(VOSTFR)
Réalisation : Albert Herman
Casting : Tex Ritter, Karl Hackett, Slim Andrews
Durée : 56 min
Année : 1941
Pays : USA
Genre : Western
Un pionnier conduit un groupe de pionniers vers leur destination dans le Far West et les aide ensuite à s'y installer.
MKV 460 Mo VOSTFR perso
BONUS : ICONOGRAPHIE
Mon envoi de cette semaine va constituer pour longtemps ma contribution la plus minable faite à Warning Zone… et par la même occasion, on peut lui attribuer le titre de la plus sinistre adaptation de James Fenimore Cooper jamais tournée. D’ailleurs, il ne s’agit même pas d’une adaptation de Cooper, ce qui n’empêche pas cette infâme bande tournée en 1941 d’éclabousser de sa sombre nullité ce grand écrivain, qui n’avait pourtant rien demandé. Explication : il n’est pas rare, dans l’univers de la toute petite série B hollywoodienne, qu’un auteur célèbre tombé dans le domaine public ne serve de caution à tout et n’importe quoi, et que son nom ne soit convoqué que pour mettre un peu de piquant sur l’affiche et au générique ; dans le domaine fantastique, Edgar Allan Poe est un exemple bien connu de ce genre d’abus. La ficelle peut paraître un peu grosse et s’apparente à de la publicité mensongère, sans compter le préjudice que cela porte à l’intégrité patrimoniale immatérielle de l’écrivain visé ; néanmoins, le ratio extrêmement faible au sein du grand public entre ceux qui connaissent le nom d’un auteur et ceux qui l’ont effectivement lu, explique en grande partie le fait que ce type d’entourloupe puisse marcher, et qu’une partie de la critique ne songe parfois même pas à la relever. Bref, tout cela est affaire de producteurs peu scrupuleux et de public pas très regardant ; or lors du premier cycle Cooper, j’avais relevé que le film The pathfinder de 1952 relevait largement de ce type d’abus, mais que cela ne surprenait guère de la part de Sam Katzman, un producteur connu pour sa grande décontraction artistique et qui se vantait de commencer ses projets de films par le choix d’un titre accrocheur, puis dans un second temps d’élaborer un scénario qui puisse à peu près le justifier. Eh bien pour le coup, on va presque regretter le stakhanoviste Katzman, qui à côté d’Edward Finney – producteur du film d’aujourd’hui – ferait presque figure d’intellectuel épris de belles lettres ; car si l’intrigue de The pathfinder n’avait rien en commun avec celle du roman de Cooper, pourtant cité au générique, au moins essayait-elle de mettre en scène les deux héros récurrents des Histoires de Bas-de-Cuir dans leur contexte habituel : ça n’était pas grand-chose, mais c’était au moins ça. Finney, lui, n’a plus aucune forme de scrupule : ne sachant comment intituler le western de série Z qu’il veut produire et dont l’intrigue semble avoir été écrite par un gamin de 8 ans, il se dit que The pioneers – titre d’un célèbre roman de Cooper – est suffisamment passe-partout pour convenir au genre tout en fournissant une caution utile, quand bien même elle serait fallacieuse : ce film d’une insondable médiocrité n’a cette fois-ci plus le moindre rapport, même d’aussi loin qu’on veuille se placer, avec ce qu’avait écrit en son temps James Fenimore Cooper, ce qui n’empêche pourtant pas de voir son nom figurer au générique. On espère juste qu’en ce jour de novembre 1941 où est sorti cet épouvantable navet, personne n’est allé divulguer la nouvelle six pieds sous terre, sans quoi l’écrivain a dû se retourner dans sa tombe.
