mercredi 12 février 2025

RAMONA

 HD

(VOSTFR)


Réalisation : Edwin Carewe
Casting : Dolores Del Río, Warner Baxter, Roland Drew
Durée : 82 min
Année : 1928
Pays : USA
Genre : Drame

L'histoire, inspirée du roman, est celle d'une jeune fille orpheline et métis amérindienne qui vit en Californie du Sud et qui souffre de la discrimination raciale et de la misère : lorsque Ramona découvre qu'elle est métisse, elle choisit de s'identifier comme Amérindienne, et non comme Mexicaine américaine...


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Non, la triste indifférence devant la tragique disparition des Indiens d’Amérique du Nord ne fut pas tout à fait générale au XIXe siècle, et il y eut toujours un certain nombre de Blancs pour s’en émouvoir. Parmi ceux-ci, les artistes et les écrivains adoptèrent souvent une position ambigüe, leur fascination pour le deuil et l’extinction servant également – et parfois même essentiellement - à nourrir une inspiration romantique : nous avions vu cela à propos de James Fenimore Cooper, des peintres de la Husdon River School et de tout ce qui avait trait à la figure du vanishing Indian. Mais il y eut aussi ceux qui eurent la démarche inverse, chez qui l’indignation militante précéda l’œuvre, et qui n’envisagèrent la plume que comme un instrument au service de cette cause indienne qu’ils défendirent envers et contre tout : ils étaient juristes, journalistes, parfois simples témoins attristés du malheur qu’ils voyaient s’accomplir. En 1850, Helen Hunt est une jeune New Yorkaise de 20 ans, une érudite évoluant dans la bonne société et qui, de ce fait, écrivaillonne nécessairement à ses heures perdues. Or même par la suite, ses talents littéraires resteront tout de même assez modestes, comme il faut bien le reconnaître ; mais la verve de Helen Hunt fut très tôt aiguillonnée par un trait de caractère bien particulier. Car la jeune femme, maintenant mariée et résidant à Washington, se révèle avoir une âme de militante progressiste, et ses premières causes furent celles des femmes et de l’antiesclavagisme. Ainsi en 1852, lorsqu’est publié pour la première fois La case de l’oncle Tom, Helen Hunt défend vigoureusement le roman de H.B. Stowe ; or le succès de cette œuvre célèbre va clairement favoriser la cause des Noirs, ce qui va donner beaucoup à réfléchir à notre écrivaine en herbe. Helen Hunt voyage, perd son premier mari, fréquente les cercles antiesclavagistes et littéraires, et entame ainsi une petite carrière littéraire sans grand éclat. Elle rencontre son second mari W. S. Jackson, dont elle gardera aussi le nom ; il travaille dans la compagnie de chemins de fer Denver Rio Grande, et c’est en le rejoignant à l’été 1876 dans les prairies du Colorado qu’Helen Hunt Jackson rencontre pour la première fois des Indiens : elle ne le sait pas encore, mais cette découverte qui la fascine sera le prélude à ce qui occupera de manière passionnée les dernières années de sa vie, à partir de la fin de l’année 1879.


