiblement radin et insensible aux malheurs de la Grande Dépression, puisqu’on constate qu’il n’a distribué à tous ces pauvres petits orphelins qu’un ensemble de cadeaux malfichus qui se cassent dès leur première utilisation : il avait dû les commander sur une plate-forme chinoise… Le petit chien Pudgy, autre personnage venu de chez Betty Boop, fait une petite apparition ; tout comme Grampy, Pudgy a été introduit en 1934 dans l’univers de la célèbre pin-up animée afin de l’assagir suite à l’application du code Hays : de l’exubérante pépée des Années folles, la pauvre Betty Boop s’était ainsi vue contrainte au statut de femme au foyer, avec sa jupe rallongée au passage, et Pudgy comme Grampy contribuaient alors à lui fournir un environnement moralement asceptisé et bien moins compromettant qu’au tout début de la décennie. Bref, sur le fond, le caractère assez rugueux qui caractérisait les œuvres des frères Fleischer jusqu’en 1933 a cette fois clairement disparu, et un film comme Christmas comes but once a year témoigne de façon très nette de leur alignement sur le caractère sirupeux des Silly symphonies de Disney. Le fond ou la forme : on ne pouvait pas tout avoir à la fois, semble-t-il...

LET'S CELEBRAKE 1938


Retour à Popeye : Let’s celebrake date de 1938 et, assez curieusement, il sort à la fin du mois de janvier ; son thème n’est pas en vérité celui de Noël, mais plutôt de la noce pour le jour de l’an, ce qui ne l’empêche pas de débuter par une chanson de Noël, laquelle n’est autre que celle qui avait été créée deux ans plus tôt pour le court-métrage du paragraphe précédent, recyclée pour l’occasion avec de légères variantes. Il s’agit d’un Popeye des plus inhabituels, puisque notre marin grommeleur y fait preuve d’une complicité inédite avec Bluto ; au lieu de se flanquer de gigantesques torgnoles, ces deux-là se comportent à l’inverse comme deux bons vieux compères, que l’on voit ainsi chanter gaiement ensemble Christmas comes but once a year lors du plan d’introduction. Cette fois-ci, l’équipe de doubleurs est à son meilleur niveau : l’inimitable Mae Questel, déjà bien connue pour être la voix de Betty Boop, était rapidement devenue celle d’Olive Oyl, tandis que le chanteur basse Gus Wickie prêtait la sienne à Bluto depuis 1935 ; quant à Popeye, c’est Jack Mercer qui nous le donne cette fois-ci à entendre, ce qu’il fera quasiment jusqu’au début des années 80. A noter que si cette longévité fait que Mercer est le comédien le plus volontiers associé à Popeye, c’est bel et bien William Costello qui avait inventé le registre vocal du célèbre marin à la pipe ; Jack Mercer ne fera que reprendre le style initié par Costello, mais en lui fournissant un indéniable perfectionnement. Pas de bourre-pifs dans ce Popeye atypique mais, en guise d’action, un incroyable numéro de danse pour lequel notre héros s’est trouvé comme partenaire une grand-mère cacochyme, qu’il a pris soin de booster préalablement aux épinards… Non seulement le légume miraculeux se trouve ici intégré beaucoup plus finement au scénario que ce n’était le cas dans Seasin's greetinks!, mais ce concours de danse est l’occasion d’un remarquable travail de synchronisation entre l’image animée et la musique, qui rend d’autant plus inexplicable ce problème récurrent chez les Fleischer qui est l’inadéquation flagrante entre les voix des personnages et les mouvements des lèvres de ceux-ci, très souvent décalés. Malgré quelques défauts dont le dessin un peu trop rudimentaire du public autour des deux danseurs, Let’s celebrake est un épisode surprenant dont le caractère paraît presque iconoclaste au regard du reste de la série ; j’ai pour ma part beaucoup d’affection pour ce Popeye non-violent, dans lequel le personnage se montre rempli d’une touchante attention pour une exclue de la fête, quitte à laisser son amoureuse filiforme à un Bluto certes toujours assez rustre, mais devenu plutôt fréquentable. On notera les apparitions furtives de Wimpy en chef d’orchestre, ainsi que celle d’Oscar en serveur ; plus rarement présent dans les épisodes de la série des Fleischer, Oscar faisait lui aussi partie depuis 1931 de cet univers du Thimble theatre gravitant autour de Popeye, sous le crayon imaginatif d’E.C. Segar.

