mercredi 5 novembre 2025

THE BIG DIAMOND ROBBERY

 HD

(VOSTFR)



Réalisation : Eugene Forde
Casting : Tom Mix, Tony the Horse, Kathryn McGuire
Durée : 67 min
Année : 1929
Pays : USA
Genre : Western

Tom, un cow-boy intrépide, est engagé pour retrouver un diamant inestimable volé à un riche collectionneur par une bande de criminels sans scrupules.

MP4 HDLight 1080p 1.40 Go VOSTFR perso


Il ne faut jamais désespérer. J’avais présenté il y a quelques temps un cycle Tom Mix, pour lequel j’avais soigneusement prospecté les moindres recoins du net à la recherche du plus petit métrage du fameux cowboy casse-cou, devenu l’emblème du western enfantin et décontracté ; j’en avais déniché un certain nombre - la plupart dans une qualité d’image médiocre – tout en concluant dans le dernier envoi que quelques titres pourraient fort bien ressurgir à l’occasion. Eh bien, en voilà au moins un, et qui plus est dans une qualité impeccable due à la redécouverte (peut-être grâce à Serge Bromberg) d’une belle copie 35 mm dans les collections françaises, qui a été couplée à une copie américaine en vue d’une restauration soignée et d’un transfert 2K : difficile d’espérer mieux. Pour rappel, la filmographie de Tom Mix comporte environ 270 titres, dont la grande majorité semblent définitivement perdus, comme c’est d’ailleurs le cas pour l’ensemble du cinéma muet. Notre fringant cowboy fut particulièrement victime de cette hécatombe mémorielle, du fait du dramatique incendie de la réserve de Little Ferry le 9 juillet 1937, durant lequel 40 000 bobines de films partirent en fumée à la suite d’un phénomène de combustion spontanée (température trop élevée, manque de ventilation…). L’entrepôt qui brûla était celui de la 20th Century Fox, et il en résulta la disparition de presque tous les négatifs des films produits par la compagnie avant 1932 ; dans la plupart des cas, il s’agissait des seules copies existantes, or les 86 films de Tom Mix tournés durant son passage à la Fox représentent le sommet de sa carrière… La moindre réapparition d’un western de Mix constitue donc un petit miracle ; en ce qui concerne le film qui va nous occuper ici, la seule ombre au tableau est qu’il ne fait pas partie de la période Fox de l’acteur, mais fut tourné à l’occasion de son contrat suivant chez FBO, qui a marqué le début du déclin de sa carrière. Ne boudons pas pour autant notre plaisir : The big diamond robbery est un film certes mineur mais divertissant, pas tout à fait représentatif de la carrière de son fougueux interprète mais néanmoins intéressant à plusieurs titres, comme on va le voir maintenant.
 