Avant de voir ce qu’il en sera de Ramona et du futur combat d’Helen Hunt Jackson en faveur des Indiens, il est sans doute utile de dire quelques mots douloureux sur ce qui est considéré comme la page la plus effroyable de l’histoire déjà très sombre de la dépossession des Amérindiens par l’homme blanc. Lors du premier envoi consacré à ce cycle pro-Indien, j’avais eu en commentaires quelques échanges enrichissants avec un partisan de la thèse génocidaire pour qualifier ce qu’il advint des Indiens d’Amérique du Nord, une thèse que de mon côté je réfute pour au moins deux raisons : le côté non-organisé et non-institutionnel des massacres d’une part (ce qui renvoie au problème des différentes acceptions du terme « génocide »), et d’autre part le fait qu’en bout de course on ne peut pas faire le constat d’une éradication, alors même que les Blancs avaient définitivement vaincu les Indiens en 1890 et les tenaient à leur merci. Cependant, le cas de la Californie interroge même les historiens modérés, tant les chiffres sont effarants : quelque soient les tribus aborigènes de cette région, ce sont 90 % de leurs représentants qui furent décimés en moins de 30 ans… Certes, les maladies y furent pour beaucoup, et les Espagnols avaient déjà bien abîmé toutes les populations indiennes sous leur domination ; mais en 1848, deux événements majeurs, indépendants et simultanés vont sceller le destin d’une région au sein de laquelle les indigènes ne seront plus désormais perçus que comme des gêneurs inutiles avec qui il n’est pas nécessaire de s’encombrer de principes. Le premier événement est, bien sûr, l’annexion officielle par les Etats-Unis le 2 février de la Californie, laquelle était mexicaine depuis 1821. Le second eut lieu une semaine auparavant, lorsqu’un colon américain qui exploitait une scierie découvrit de l’or au nord-est de Sacramento, ce qui déclencha le déferlement des « forty-niners » dont l’avidité n’allait s’encombrer d’aucun scrupule pour se satisfaire. En conséquence de cela, deux motivations de nature en apparence différente allaient se combiner pour sceller le sort des malheureux Indiens de la région : d’une part son rattachement aux Etats-Unis allait faire de la Californie et son climat hospitalier la Terre promise de cette idéologie informulée des pionniers connue sous le nom de « destinée manifeste », et qui par définition ne laissait aucune place à l’indigène ; tandis que du côté des chercheurs d’or, leur cupidité sans limite allait accélérer la dérive morale nécessaire aux pratiques génocidaires. L’élimination des Indiens de Californie se fit par la multiplication de tueries éparses, mais aussi de manière indirecte et tout aussi efficace, lorsque la famine était la conséquence inéluctable de la dépossession des communautés et de l’abattage systématique de leurs troupeaux. Il reste la question cruciale de la participation des autorités fédérales aux massacres, et à leur planification éventuelle : cette question est au cœur des acceptations plus ou moins restrictives du terme de « génocide ». Or le cas de la Californie fait débat chez les historiens, car au moment des faits (1846-1873), les institutions n’ont jamais commis la maladresse de donner une forme légale à tous ces crimes. Benjamin Madley est l’historien le plus fervent partisan de la qualification de génocide ; néanmoins, les preuves qu’il a accumulées semblent beaucoup plus solides à l’encontre des mineurs ou des fermiers que du gouvernement fédéral et de son éventuel financement d’escadrons de la mort. Mais que l’accord pour perpétrer les crimes ait été tacite ou formel, cela ne change pas grand-chose au résultat, lequel est effrayant ; qu’elles aient été directement complices ou pas, les autorités ont de toute façon délibérément regardé ailleurs, engageant ceux qui avaient le plus de sang sur les mains d’aller se faire oublier quelque part, en attendant qu’on parle d’autre chose. Le démocrate Gavin Newsom, actuel gouverneur de la Californie, a quant à lui choisi en 2019 de qualifier officiellement de génocide ces terribles événements.