RUDOLPH THE RED-NOSED REINDEER 1948



Nous voilà maintenant dans l’après-guerre, et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts : les studios Fleischer ont disparu, absorbés par la Paramount, les deux frères se sont disputés et Max a quitté Hollywood – mais pas le domaine de l’animation – pour travailler dans le créneau du film utilitaire et publicitaire. Ce dernier mot nous ramène immanquablement à Noël, lequel est devenu depuis le XIXe siècle une grande fête de la société de consommation, plus que tout autre chose ; et de nos jours, on ne peut pas dire que la tendance se soit démentie, bien au contraire... A ce propos, vous remarquerez que cette récente frénésie dont fait preuve une certaine gauche radicale, commerciale et bien pensante, à vouloir à tout prix déchristianiser les réjouissances de fin d’année (ben oui, maintenant, il faut dire « Bonnes fêtes », car ceux qui vous souhaitent « Joyeux Noël » ne sont que des racistes cisgenres génocidaires) ; cette frénésie soi-disant « progressiste » prend bien soin de ne surtout pas s’en prendre au culte de la dépense et des vitrines bien garnies, après que tous ces braves gens politiquement éveillés auront acheté leurs bouquins intersectionnels et déconstruits à l’occasion du Black Friday… Je m’égare ? Assurément, oui ; revenons donc à nos moutons, ou plutôt à nos rennes. Si Rudolph the red-nosed reindeer est bien connu du monde anglo-saxon, c’est principalement pour l’excellent film d’animation en figurines produit en 1964 par Rankin et Bass pour la télévision, et un peu aussi pour la chanson qui l’aura inspiré, interprétée par Gene Autry (tiens, un cowboy…) ; tout ceci aura fait quelque peu oublier d’une part les origines poético-marchandes du conte originel, seule adjonction significative du XXe siècle à l’ensemble des récits de la période de Noël, d’autre part le fait qu’une première adaptation en film d’animation en avait déjà été proposée en 1948 : c’est celle-ci, réalisée par Max Fleischer, que je vous propose donc pour clore ce programme. Comme on va le voir, tout dans cette histoire de renne à nez rouge nous ramène à l’univers marchand ; et pour cela, commençons par le commencement : fondée en 1872 à Chicago, l’entreprise de grands magasins Montgomery Ward fut le précurseur de notre société de consommation du XXIe siècle, puisqu’elle initia non seulement la vente par correspondance à grande échelle, mais eut aussi l’idée de la doper par l’organisation scientifique du travail ; bref, aujourd’hui, ça donnerait quelque chose comme « plate-forme de vente en ligne dopée à l’IA », et j’ai déjà des boutons qui me poussent rien que d’avoir écrit une horreur pareille (ben ouais, ch’uis un Amish, comme dirait l’autre). Robert L. May, l’inventeur du petit renne au nez éclairant, n’était pas un écrivain, ni un poète, ni un conteur, ni un scénariste, mais travaillait comme concepteur au département publicité de Montgomery Ward. En 1939, son employeur décide de redonner un peu de tonus aux habituelles campagnes promotionnelles de fin d’année, lesquelles consistaient jusqu’ici en livres de coloriage que le géant de la distribution offrait aux enfants de ses clients ; il charge alors May de se creuser la tête pour imaginer quelque chose de nouveau. Celui-ci s’inspire alors du Vilain petit canard d’Andersen, ainsi que des moqueries qu’il avait subies dans la cour d’école à cause de sa maladresse et sa timidité, pour imaginer ce conte improbable à base d’un renne dont le nez rouge va éclairer le parcours embrumé du Père Noël ; l’histoire est certes stupide, mais Robert L. May eut le talent de la rédiger en 89 distiques rimés qui empruntent discrètement quelques tournures à un autre poème célèbre, datant celui-là de 1823, The night before Christmas. Les responsables de la publicité de Montgomery Ward se montrèrent tout d’abord circonspect, estimant avec justesse que cette histoire de nez rouge allait immanquablement évoquer l’ivresse des fêtards du nouvel an ; appuyé par un autre collègue, May parvint finalement à leur faire accepter son récit, et la chaîne décida de présenter le résultat sous la forme d’un livret de 32 pages illustré par Denver Gillen, offert gratuitement à n’importe quel gamin visitant un de ses 620 magasins dans le but – bien évidemment – d’y faire affluer des parents dépensiers. Bingo : le succès fut phénoménal, et dès la première année, presque 2 millions et demi de livrets furent ainsi distribués.