Après dix années glorieuses passées à la Fox au sein de laquelle son salaire hebdomadaire finit par culminer à 17 500 dollars, Tom Mix ne vit pas son contrat renouvelé par ce major film studio, auquel il avait pourtant fait gagner des sommes considérables grâce à la grande popularité de ses films. Nous sommes alors dans les premiers mois de 1928, et les raisons principales de ce non-renouvellement furent l’anticipation par William Fox du déclin inéluctable de Mix, qui atteignait l’âge de 48 ans et dont le jeu était très physique, et plus encore l’arrivée imminente du cinéma parlant, pour lequel la Fox, soucieuse de ne pas rater le coche, se pressait de développer son procédé Movietone ; or le cinéma de Tom Mix – à l’instar de celui de Fairbanks ou Chaplin – paraissait intrinsèquement lié à la période muette. L’immense popularité de la star ne devait cependant pas la laisser très longtemps sans emploi, et ses premiers contacts avec le studio FBO prirent la forme d’une petite tournée de vaudeville pour le compte de la Keith-Albee-Orpheum, laquelle était alors en pourparlers de rachat par Joseph Kennedy (père du futur président), à la tête de la FBO depuis 1922. Cette dernière était une compagnie de production et de distribution de taille moyenne, qui proposait des films à petit budget (en moyenne quatre fois moindre qu’à la Fox) et qui s’était plus ou moins spécialisée dans le western, surtout depuis qu’elle avait engagé en 1924 Fred Thomson, lequel avait pu ainsi acquérir la seconde place sur le podium du western en terme de popularité et de salaire – derrière Tom Mix, bien évidemment. Obsédé par le profit, Kennedy réengagea en 1927 Fred Thomson dans un contrat hybride avec la Paramount dont les résultats commerciaux furent toutefois mitigés ; la mort prématurée du comédien l’année suivante mit de toute façon fin à l’aventure. Voilà donc la FBO orpheline de son cowboy tête de gondole, ce qui était assurément un coup dur pour une compagnie labellisée « western » : le fait que Tom Mix se retrouvait disponible au même instant constituait donc une opportunité inespérée. Évidemment, passer de la Fox à la FBO allait signifier pour la star bling-bling une nette revue à la baisse de son train de vie : son salaire dégringola à 10 000 dollars hebdomadaire, presque moitié moins qu’à la Fox, et les budgets alloués à ses films chutèrent en conséquence. C’était donc le début de la fin pour Tom Mix, d’autant plus que le cinéma parlant commençait à devenir une réalité tangible ; King cowboy, sorti par FBO en août 1928, reçut néanmoins un succès public et critique encourageant. Notons que l’usine à western de série B qu’était devenue la FBO récupéra en cette fin de décennie un certain nombre d’autres vedettes du genre qui, à l’instar de Mix, se retrouvaient sur la touche : Buzz Barton, Bob Steele, Tom Tyler, Harry Carey ou encore Jack Perrin. Le partenariat Kennedy/Mix fut cependant de courte durée, moins d’une année, l’extraordinaire rapacité du premier s’accordant mal avec les exigences du second ; seuls cinq long-métrages (long chacun de 5 bobines, ce qui était la norme pour ce type de production) furent tournés, et The big diamond robbery – que je vous propose aujourd’hui – fut le dernier d’entre eux. Si l’on couple cela avec le fait que l’œuvre sortit en salle en mai 1929, date à laquelle le cinéma parlant commençait à supplanter son ancêtre muet, on comprendra aisément le statut pris par le film dans l’esprit de son interprète principal : pour Tom Mix, le tournage de The big diamond robbery ne représentait ni plus ni moins que ses adieux au cinéma. Bien sûr, nous savons tous qu’il n’en fut rien, et après deux ans d’absence sur les écrans, Mix allait être sollicité par Universal pour effectuer un retour ; il n’empêche que pour notre cowboy au grand chapeau blanc, le prestige des années fastes était bel et bien derrière lui.


Lors de son passage de la Fox à la FBO, outre son inséparable Tony (ne me dites pas que vous ne savez pas qui c’est…), Tom Mix emporta dans ses bagages le réalisateur Eugene Forde, lequel avait commencé sa carrière au service de la star, tout au moins en ce qui concerne les long-métrages : trois tournés pour la Fox, puis trois pour la FBO, dont The big diamond robbery. Mix était marié à la sœur du metteur en scène, Victoria Forde, laquelle avait été sa partenaire à l’écran de 1915 à 1918 ; malgré les relations houleuses entre les deux époux, Tom Mix avait noué une amitié solide avec Eugene Forde, resté dans la mémoire de quelques cinéphiles pour une poignée de Charlie Chan produits durant les années 30. Le tournage de The big diamond robbery, dans les environs de Los Angeles, débuta le 10 décembre 1928 et dura quatre semaines ; deux mois auparavant, afin d’opérer économiquement son passage au parlant, la FBO avait fusionné avec la Keith-Albee-Orpheum sous l’égide de la RCA (domaine électronique, afin d’assurer la transition technique) pour devenir le studio RKO que nous connaissons tous, et sous le label duquel fut donc distribué ce dernier film muet de Tom Mix. Toutefois, étant donné son genre cinématographique, son type de production et son caractère muet, on peut pleinement considérer que The big diamond robbery est un film de la FBO, une compagnie pour laquelle l’acteur avait de plus en plus de réticence à travailler, surtout après dix années passées chez William Fox : décors, costumes et accessoires étaient généralement de piètre qualité, et même la pellicule utilisée par les caméramans était bon marché. A ce propos, la cupidité de Joseph Kennedy était telle que l’absence de la quasi-totalité des productions FBO dans les collections patrimoniales est surtout due au fait que le magnat exigeait, sitôt la fin de l’exploitation d’un film, qu’on récupère systématiquement tous les tirages en vue de refondre les pellicules pour en récupérer les composants chimiques… Or du temps de son contrat à la Fox, Tom Mix s’était montré particulièrement exigeant quant à la qualité de la photographie – et par conséquent celle de la pellicule utilisée – en insistant pour que ses chefs-opérateurs obtiennent un rendu le plus stylisé possible, par exemple en utilisant le contre-jour, cela afin de pouvoir magnifier sa propre image à l’écran ; le but de la star du western était d’apparaître dans des œuvres d'une qualité visuelle aussi exceptionnelle que celles de Douglas Fairbanks. Il en résulte ce coup de vieux qui semble avoir brutalement frappé le cowboy tonitruant lors de son passage chez FBO, dû en vérité au maquillage bon marché utilisé par la compagnie, aggravé par une technique photographique nettement moins performante. Or c’est justement en regardant le premier montage de The big diamond robbery que Tom Mix annonça à Kennedy son intention de résilier son contrat ; cela fut fait d’ailleurs d’un commun accord, car avec le passage au parlant, l’industrie cinématographique dans son ensemble estimait – pour des raisons techniques et à tort, bien sûr – que le western n’était pas un genre d’avenir. Et dans le même temps, on commençait à coucher sur le papier les scripts des tout premiers films de gangsters, lesquels allaient bientôt ringardiser les westerns en inondant à leur tour les écrans au lendemain du krach boursier.