Le malheur serait que la consternante expérience que constitue le visionnage du film d’Edward Finney ne vous dissuade d’entreprendre un jour la lecture des Pionniers, le 4e volet des aventures de Natty Bumppo dans la chronologie diégétique, mais qui est en fait celui par lequel Cooper démarra en 1823 son célèbre triptyque augmenté plus tard de deux autres volumes. De ces cinq romans, il s’agit du plus surprenant et insaisissable, justement parce que l’écrivain ne semblait pas avoir encore une idée tout à fait claire de ce qu’il cherchait à faire. Il semble qu’initialement, il s’agissait plus ou moins de s’inspirer du Walter Scott de Waverley en proposant une chronique évocatrice des premières années de l’Etat de New York à la fin du XVIIIe siècle, suite à la déclaration d’indépendance américaine ; plus qu’historique, cette chronique se veut surtout sociale, et dépeint les us et travers des membres d’une petite communauté de colons s’installant dans des zones boisées au sud de l’Hudson, et jusqu’ici vierges de toute civilisation blanche. Il en résulte d’une part un ton volontiers satirique et moqueur avec lequel l’écrivain dépeint tous les personnages qui composent cette société, tous plus faux et fanfarons les uns que les autres : quasiment aucun d’entre eux (avocat, médecin, architecte, etc) n’est en vérité ce qu’il prétend être ; d’autre part, Les pionniers est le roman le plus autobiographique de James Fenimore Cooper, le personnage du juge Temple étant plus ou moins un alter ego du père de l’écrivain, William Cooper, fondateur de la petite ville de Cooperstown. Voilà pour le premier aspect de ce livre ; à cela va être mêlé un projet d’essence plus romantique et philosophique avec l’introduction du personnage emblématique de Bas-de-Cuir, lequel incarne les doutes et les interrogations de l’écrivain face à la conquête d’un territoire sauvage par une civilisation moderne avec son cortège de lois, son système économique basé sur l’exploitation et le peu de cas que cette civilisation matérialiste fait de tout ce qui l’a précédée sur ce sol. Ce second aspect de l’œuvre tend à faire progressivement passer le ton jovial de la satire sociale vers une franche amertume qui questionne les fondements moraux de cette colonisation du Nouveau Monde par un peuple venu d’Europe. Dès lors, l’antagonisme s’installe entre le trio formé par Bas-de-Cuir, John l’Indien (le Chingachgook des autres romans) et Oliver d’une part, le juge Temple et toute sa communauté de pionniers d’autre part : la légèreté du début du roman cède la place à un ton sinon dramatique, tout au moins plus désenchanté au fur et à mesure des évènements. Enfin, troisième aspect de l’œuvre, la dernière partie du roman donne une plus large place à ce que l’on attendra davantage de Cooper par la suite, à savoir de proposer des péripéties propres au roman d’aventure, avec ses intrigues, ses poursuites et ses cataclysmes. D’une portée moins profonde, cet aspect permet en revanche de donner une assise plus populaire à l’écrivain, et c’est un tournant qu’il prendra plus résolument 3 ans plus tard lorsqu’il écrira Le dernier des Mohicans ; il s’accompagne, afin que le théâtre de ces aventures les pare au mieux de leur grandeur romanesque, de ces formidables descriptions des paysages américains qui contribueront de manière significative à la grande notoriété de l’écrivain sur toute la planète. Il résulte de tout cela que c’est dans Les pionniers que se ressent le plus le fait que la chronologie des différentes aventures qui constituent les Histoires de Bas-de-Cuir n’est pas la même que celle de leur rédaction ; de ce point de vue, si Le tueur de daims fait figure d’une œuvre de grande maturité, Les pionniers apparaît de son côté comme un roman plus incertain où l’auteur cherche clairement ses marques, et c’est ce qui le rend d’autant plus intéressant ; c’est dans ce coup d’essai que sont le plus clairement explicités les questionnements de Cooper sur le bien-fondé de toute l’entreprise de colonisation, et son impact délétère sur les premiers habitants de l’Amérique et les richesses naturelles du continent.