Revenons à Helen Hunt Jackson, que nous avions laissée dans le Colorado. A l’automne 1879, elle se rend à Boston, pour des raisons personnelles, sans lien avec ces Indiens qu’elle a un peu oubliés au profit d’une carrière littéraire qui commence à se dessiner. Pourtant, sans qu’elle s’en doute, ce séjour à Boston allait changer sa destinée lorsque le 29 octobre, elle assiste presque par hasard à une conférence donnée par des chefs Poncas venus plaider à la ville la cause de leur peuple, victime d’une déportation mortifère suite à la découverte de mines d’or dans le Dakota. Or dans cette histoire, on retrouve quelques ingrédients de ce que j’ai décrit plus haut pour la Californie : violence, déplacements forcés, confiscation des terres et des outils, abattage du bétail. Bouleversée, Helen Hunt Jackson va commencer à écrire divers articles sur le sujet et adresser des courriers à quelques membres de la haute administration, notamment au secrétaire à l'Intérieur, chargé du Bureau des affaires indiennes, qui d’ailleurs ne lui répondra même pas. De Boston, le combat des Poncas va se déplacer à New York, où les chefs indiens vont devoir surtout lutter contre l’indifférence générale, alors qu’Helen Hunt Jackson continue de son côté à les soutenir du mieux qu’elle peut par l’intermédiaire du New York Daily Tribune. Ça y est, la croisade de l’écrivaine est lancée, et occupera toute la fin de sa vie : après les Poncas il y aura les Utes, etc. Helen Hunt Jackson continue à écrire dans la presse, organise des collectes de fonds, fait circuler des pétitions. Elle se documente, collecte les preuves de reniement des traités, étend sa cause à l’ensemble des nations indiennes, et le résultat de sept mois de travail intense sort en janvier 1881 sous le titre de A century of dishonor, vibrant appel à une réforme significative de la politique amérindienne du gouvernement, et dont elle envoie un exemplaire à chaque membre du Congrès avec une citation de Benjamin Franklin imprimée en rouge sur la couverture : « Regardez vos mains : elles sont tachées du sang de vos semblables. » Ce livre ne fut pas tout à fait vain, et favorisa la prise de quelques mesures par le Congrès en faveur des Poncas ; néanmoins, l’écrivaine estima que ces 400 pages documentées n’avaient pas eu l’impact qu’elle espérait, et c’est cette relative déception qui fut en partie à l’origine de Ramona. Epuisée par cette année de militantisme et de travail de recherche, Helen Hunt Jackson part en 1881 se reposer en Californie, un Etat qu’elle avait déjà visité auparavant ; on lui commande par ailleurs des articles sur les Indiens de la région, notamment ceux qui avaient trouvé refuge dans les missions franciscaines : ils n’étaient plus que 4000. La cause indigène commence à être dans l’air du temps, et le monde de l’édition se demande alors si le moment ne serait pas venu que quelqu’un écrive l’équivalent pour les Amérindiens de ce que fut La case de l’oncle Tom pour les Noirs : de manière assez naturelle, on pense alors à Helen Hunt Jackson. Celle-ci se laisse d’autant plus convaincre qu’elle est maintenant persuadée que seul un livre de fiction romanesque est en mesure de toucher un large public et de sensibiliser l’opinion au sort malheureux des Indiens. Après avoir visité un certain nombre de missions catholiques, s’être amplement renseignée sur le cas californien auprès de diverses personnalités politiques et religieuses de la région, et avoir été nommée en 1882 commissaire des Affaires indiennes par le président Chester A. Arthur, Helen Hunt Jackson rentre en novembre 1883 à New York afin d’y écrire, jusqu’en mars de l’année suivante, l’ouvrage qui lui vaudra la célébrité : Ramona. Son projet littéraire est alors limpide : « Si je pouvais écrire une histoire qui ferait pour les Indiens un centième de ce que La case de l'oncle Tom a fait pour les Noirs, je lui en serais reconnaissante pour le reste de ma vie », peut-on lire dans sa correspondance. Initialement publié en feuilleton hebdomadaire dans le Christian Union en 1884, Ramona est devenu par la suite extrêmement populaire : 60 ans après sa publication, 600 000 exemplaires en avaient été vendus, et on dit qu’il y a eu à ce jour plus de 300 rééditions. Le roman a été adapté cinq fois au cinéma, et une fois en telenovela ; une adaptation théâtrale, le Ramona Pageant, est jouée chaque année en plein air depuis 1923 à Hemet dans l’Etat de Californie, dont elle est d’ailleurs la pièce officielle. Une victoire militante et littéraire, donc ? Eh bien non, car malgré cet incroyable succès, Ramona est aussi l’histoire d’un malentendu entre une écrivaine et ses lecteurs.