 
Justement : la plus grande singularité de The big diamond robbery réside dans le fait qu’il s’agit d’un film difficile à catégoriser, étant donné qu’il appartient simultanément à deux genres bien distincts – policier et western – et cela sans prédominance nette de l’un sur l’autre ; en outre le ton décontracté qui a toujours caractérisé le cinéma de Tom Mix tourne ici de manière résolue vers la comédie. Plus encore, le caractère hétéroclite de l’œuvre se trouve accentué par le fait qu’il ne s’agit pas d’un mélange des deux genres, mais d’une juxtaposition artificielle : débutant comme un film de gangster, The big diamond robbery tourne casaque en son milieu, passe de la ville à la campagne pour se terminer en western contemporain et passablement décalé. Or il est difficile d’interpréter de manière sûre ce mode de composition bâtard, ce qui paradoxalement rend le film intéressant – à défaut d’être réussi. Si l’on veut voir le verre à moitié plein, on se plaît à imaginer que pour ce qu’il considérait être son adieu au cinéma, Tom Mix eut la prescience de proposer pour commencer ce qui allait bientôt devenir le nouveau visage du cinéma de grande consommation, à savoir un film de gangster urbain, tout en rendant dans la seconde partie un hommage distancié au genre qui l’avait rendu si populaire, le western. Vu de cette façon, The big diamond robbery apparaît comme une œuvre conçue de manière particulièrement habile, avec une composante « méta », c’est-à-dire proposant un discours introspectif sur le cinéma de genre, son passé et son avenir : voilà une appréciation très séduisante, qui colle parfaitement en matière de date, même si je doute qu’elle résulte d’une démarche tout à fait volontaire et maîtrisée de la part de Tom Mix. Avec leurs mines peu avenantes, leur jargon des rues et leur organisation en gang, les criminels de la partie urbaine du film semblent certes anticiper sur ceux qui feront le succès de la Warner au début du cinéma parlant ; mais ils appartiennent en vérité à une catégorie hybride typique des années 20 – dont Ouside the law de Tod Browning fournit un exemple canonique – qui tient encore quelque chose des monte-en-l’air de haut vol façon Arsène Lupin : s’il est clair que ce ne sont plus vraiment des gentlemen, leurs méfaits consistent encore et toujours en des larcins visant à s’emparer de quelques joailleries de la haute société, et il ne s’agit donc pas encore d’une criminalité qui corrompt la société dans son ensemble comme on le verra bientôt dans les films policiers des années 30. Petit détail cocasse : le bijou dérobé dans The big diamond robbery est présenté comme étant le Régent, ce qui est tout à fait farfelu étant donné que ce célèbre diamant fait partie des collections du Louvre ; or le fait qu’il soit dérobé par une poignée de lascars qui utilisent une échelle pour grimper accéder à l’étage nous renvoie à une actualité toute fraîche et bien fâcheuse pour nous autres Français, mais je vous jure que je ne l’ai pas fait exprès… Quant à la seconde partie du film, elle joue de manière assez évidente avec les codes du western et semble porter un regard à la fois tendre et ironique sur ce qui aura fait le succès de Tom Mix. Dans un jeu de dupe constant, chaque personnage emblématique du genre – le cowboy modèle, le bandit des grandes plaines, les Indiens, le vieux cowboy grincheux – se retrouve soit en train de surjouer son propre personnage dans une sorte de spectacle à destination des visiteurs venus de la ville, soit en train d’inverser son rôle dans ce même but : ainsi voit-on à un certain moment Tom Mix changer son emblématique grand chapeau blanc de héros pour un chapeau noir de bandit, jouant ainsi avec une symbolique bien établie dans le western muet depuis les années 1900. Ce jeu de dupe sur les représentations codifiées à l’extrême par l’univers du western prend même la tournure complexe d’un dialogue entre les genres cinématographiques lorsqu’un des gangsters de la première partie, venu poursuivre ses méfaits jusque dans les abords du dude ranch (ranch d’agrément pour la haute société), se met lui aussi à se travestir en bandit de western en arborant la tenue noire qu’il a dérobé à Tom Mix : voilà un élément de scénario particulièrement piquant qui porte à voir effectivement dans ce film l’illustration d’un discours amusé sur la codification à outrance au sein des genres cinématographiques.
 