Les pionniers fait apparaître au lecteur un James Fenimore Cooper aux préoccupations relativement modernes, puisque l’écrivain se fait ici clairement le précurseur de la pensée environnementaliste américaine telle qu’elle pourra être incarnée plus tard par John Muir, et je vous renvoie ici à la page que j’avais proposée sur les films de Pare Lorentz. Il est vrai que la pensée pré-écologiste de Cooper est davantage philosophique que politique, plus romantique et esthétique que pragmatique ; il n’empêche que par la voix du personnage de Nathaniel Bumppo, l’auteur expose clairement les relations de cause à effet entre l’appât du gain immédiat de la part d’une société uniquement mercantile et la destruction irréversible des espaces naturels. Dans cette opposition, Bas-de-Cuir incarne une frugalité raisonnée qui se montre écœurée devant le spectacle du gaspillage insensé des ressources par une communauté qui se persuade que celles-ci sont de toute manière illimitée : on ne peut qu’être frappé par l’actualité de ce propos, tout au moins dans cette partie de notre opinion se souciant des lendemains qui vont déchanter. Plusieurs scènes marquantes illustrent ce propos : la manière brutale dont Kirby tue les érables pour en extraire le sucre, la pêche monstrueuse sur le lac Otsego et, surtout, cette fameuse chasse aux oiseaux qui tourne à un massacre inutile dont le but n’a plus rien à voir avec le fait d’assurer sa subsistance, mais relève du simple plaisir à effectuer un carnage. D’une manière plus générale, Cooper interroge la légitimité de la disparition de la nature sauvage au profit de l’installation d’une civilisation moderne ; or l’avancement de cette dernière revêtant clairement dans le roman une dimension inéluctable voire même nécessaire – et c’est là l’ambigüité de l’écrivain – le personnage de Bas-de-Cuir se retrouve de ce fait sans cesse en position de recul. Corrélativement, la question des Amérindiens et de leur disparition programmée ne cesse de hanter le roman, avec la figure noble et triste de John l’Indien, dont la mort au terme du livre symbolise bien sûr celle de tous ses semblables : Les pionniers, c’est le roman de la fin de Chingachgook, préfiguration du vanishing Indian des années 1900 (voir à ce sujet le cycle pro-Indien du début d’année). Enfin, le contentieux entre Bas-de-Cuir et le juge Temple prend une tournure judiciaire dans la dernière partie du livre, et James Fenimore Cooper soulève ici un autre problème éthique lié à l’affrontement inégal entre nature et civilisation – et sur lequel il reviendra dans La prairie – ayant trait à la prévalence d’un type de loi sur l’autre : se cristallisant autour d’un cerf que le coureur des bois a abattu en dehors de la saison légale, la situation s’envenime jusqu’à l’arrestation et l’emprisonnement de Bas-de-Cuir, ce qui rend très tangible cette opposition que questionne l’œuvre entre la liberté liée à l’état de nature et les entraves que lui imposent la propriété et le droit tels que les conçoit l’état de civilisation. Tout cela est riche et complexe, et renvoie de manière imagée aux antagonismes philosophiques entre Hobbes et John Lock : il y aurait évidemment bien plus à dire que ces modestes lignes trop synthétiques que je consacre ici à ce roman peut-être hésitant et imparfait, mais tellement attachant, qu’est Les pionniers ; et si pour ma part j’ai effectué ma lecture des Histoires de Bas-de-Cuir dans l’ordre de sa diégèse, il est sans doute tout aussi pertinent de l’entamer par le volume que je viens d’évoquer, permettant ainsi de suivre le cheminement de la pensée de Cooper relativement aux interrogations essentielles dont il nous fait part au sujet de l’effacement inéluctable du wilderness devant les progrès de la civilisation telle que la conçoivent les conquérants blancs.