Raymond Chandler, qui avait la dent dure, qualifia dans les années 50 Ramona de « bouillie sentimentale » ; et il y a un peu de cela, en effet, mais quitte à vouloir être méchant, il aurait sans doute été plus juste qu’il qualifie le roman de « kitscherie touristique ». Dans tous les cas, s’il n’y a absolument pas à remettre en cause la valeur et la sincérité de l’engagement d’Helen Hunt Jackson en faveur des Indiens, pour lesquels elle consacra les dernières forces de sa vie déclinante, le constat s’impose néanmoins que l’objectif d’égaler l’impact qu’avait eu le roman de H.B. Stowe pour la cause des Noirs ne fut pas atteint. Tout d’abord, à la lecture de Ramona, on s’aperçoit vite que le talent de son autrice n’est pas celui d’un grand nom de la littérature, et son amie Emily Dickinson disait d’ailleurs d’elle : « Elle a les faits, mais pas la phosphorescence. » Plus encore, et peut-être parce qu’Helen Hunt Jackson a estimé que cela rendrait son roman plus attrayant auprès du grand public, Ramona semble défendre autant la cause des Indiens que celle de la Californie hispanique et catholique. Il en résulte que c’est essentiellement la première partie du livre qui frappa l’imaginaire populaire ; très vite, le roman devint celui de l’exaltation d’un romantisme pastoral assez naïf, attaché par l’écrivaine à la Californie coloniale sous domination mexicaine. Haciendas et vastes propriétés seigneuriales, missions espagnoles, señoritas et fiers caballeros, serviteurs indiens dévoués, prêtres franciscains itinérants et Sainte Vierge devant qui on se prosterne à n’importe quel propos : tout cet imaginaire d’une société aristocratique et décadente, s’adonnant aux loisirs en profitant d’une terre généreuse, était apte à forger une identité culturelle spécifique à la région, d’autant plus forte qu’elle s’opposait radicalement à l’éthique austère et laborieuse d’une partie de l’envahisseur protestant. Par ailleurs, la publication de Ramona était contemporaine de l’établissement des grandes lignes de chemin de fer qui donnaient accès au plus grand nombre à cette Californie rêvée (en l’occurrence, la Southern Pacific Railroad), et il s’ensuivit un engouement touristique en lien avec le roman d’Helen Hunt Jackson : on pouvait ainsi se rendre en wagon Pullman sur les lieux mythiques et supposés du roman à succès, et dès 1886 commença ainsi à se mettre en place un tourisme directement en lien avec Ramona, proposant aux visiteurs d’admirer les singularités architecturales de la Californie du Sud par le biais de ces lieux emblématiques. Evidemment, cette réappropriation de Ramona par l’économie du tourisme et celle des produits dérivés a fini par faire passer complètement à la trappe toute la problématique indienne, et la virulente dénonciation faite par ce livre des impacts de la colonisation de cette région par les Américains à partir de 1846. S’il est évident qu’Helen Hunt Jackson n’a pas souhaité cet accaparement de son œuvre par l’industrie de la carte postale et du sentimentalisme bon marché, elle aura néanmoins créé les conditions favorables à ce dévoiement par la mansuétude dont elle fait preuve envers les hispaniques dans leurs rapports avec les Indiens, qui à l’en croire aurait relevé d’une sorte de paternalisme bienveillant. Car si les Américains ont indubitablement le mauvais rôle dans ce roman, le sentiment qu’il donne d’une communauté de destin entre indigènes et descendants espagnols confrontés à l’envahisseur protestant fait oublier un peu trop vite que le sort des Indiens de Californie durant la période mexicaine n’eut vraiment rien d’enviable. Loin de cette idylle presque égalitaire décrite dans la première partie du roman, où les relations entre Don Felipe et Alessandro sont celles de deux amis, la situation des Indiens au sein des haciendas et des missions franciscaines avant 1848 était en réalité proche de l’esclavage ; voilà tout au moins ce que s’accordent à dire la plupart des historiens, qui font également état du « génocide culturel » auquel se livrèrent les autorités ecclésiastiques : la pratique par les Indiens de leurs rituels ancestraux était très durement réprimée, et leur conversion par les missionnaires catholiques se fit le plus souvent par la terreur. On estime que la population aborigène de Californie fut réduite d’un tiers par la colonisation espagnole ; certains vont même plus loin, et Castillo écrit par exemple que « les franciscains avaient pris sur eux de brutaliser les Indiens et de se réjouir de leur mort. Ils voulaient simplement les âmes de ces Indiens ; alors ils les ont baptisés, et quand ils mouraient - de maladie ou de coups - ils allaient au paradis, ce qui était un motif de célébration. » Mais alors, c’est que les Indiens ont une âme ! Au fond, ces franciscains étaient de gentils progressistes… Bref, exagération ou pas, toujours est-il que si à l’époque d’Helen Hunt Jackson, les missions catholiques avaient pris l’allure de refuge pour les Indiens massacrés par les colons venus des Etats-Unis, cette solidarité née de l’adversité ne pouvait certainement pas effacer la catastrophe qu’avait représenté pour les populations autochtones de Californie l’invasion de leur territoire par les Espagnols en 1769.