Mais il convient toutefois d’être prudent, car le verre pourrait tout aussi bien se montrer à moitié vide : tous les ouvrages consacrés à Tom Mix soulignent le fait que, parmi les aspects du métier que l’acteur se plaignait de ne pas retrouver depuis son passage chez FBO, on compte bel et bien cette qualité des scénarios sur laquelle il veillait durant les années passées à la Fox, et désormais soumise – comme au temps de la Selig – à l’opportunisme des impératifs de production. De ce fait, le côté très disparate du scénario peut tout aussi bien être vu comme le résultat d’une décontraction quelque peu foutraque de la part des concepteurs de l’œuvre ; la prééminence des standards trop évidents de la comédie enfantine – avec le personnage outrancièrement décalé du chauffeur de taxi – tend en effet à donner au spectateur adulte une fâcheuse impression de futilité. A ce titre, si le recours à une schématisation appuyée des personnages (la jeune héritière délurée, le méchant au regard oblique, etc) fait partie du cahier des charges d’un cinéma léger et sans prétentions, il interfère quelque peu avec ce qui nourrit la seconde partie du film, à savoir ce point de vue possiblement ironique et distancié que je décrivais dans le paragraphe précédent. Bref, il n’est pas très aisé de s’y retrouver, et les informations contradictoires concernant la réception publique et critique de l’œuvre ne nous y aide guère : si l’Exhibitors Herald-World nous assure que The big diamond robbery fut l’un des films les plus rentables de l’année 1929, le très sérieux ouvrage de Richard Jensen sur la carrière de Tom Mix rapporte que Variety qualifia péjorativement l’œuvre de « burlesque cowboy », et que le film suscita des réactions négatives de la part des spectateurs : « Les scènes d'action étaient tellement sur-mises en scène que le public rit à des moments inattendus. Les cascades de Tom étaient si extrêmes qu'elles manquaient de crédibilité. Lorsque Tom sauta de toit en toit par-dessus des rues entières, le public ne fut pas convaincu et rit sous cape. Lorsqu'il attacha une cheminée à la corde trois étages plus haut, le public s'esclaffa, incrédule ». Il est vrai que du côté des cascades – marque de fabrique du cinéma de Mix, rappelons-le -, la performance physique authentique cède cette fois-ci le pas à d’évidentes astuces de montage, lesquelles débouchent fatalement sur une invraisemblable surenchère. On peut peut-être se risquer à une explication concernant ces témoignages contradictoires : selon une tendance de plus en plus affirmée, le cinéma de Tom Mix visait avant tout un très jeune public, lequel ne manqua pas de trouver son compte dans ce genre de facéties ; quant aux parents présents dans la salle, leur scepticisme ne manqua pas de croître dans les mêmes proportions… Et l’on en revient ainsi au statut charnière de ce film insaisissable, qui préfigure aussi à sa façon le déclin radical que va connaître dans la décennie suivante le western, voué à être frappé de stupidité, et qui sera bientôt retenu prisonnier dans les bas-fonds de la série Z tant par les cowboys chantants que par des cascadeurs à la petite semaine qui, confrontés au moindre dilemme à l’écran, se mettront à en parler à leur cheval.