Tout cela vous a mis l’eau à la bouche ? Alors ne regardez surtout pas The pioneers, réalisé par Albert Herman en 1941 pour le compte d’Edward Finney : James Fenimore Cooper a beau être au générique, il n’y a dans ce film rien, absolument rien, pas la moindre trace de toutes ces belles choses que je viens d’évoquer… Il n’y est même pas question de l’Etat de New York, pas plus que du XVIIIe siècle ; il ne s’agit que d’un western de 36e catégorie frappé de crétinisme aigu, et dont les pionniers du titre n’ont rien à voir avec ceux de Cooper mais sont plus prosaïquement ceux des années 1840 parcourant la Grande Prairie en chariots bâchés, et devenus depuis le succès de The covered wagon en 1923 un sujet récurrent pour ce genre de cinéma fabriqué au kilomètre : rien de nouveau sur un thème déjà trop rebattu à l’époque. Mais la situation est encore bien pire, et en matière de western et de nanar, il y a de toute façon un signe qui ne trompe pas : The pioneers est un western chantant… Ce sous-genre aujourd’hui oublié – mais personne ne semble trop s’en plaindre – est le fruit de la rencontre de deux phénomènes : d’une part le succès croissant à partir des années 20 de la western music, laquelle fusionnera plus tard avec d’autres styles musicaux folkloriques pour devenir la fameuse country, d’autre part l’arrivée du western parlant, à un moment où notre genre cinématographique préféré, sous l’influence controversée de Tom Mix et d’autres stars des années 20, est devenu de plus en plus enfantin. La figure du singing cowboy sur grand écran devient ainsi, tout au long des années 30 et jusqu’au milieu des années 40, le vecteur indispensable du développement commercial de cette western music ; on devine aisément qu’avec de telles visées, on aura renoncé à toute ambition sur le fond, et il faudra attendre les lendemains de la Seconde guerre mondiale pour que le western de série B commence enfin à sortir de cet épouvantable marasme infantile dans lequel il était tombé durant presque deux décennies. Le western chantant, donc ; apparu dès 1930 lorsque Ken Maynard chanta deux titres dans Sons of the saddle, ce sous-genre aussi consternant que prolifique s’emballe à partir du milieu de la décennie lorsque Gene Autry entre en scène : c’est l’explosion, d’autant plus que ce style de navet peu coûteux s’avère particulièrement rentable, et c’est à la faveur de cet engouement qu’apparaît la figure d’Edward Finney. Travaillant jusqu’ici dans les services publicitaires de différentes compagnies cinématographiques, Finney rencontre alors un certain Tex Ritter, lequel s’est fait un nom à la radio où il interprétait des titres de western music tout en racontant des histoires du Far West à destination du public en culottes courtes. Constatant le succès croissant à l’écran de ses homologues chanteurs à chapeau texan, voilà que Tex Ritter se pique de vouloir faire du cinéma, et Finney voit donc là l’occasion de se lancer dans une carrière de producteur ; le résultat sera Song of the gringo, dont je vous laisse préjuger de la vertigineuse profondeur thématique. Mais bon, comme ça se vend très bien et que ça n’a pas coûté très cher, les autres titres vont se succéder en cascade, aujourd’hui tous plus inregardables les uns que les autres ; travaillant initialement pour la Grand National, Finney passe ensuite à la Monogram, ce qui lui permet au passage d’augmenter un peu ses budgets et d’élargir la distribution de ses œuvres. Autour de la vedette chantante, la petite équipe se compose la plupart du temps du réalisateur Albert Herman, qui réalisera une vingtaine de bandes avec Tex Ritter, et de l’opérateur Marcel Picard ; en outre le scénariste Robert Emmett Tansey, un stakhanoviste du western fauché, est souvent de la partie. C’est tout ce beau monde qui est réuni pour The pioneers, avec un Finney qui est alors au sommet de son génie : c’est sans doute grisé par une si brillante réussite artistique qu’il s’instituera quelques mois plus tard comme indépendant, proposant dès lors ses incomparables chefs-d’œuvre à la PRC et autres compagnies de prestige. Et dire que de cette année 1941, l’histoire du cinéma n’aura retenu que Citizen Kane…