Le succès de Ramona se transforma donc en véritable phénomène de mode, et une partie du public en vint même à confondre fiction et réalité, prenant le livre pour une biographie ; au début des années 1900, on vit ainsi l’écrivain George Wharton James monter en épingle sa soi-disant découverte de la « vraie Ramona », dont il prit une photographie sur la tombe de son mari et qu’il vendit ensuite en cartes postales. Dans le domaine artistique, le roman d’Helen Hunt Jackson fut même à l’origine du « mission revival », un mouvement architectural nostalgique du style colonial espagnol. Bref, il y eut à la suite de Ramona un large engouement romantique concernant la Californie, et que cet Etat utilisa largement pour promouvoir culturellement son image de marque ; mais de cause indienne, il n’en était point question. Ainsi du point de vue politique, le roman s’avéra être un échec, même si certains soutiennent que le vote de la loi Dawes de 1887, favorable aux Indiens, fut une conséquence de ce succès populaire. Naturellement, l’écrivaine fut déçue de cette réinterprétation, même si elle ne désespérait pas que son effort entamé avec A century of dishonor finisse un jour par porter ses fruits, malgré le mésusage que la culture populaire faisait de Ramona. Pourtant, la seconde partie du roman abandonne le décorum idyllique de la grande hacienda Moreno pour aborder frontalement le problème de la dépossession brutale des populations indiennes, l’arrivée des colons américains étant de ce point de vue décrite comme une véritable calamité pour la région. La galerie de ces nouveaux venus est bien entendu nuancée dans ses descriptions, allant d’une famille plutôt bienveillante et secourable jusqu’aux crapules les plus avides, cyniques et même meurtrières ; mais il est contestable qu’Helen Hunt Jackson dresse un portrait terriblement accusateur de ses compatriotes. Cependant, hormis la mort d’Alessandro tué par un colon dans la dernière partie du roman, les violences perpétrées par les Américains sont plutôt évoquées de manière indirecte : l’attaque de la tribu de Temecula et la déportation des survivants sont rapportées à Ramona par son amoureux, sans que lui-même en ait été le témoin – sinon des conséquences désastreuses. Plutôt que de massacres brutaux, ce que décrit Ramona relève davantage d’une somme d’humiliations et de dépossessions qui finissent par anéantir tout aussi sûrement le malheureux couple d’Indiens, qui se retrouve acculé à la fois physiquement – leur dernier refuge sera dans la montagne – que psychologiquement, puisqu’Alessandro finira par sombrer dans la folie. Vraisemblablement dans le but de toucher un public le plus large possible, Helen Hunt Jackson procède à beaucoup de compromissions sur la forme, avec le danger véritable de détourner l’attention du vrai sujet du livre : c’est ce que nous venons de voir au sujet de sa description idéalisée de la Californie des missions franciscaines ; mais on retrouve la même tendance concernant d’autres aspects du roman. Il en va ainsi de la description des deux personnage principaux, dont la caractérisation en tant qu’Indiens est particulièrement édulcorée ; ainsi Ramona est-elle une métisse, dont les traits physiques semblent beaucoup plus la rapprocher d’une hispanique que d’une indigène, ce qui paradoxalement donna du grain à moudre à la critique raciste de l’époque qui soutenait que tant de qualités – y compris morales – ne pouvait certainement pas faire de l’héroïne du roman la descendante d’un peuple aussi dégénéré que celui des Indiens. Quant à Alsseandro, il n’est certes pas métis mais l’autrice s’efforce de le rapprocher culturellement le plus possible d’un européen : il sait lire et