 
Mais nous n’en sommes pas encore tout à fait là et, puisqu’il ne faudrait tout de même pas se montrer injuste avec un serviteur aussi fidèle de notre genre cinématographique favori, reconnaissons sans la moindre hésitation que malgré son caractère brinquebalant, The big diamond robbery se regarde sans déplaisir aucun. Hormis l’enthousiasme généreux de son increvable interprète, le film bénéficie d’une réalisation particulièrement vigoureuse qui ne laisse guère le temps de s’ennuyer : le montage est serré et la mise en scène très alerte s’applique à varier les points de vue, jusqu’à donner lieu à quelques cadrages assez insolites comme cette contre-plongée à la verticale du haut d’un arbre lors du bouquet final ; on saluera également dans la partie urbaine du film une course de voiture particulièrement trépidante, filmée avec une vigueur tout à fait remarquable par un Eugene Forde qui ne se montrera jamais aussi inspiré par la suite. Quant à savoir dans quel coin des Etats-Unis se situe le Red Butte où est censé se situer le dude ranch, cela varie selon les moments du film : en Arizona comme il se doit, mais aussi en Californie sur un télégramme, tandis qu’une borne kilométrique le situe à mi-chemin ; c’est tout le charme de la série B à l’emporte-pièce qu’il faut sans doute voir dans ces incohérences, en tout cas ne reprochez rien à votre sous-titreur favori… Le fidèle Tony est bien sûr au rendez-vous, et contrairement à son fougueux maître, ce sera réellement pour lui la dernière apparition à l’écran : lors du retour de Tom Mix au cinéma deux ans plus tard, le célèbre alezan sera remplacé par un certain Tony Jr., sans lien de parenté en vérité ; et après de si bons et loyaux services – et mouvementés, aussi –, il s’agissait d’une retraite bien méritée pour ce fidèle partenaire équin qui avait d’ores et déjà l’empreinte de son sabot sur le béton d’Hollywood Boulevard. Trois jours après la fin du tournage de The big diamond robbery, Tom Mix reçut un appel l'informant du décès de Wyatt Earp, aux funérailles duquel il se rendit promptement et, dit-on, s’y montra fort affecté ; il y croisa un certain William S. Hart, et je n’ai jamais su d’ailleurs si ces deux géants-là se sont un jour parlé, ou seulement s’ils s’appréciaient. C’était la fin d’une époque, d’une certaine insouciance, des cartons d’intertitres et d’un cinéma qui ne se refusait rien ; les salles sonorisées commençaient à investir les villes moyennes, la crise économique tapie dans l’ombre s’apprêtait à dévaster les classes populaires, Edward G. Robinson et son gang effraieraient bientôt le public des cinémas de quartier : c’était bel et bien un monde qui s’achevait pour de bon, et plus rien ne serait jamais comme avant. Insatisfait de ses 10 000 dollars par semaine, Tom Mix quitta donc FBO et envisagea de retourner à ce qu’il avait toujours aimé, le spectacle sur piste ; cela tombait bien, il venait tout juste de recevoir une lettre de Zack Miller l'invitant à s'inscrire comme artiste vedette du 101 Ranch and Wild West Show : il s’agissait donc pour lui d’un retour à la case départ, sauf que cette fois-ci, c’est en Rolls-Royce qu’il allait se déplacer en tournée. Pour la compagnie FBO, c’en était fini des westerns tournés à la chaîne, et la nouvelle RKO se tournait déjà vers la comédie pour adultes : tout changeait, véritablement, et l’on ne verrait plus notre cowboy insouciant sauter par-dessus les ravins comme si de rien n’était, changer de cheval en pleine course pour finir par ligoter le méchant à moustache après lui avoir ravi la jeune héritière retenue captive. Snif… Quant à la rumeur comme quoi un retour à la Fox avait été envisagé pour Tom Mix en vue de tenir le rôle principal dans The big trail de Walsh, on ne saura jamais la vérité à ce sujet tant les sources se contredisent ; et c’est sans doute mieux ainsi : la vie de la star du western a de toute façon été si constellée de rumeurs toutes plus folles les unes que les autres, qu’une de plus ou une de moins… Print the legend !