LIEN regroupant les 4 courts (VOSTFR)
 
La déferlante Rudolph se trouva cependant dans l’obligation de se restreindre durant les années suivantes, du fait de la Seconde Guerre mondiale et des pénuries de papier qu’elle engendrait ; mais ce fut pour repartir de plus belle à l’occasion du Noël 1946, durant lequel Montgomery Ward passa à 3,6 millions de livres distribués à des enfants enthousiastes dont les parents n’oublièrent pas de venir soulager leur porte-monnaie dans les rayons des magasins de la chaîne : l’affaire était donc très rentable. Pourtant, la compagnie eut des doutes sur la viabilité de Rudolph à long terme, et céda l’année suivante les droits de l’histoire à son créateur ; mais publicitaire de métier, Robert L. May comprit que le nez rouge de son petit renne possédait encore quelques potentialités sonnantes et trébuchantes, pour peu que l’on se creuse la tête afin d’agrémenter l’idée initiale de quelques compléments marketing. May se lança alors dans une commercialisation du livre, accompagnée par la mise sur le marché d’une large gamme de produits dérivés, et fit composer par George Kleinsinger une première adaptation musicale sortie en double album chez RCA Victor, narrée par Paul Wing ; comme tout cela marcha plutôt bien, Montgomery Ward décida de son côté de poursuivre l’opération en commandant à la société de Jam Handy – un ancien athlète olympique reconverti dans le film documentaire pour l’industrie – la réalisation d’un court-métrage d’animation destiné à divertir les gamins lors de leur visite en famille dans les magasins de l’enseigne, ainsi qu’à des projections à visée publicitaire dans les salles de cinéma. Tout cela tombait à point pour Max Fleischer, encore sous contrat chez Handy, et qui vit là l’occasion rêvée de renouer avec le type de Color classics qu’il réalisait auparavant avec son frère. Possédant toutes les qualités et les quelques défauts (voix mal synchronisées, aggravées cette fois-ci par des réverbérations malvenues) des productions antérieures de Max Fleischer, Rudolph the red-nosed reindeer se montre d’une fidélité pointilleuse à la création de Robert L. May, allant jusqu’à mettre en rimes le commentaire en voix-off (Paul Wing est à nouveau sollicité), et s’inspirant des illustrations de Gillen pour l’aspect graphique. Bien sûr, le film est en Technicolor, et durant le générique la marque Montgomery Ward souhaite au spectateur ses meilleurs vœux sur l’inévitable air de Stille nacht, qui sera remplacé lors de la ressortie du film en 1951 par la chanson de Rudolph. Car le petit renne n’en avait pas fini dans sa recherche de débouchés commerciaux, et cela ne faisait même que commencer : en 1949, Robert L. May fit composer une nouvelle adaptation musicale de son poème, en chanson cette fois-ci, par son beau-frère Johnny Marks, un musicien qui fera dès lors sa spécialité des chants de Noël ; Gene Autry prêta sa voix pour interpréter le titre, et ce fut un succès immédiat qui finit même par occulter le texte initial : la célèbre adaptation télévisuelle de 1964, par exemple, se base beaucoup plus sur cette chanson que sur le poème de 1939, tout en apportant un nombre significatif de compléments à l’histoire. Mais revenons à Robert L. May, qui fort de cette réussite commerciale décide en 1951 de prendre congé de son employeur pour se consacrer entièrement à Rudolph, dont il espère étendre encore la rentabilité : il y aura donc la ressortie du film de Max Fleischer (avec la nouvelle chanson, donc, et sans la mention de Montgomery Ward au générique), mais aussi une nouvelle version imprimée illustrée cette fois-ci par Richard Scarry ; May vendit également les droits de son personnage à l’éditeur DC Comics, qui publia en bande dessinée les aventures de Rudolph, chaque mois de décembre à partir de 1950 et jusqu’en 1962, avec comme dessinateur Rube Grossman (qui avait travaillé pour le studio Fleischer dans les années 30). Rudolph permit ainsi à son créateur de vivre confortablement, sans pour autant lui faire faire fortune ; Robert L. May reprit d’ailleurs son emploi chez Montgomery Ward à la fin des années 50. Quant au court-métrage de Max Fleischer, bien que d’une qualité très honorable, il sera passablement éclipsé par la version bien plus étoffée que proposeront plus tard Rankin et Bass ; tombé dans le domaine public, il fut récupéré à l’occasion par Disney qui l’intégra à certains de ses programmes animés de Noël.
 