écrire, il a la peau claire et sait même jouer du violon. Bref, on sent bien qu’il s’agissait de faire en sorte que ces Indiens soient le moins indiens possible, sans quoi le lectorat de l’époque aurait risqué de ne pas pouvoir – ou vouloir – les prendre en sympathie. Reste enfin l’éternel problème de la miscegenation, autrement dit la sexualité interraciale ; là encore, c’est le compromis qui est de mise, car le sujet du métissage étant encore quelque peu tabou à la fin du XIXe siècle : depuis les vives critiques reçues par Hobomok de Lydia Maria Child en 1824, la prudence était de mise en ce domaine. Ainsi Ramona, au début de l’histoire, ne sait pas qu’elle est à moitié indienne, et son amour pour Alessandro apparaît dès lors problématique pour elle et son entourage. Helen Hunt Jackson aurait pu choisir de faire briser cet interdit par son héroïne ; mais plus consensuellement, elle choisit d’apporter à Ramona une révélation de son indianité qui produit sur cette dernière l’effet d’un « permis d’aimer », sa romance avec l’Indien Temecula pouvant alors se concrétiser sans bousculer l’ordre racial établi. Bref, si le racisme de la señora Moreno est bien sûr montré négativement par l’histoire, l’écrivaine a de toute évidence décidé de ne pas prendre non plus trop de risques sur cette question de métissage.


Cinéma ! Cinq adaptations de Ramona ont été tournées : celle de 1916 par Donald Crisp étant perdue, et celle de 1946 d’origine mexicaine étant introuvable (mais elle a mauvaise réputation), il nous reste les trois adaptations américaines de 1910, 1928 et 1935 que je vous propose toutes dans ce post. Mais c’est surtout la version de 1928 avec Dolores del Río que je souhaite mettre en avant, car c’est celle que je trouve de meilleure qualité ; les deux autres feront donc office de bonus. Une des caractéristiques notables de ce film, et qu’on ne se priva pas de mettre en avant pour la promotion du film à l’époque, est que son réalisateur Edwin Carewe était d’origine Chickasaw, une nation indienne de l’Oklahoma. Ses deux frères travaillaient également dans le cinéma, dont l’un comme scénariste qu’on trouve au générique de Ramona sous le nom de Finis Fox. Cela ne fait pas pour autant de Carewe le premier réalisateur amérindien, puisque James Young Deer l’avait précédé à l’époque des westerns à une ou deux bobines des années 1910. Le film ayant été un gros succès critique et financier, c’est donc principalement pour avoir réalisé Ramona qu’Edwin Carewe est connu des cinéphiles. Comme beaucoup de films muets tardifs, il s’agit d’une œuvre sonore, mais je n’ai en revanche pas pu déterminer de manière sûre la nature du procédé, entre son sur disque et Movietone (son sur film), certains indices faisant pencher la balance entre l’un et l’autre ; or sur la version que je vous propose, il ne s’agit pas de toute façon de la bande-son d’origine, laquelle contenait une partie chantée : le titre Ramona est en effet également celui de la chanson qu’interprétait Dolores del Río elle-même, et qui avait été popularisée avant-même la sortie du film. Il s’agit semble-t-il de la toute première chanson écrite spécialement pour le cinéma, et son succès fut d’ailleurs international : la version française chantée par Saint-Granier sera par exemple reprise de nombreuses fois par la suite. Le tournage du film de Carewe s’étala sur deux mois durant la fin de l’année 1927, avec de beaux extérieurs pour lesquels l’équipe se rendit en train et en automobile dans quelques sites remarquables de l’Utah (Zion, Springdale, Cedar Breaks). Le film fit de Dolores del Río une grande vedette dont le charme exotique n’était pas factice, ce qui était relativement nouveau à une époque