 
Et maintenant, la surprise dans la surprise : j’ai également mis la main sur deux courts-métrages du temps de la Selig qui avaient échappé à mon attention lors du premier cycle Mix, et l’envoi de ce jour s’avère donc être l’occasion rêvée de combler ce petit oubli. Oh, rien de révolutionnaire pour les mixomanes que vous êtes certainement devenus : ces deux petits films d’une bobine à peine datent du temps (1911) où celui qui n’était même pas encore une vedette faisait de la figuration pour le compte de la compagnie de William Selig, notamment dans les bandes que celui-ci consacrait aux aventures tropicales de l’excellentissime Kathlyn Williams ; pour plus de précisions là-dessus, je vous renvoie au dernier envoi en date que j’avais consacré à notre turbulent cowboy, au cours duquel je vous avais présenté en détail quelques autres courts-métrages du même genre : il vous suffira donc pour cela de cliquer sur la petite icône Mix que ce cher Jany a eu le bon goût de placer dans le bandeau gauche du blog, là, juste à côté, vous voyez ? En particulier, on retrouve une fois encore la présence marquée de diverses bêtes sauvages (lions, éléphants, ours) qui nous rappellent que l’essentiel de la notoriété de la Selig provenait de sa ménagerie. Back to the primitive se présente sous la forme d’une robinsonnade à trois, d’une brutalité candide – réelle ou diégétique – qui a de quoi laisser pantois : afin de se débarrasser de son rival en amour (ben oui, sur l’île déserte, Kathlyn plus deux gars égale trois, donc forcément ça va pas…), le héros le livre aux fauves sans autre forme de procès, tandis que pour les besoins de la scène finale, une lionne est abattue au fusil sans qu’on ait recours à aucun trucage, donc sans s’embarrasser là non plus de questions de principes. Dans ce film où l’intérêt se limite à la belle Kathlyn-de-la-jungle, Tom Mix joue le premier figurant qui apparaît à l’écran. Plus intéressant est Life on the border, présenté ici sous un titre de ressortie (The arrow maker) : déjà parce qu’il s’agit d’un western, ce qui est inhabituel pour notre héroïne des savanes africaines, ensuite parce qu’il s’agit d’un petit exercice de suspense certes encore rudimentaire mais où l’on peut noter le recours précoce à un montage parallèle. Tom Mix y joue le chef indien, forcément dangereux, d’autant plus qu’il ne trouve rien de mieux à faire pour s’éclaircir les idées que de se siffler cul-sec une pleine bouteille de bordeaux, c’est malin… Tout cela ne va pas chercher bien loin, c’est entendu, mais donne une idée assez précise de ce que pouvait être le cinéma d’aventures – et de consommation courante - durant l’antiquité héroïque du septième art, c’est-à-dire avant The birth of a nation ; ben quoi, on a tous commencé par marcher à quatre pattes, non ?

BONUS 1
BACK TO THE PRIMITIVE 1911


Court-metrage 13 min VOSTFR


BONUS 2
LIFE ON THE BORDER 1911


Court-metrage 9 min VOSTFR

La cerise sur la gâteau : c’est dans une copie HD toute belle et toute restaurée que je suis en mesure de vous livrer The big diamond robbery, cela étant dû au fait que le film a bénéficié d’une sortie blu-ray en double programme avec Sky high ; c’est une surprise comme on n’en a pas tous les jours, il y a juste à espérer qu’il prenne un jour l’envie à un éditeur de faire la même chose pour quelques films de William S. Hart, je dis ça je dis rien... Quant au sous-titrage, je l’ai réalisé par traduction directe des intertitres en anglais, bien sûr, et pas en effectuant une traduction automatique des sous-titres espagnols trouvés chez cineclasico comme le ferait le premier bourrin venu. Même chose pour Life on the border, à la différence près que la qualité de la copie (trouvée sur youtube) est cette fois-ci, disons… euh… discutable. Quant à l’autre court-métrage, il bénéficie d’une bien plus belle image, à peine gâchée par le logo de la EYE : la copie provient en effet de ces collections hollandaises qui constituent une véritable caverne d’Ali-Baba aux trésors insoupçonnés ; j’ai donc dû effectuer une traduction depuis le néerlandais (par comparaison de deux traducteurs numériques, hein, parce que j’parle pas l’batave moi…) pour vous en proposer une version sous-titrée dans la belle langue de Ronsard, de Jul et de Chateaubriand (rayez l’intrus).

Un partage et une traduction de


8 commentaires:

  1. Merci infiniment Unheimlich pour ces beaux partages !

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  2. Perdus ou volontairement égarés ? Merci pour ces pépites !

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  3. Merci beaucoup pour la découverte !

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  4. Merci beaucoup pour ce partage et ainsi que la fiche qui est interminable, mais que j'ai lu jusqu'au bout, vous êtes un passionné et cela se ressent dans vos commentaires.
    Bonne soirée

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  5. Pourquoi mentionner un intrus ? l'indifférence dans ce cas n'est-elle pas de mise ? Et puis rayer demande un effort, eh eh ! Merci pour vos publications documentées.

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