Les quatre films de ce petit programme de fin d’année vous sont proposés en version originale sous-titrée. Côté qualité d’image, les deux épisodes de Popeye proviennent d’un DVDrip tout à fait correct, et je les ai sous-titrés par traduction directe d’après des sous-titres anglais que comportait le fichier. Les deux films en Technicolor bénéficient quant à eux d’une superbe qualité HD restaurée dans toute sa palette chromatique, avec pour unique bémol un logo très discret en bas de l’image sur Christmas comes but once a year, absent en revanche de Rudolph the red-nosed reindeer, lequel est présenté dans sa version d’origine de 1948. Ces deux courts-métrages circulaient déjà sur la toile dans des versions françaises approximatives (lorsqu’on les compare avec le texte en anglais), sans doute destinées aux internautes de moins de 8 ans ; étant donné que nous avons tous obtenu notre passage en CM1, c’est donc un sous-titrage en français de la version originale que je vous propose, que j’ai réalisé à l’oreille mais que vous pouvez considérer comme parfaitement fiable, toute modestie mise à part. Il ne me reste donc plus qu’à vous souhaiter à tous un joyeux Noël, et j’insiste bien sur le terme employé ; le premier qui me souhaite en retour de bonnes fêtes, je...


Un partage et une traduction de


24 commentaires:

  1. je te souhaite un joyeux Noël ...bien entendu. merci pour ton boulot.

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  2.   Quel bonheur, quel plaisir ! merci à vous et pas qu'un peu.

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  3. Merci infiniment Unheimlich pour ces jolis partages, très joyeuses fêtes à toi et à tes proches !

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  4. Merci beaucoup pour ce cadeau et Bon Noël !

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  5. Merci pour ce joli programme et joyeux noel !

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  6. Superbe post de Noel, grand merci et Joyeux Noel ainsi qu'à l'ensemble des membres, contributeurs et visiteurs de ce merveilleux blog (et mille mercis pour tout)

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  7. Une excellente initiative, nous conservons tous, j'espère, un de ces dessins animés en mémoire. J'opine, par ailleurs, que l'animation est un art terriblement pluriel et on ne le conçois qu'avec une perspective trop limitée.

    Ta présentation, si je peux me permettre, est non moins excellente !

    Bon Noël à tous !!!

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    1. Vu ! Excellent, même 90 ans après leurs réalisations ! Et cela plait encore à tout le monde ! Décidément, cela reste magique, universel et multigénérationnel !

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  8. Génial ! Merci UH. Joyeux Noël à tous !

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  9. grand merci et joyeux Noël a tous .

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  10. Merci beaucoup pour ce partage, et merci aussi pour cette présentation passionnante (l'anecdote de Popeye et des épinards est édifiante). De joyeuses et belles fêtes à tous !

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  11. Joyeus Nöel à toute l'équipe et plein de bonnes choses pour 2026.RF.

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  12. Un grand merci et Joyeux Noël à vous aussi.

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  13. Merci pour ce joli partage ! Joyeux Noël à tous !

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  14. merci pour ce cadeau et joyeux noël

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  15. Grand merci et joyeuses fêtes à tous !

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  16. Merci beaucoup pour tout le travail dans la présentation

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  17. Merci. Ca me changera un peu des Tex Avery dont je n'arrive pas à me laisser au final... pourvu qu’ça dure!

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