Le secret de Finney n’a rien d’original, ce n’est au fond que l’enfance de l’art en matière de série Z : fort de son temps passé au service de différentes compagnies, le producteur en connaissait les arcanes et s’était constitué une bonne réserve de stock-shots piochés ici ou là, qu’il intégrait avec plus ou moins d’habileté au montage de ses propres films, afin de leur donner artificiellement un aspect moins désargenté ; heureusement qu’on n’a pas jamais inventé pour les films les tests anti-dopage… Ainsi les seules bonnes séquences de The pioneers – les plus spectaculaires – sont des attaques d’Indiens prélevées sur Fighting with Kit Carson, un serial d’assez bonne facture qui avait été tourné en 1933. Pour le reste, eh bien autant faire court pour le dire : c’est nul, complètement nul. A tel point qu’en comparaison, même un western de Demofilo Fidani peut encore ressembler à quelque chose, c’est dire ; seul point vaguement positif de The pioneers, hormis les stock-shots : ça ne dure que 55 minutes (comme tous ces westerns chantants de 1930-1945), alors que plus tard les Italiens pousseront en général le sadisme jusqu’à dépasser les 90 minutes pour l’étalage de leurs turpitudes baroques. Puisque j’en suis à trouver des circonstances atténuantes à Edward Finney et Tex Ritter, en voici une autre : selon Gary A. Yoggy, qui semble avoir une bonne connaissance de la filmographie de ces deux-là, The pioneers constituerait « de loin le plus faible des films de Ritter produit par Finney », ce dernier n’y ayant « consacré qu’un effort et un budget minimaux, dans le seul but évident de remplir un quota de production ». On fera confiance à Yoggy : j’avoue pour ma part n’avoir jamais eu le courage de regarder les westerns de Tex Ritter, et l’auteur nous assure à ce sujet que The man from Texas (1939) serait au-dessus de la moyenne de ce type de film, et présenterait même quelque intérêt dans l’absolu ; mais je préfère quand même attendre un dimanche après-midi pluvieux pour vérifier cela. Pour en revenir à The pioneers, il semble de toute manière que le film ait été lancé alors que la collaboration entre Finney et Ritter avait déjà du plomb dans l’aide, et ce sera d’ailleurs le dernier film qu’ils feront ensemble : pensant obtenir là une promotion dans sa carrière, l’acteur-chanteur passera ensuite au département B de la Columbia ; or mal lui en prit, puisqu’il se retrouva à jouer les coéquipiers pour Wild Bill Elliott et Charles Starrett, ce qui le fit descendre rapidement aux oubliettes du septième art. Pour autant, la réputation de notre singing cowboy au sein de l’univers médiatique n’en fut pas compromise, bien au contraire : le déclin cinématographique de Tex Ritter fut concomitant de sa percée dans l’industrie du disque, et il fut en 1942 le tout premier artiste signé chez Capitol Records, ce qui en fit rapidement une figure incontournable de la musique country ; le sommet de sa carrière sera atteint en 1952, lorsqu’il interprétera The ballad of high noon pour le générique d’ouverture du célèbre western de Fred Zinnemann avec Gary Cooper.
Signe que le côté chantant est de prime importance dans The pioneers, Tex Ritter ne se retrouve pas le seul à y pousser la chansonnette : lors de la scène obligée autour du feu de camp, deux autres chanteurs country nous donnent à entendre leurs vocalises. Commençons par Doye O’Dell, aujourd’hui à peu près oublié : ayant débuté lui aussi à la radio, il intégra pendant un temps la célèbre formation de Roy Rogers, les Sons of the Pioneers, et commença à partir de 1940 à apparaître dans divers westerns, ce qu’il fit ensuite pour la télévision jusqu’au début des années 60. Beaucoup plus connu, Red Foley fit en 1941 dans The pioneers la première de ses deux seules apparitions au cinéma ; c’est la même année où sa carrière discographique, débutée en 1933, décolla après avoir signé chez Decca Records. Lui aussi va devenir un très grand nom de la country au lendemain de la Seconde guerre mondiale, plus célèbre encore que Tex Ritter. Il fut le premier musicien de ce style à enregistrer à Nashville, et il est considéré rétrospectivement comme un des grands précurseurs du rock’n’roll, certains de ses tubes ayant été par la suite repris aussi bien par Jerry Lee Lewis que par Elvis Presley. Dans The pioneers, chacun de ces trois artistes ne joue pas un personnage proprement dit mais apparaît dans l’histoire sous son propre nom, et vous reconnaîtrez qu’il y a là un signe de nanardise qui ne trompe pas… Comme je l’ai dit plus haut, il n’y a à peu près rien à sauver de ce film, dont l’intrigue stupide et les personnages tous plus caricaturaux les uns que les autres ne sont là que pour servir de prétexte à la promotion de 5 ou 6 chansons, dont j’imagine que les disques devaient sortir à peu près au même moment (mais je n’ai pas eu le temps de vérifier cela). Comme chez Ed Wood et quelques autres, on est stupéfait par la nonchalance du réalisateur, qui ne s’embarrasse pas des principes de mise en scène même les plus élémentaires en matière de raccord : dans telle ou telle scène, on passe de la nuit noire en plein midi selon l’angle de vue où est filmée l’action, et cela ne semble avoir posé de problème à personne sur le plateau de tournage… Tout est codifié à l’excès : on ne peut pas rater le héros Tex Ritter, qui se signale immanquablement par un grand chapeau blanc à la façon de Tom Mix ; quant aux méchants, je vous le donne en mille, ils ne cessent de se dénoncer entre eux, et il n’y a finalement qu’à les laisser faire pour qu’ils aillent tous seuls en prison. Naturellement, Tex Ritter se retrouve affublé d’un sidekick croquignolet à souhait, sur le modèle classique du plouc de l’Ouest qui prend un bain tous les 5 ans, un peu comme les personnages qu’incarnait Gabby Hayes dans d’autres types de séries B, mais dans une variante davantage « hillbilly » : les connaisseurs apprécieront la subtilité. Incarné par un certain Arkansas Slim Andrews, ce compagnon au grotesque appuyé traîne avec lui une mule à qui il parle et qu’il appelle Joséphine ; son personnage était devenu depuis 1940 récurrent dans les aventures de Tex Ritter, et ses grimaces ont continué d’accompagner les pérégrinations de notre singing cowboy durant tout son contrat à la Monogram, et même par la suite pendant presque 10 ans. J’avoue avoir éclaté d’un rire très franc lors de la séquence où je l’ai vu accompagner Ritter au banjo le temps d’une chanson, il faut voir ça pour le croire ; ce qui fait qu’au bout du compte, j’ai réussi quand même à passer 30 secondes agréables lors du visionnage de ce western désastreux qui donne une assez bonne idée, à peu de choses près, de ce qu’Hollywood pouvait faire de pire en la matière.
Le bonus de cet envoi est de nature iconographique : vous trouverez quelques tableaux de peintres du milieu du XIXe ayant pris le roman de Cooper comme inspiration, d’après quelques scènes marquantes des Pionniers ; ce sont cependant des œuvres mineures, qui ne peuvent rivaliser en qualité avec les magnifiques huiles sur toiles peintes par Thomas Cole d’après Le dernier des Mohicans. Dans le dossier, vous trouverez également des dessins réalisés par Felix Octavius Darley pour une édition illustrée des Pionniers, et qui doivent dater des années 1850 ; il n’y en a en vérité que deux, car je n’ai pas eu le temps d’en collecter d’autres et je le regrette (Darley a réalisé en tout 350 dessins pour illustrer les œuvres de James Fenimore Cooper). Enfin, vous trouverez le n°37 de la fameuse série de comics intitulée Classics illustrated, publié par Gilberton en mai 1947 et consacré aux Pionniers : comme toujours dans cette collection, c’est un travail d’adaptation de très bonne qualité. Le roman, lui, est facilement trouvable, et vous pourrez vous procurer la dernière édition française en date – chez Gallmeister – auprès de n’importe quel libraire : je ne saurais bien sûr que vous en recommander chaudement la lecture. Quant au film d’Albert Herman, il est nul, ça vous l’avez bien compris ; et pour ne rien gâcher, eh bien il est dans une copie pourrie… Je l’ai sous-titré à l’oreille, avec autant d’application que pour un autre western, si ce n’est que je n’ai pas eu le courage de traduire les chansons, pour lesquelles de toute façon je ne comprenais qu’un couplet sur deux : allons, je ne crois pas que vous m’en voudrez beaucoup pour cet oubli… La semaine prochaine, je vous proposerai un envoi qui concernera La prairie, le dernier volet des aventures de Nathaniel Bumppo.









Grand merci.
RépondreSupprimermerci pour toute cette présentation, merci. (p)
RépondreSupprimerMerci UH
RépondreSupprimerMerci infiniment pour ces beaux partages Unheimlich !
RépondreSupprimerMerci beaucoup !
RépondreSupprimerMerci Unheimlich pour la découverte
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