où ce type de rôle était interprété presque exclusivement par des comédiens ou comédiennes d’origine anglo-saxonne ; cela conférait à l’interprétation du personnage de Ramona une authenticité qui, d’une certaine façon, allait dans le même sens que les origines amérindiennes du réalisateur. Par ailleurs, la carrière de Dolores del Río était étroitement liée à celle du metteur en scène et de son frère scénariste : c’est en effet Edwin Carewe qui avait découvert la future actrice à Mexico et lui avait proposé de venir jouer dans ses films à Hollywood, puis qui engagea les personnes adéquates pour façonner de manière précise et soignée l’image publique de sa nouvelle recrue au charme très hispanique. Il semble que la mise en avant d’une actrice mexicaine n’était pas du tout fortuite à cette époque, où l’industrie cinématographique cherchait à positiver ses représentations de personnages frontaliers, à l’opposé de ce qui se pratiquait dans les années 1910 marquées par les relations conflictuelles avec le Mexique : les débouchés commerciaux vers le voisin du sud, chez qui 90 % des films projetés étaient à la fin des années 20 des importations hollywoodiennes, ne devait pas être négligé. Il est par ailleurs probable que Carewe, tournant un film dont le sujet était l’intolérance visant les Indiens, ait souhaité étendre cette problématique aux Mexicains : un grand nombre de ces derniers étant en effet venus récemment s’installer dans la région de Los Angeles pour fuir la pauvreté et les troubles consécutif à la révolution dans leur pays, ils étaient devenus à l’époque un sujet de préoccupation pour les habitants d’origine anglo-saxonne, bien avant Donald Trump... A l’écran, Dolores del Río pouvait donc donner une image rassurante et gentiment pittoresque de ces Mexicains installés aux Etats-Unis, tous de conditions très modeste et que l’on commençait par conséquent à regarder de travers. De ce fait, cette version de Ramona tournée par Carewe se retrouve à effectuer, par le biais de son interprète principale, un étrange syncrétisme exotique faisant l’amalgame entre indianité et mexicanité.


On notera qu’il n’y a là aucune trahison d’Helen Hunt Jackson, bien au contraire : nous avons vu que l’écrivaine avait suggéré dans Ramona une communauté de destin quelque peu factice entre Indiens et Mexicains, et le roman se termine d’ailleurs par le départ de l’héroïne avec Felipe pour Mexico – un ultime dénouement que, d’ailleurs, aucune des trois versions cinématographiques que j’ai pu voir n’intègre dans son scénario. Pour le reste, autant cette adaptation par Edwin Carewe se permet beaucoup d’infidélités au roman quant à l’enchaînement des événements et les personnages secondaires de l’histoire, ne respectant que les grandes lignes du récit, autant elle se montre sur le fond très fidèle à l’esprit de ce qu’a écrit l’autrice. En particulier, le film joue à fond la carte postale kitsch d’une Californie hispanique totalement fantasmée, avec pour point d’orgue une scène de chants et de danse (et où l’on devait certainement entendre, dans la version sonore d’origine, Dolores del Río interpréter la célèbre chanson) qui réunit à peu près tous les éléments attendus de ce romantisme exotique : une société oisive et insouciante, sorte d’Arcadie un peu décadente, avec un mélange social et racial aussi improbable que le paternalisme bon enfant qui le sous-tend. Si naïve soit-elle, il faut reconnaître que cette évocation ne manque pas de charme, et l’envoûtement fonctionne formidablement bien grâce au soin apporté aux décors, aux costumes ainsi qu’à la merveilleuse photographie de Robert Kurrle, un des plus grands chefs-opérateurs qu’ait connu Hollywood. Car il ne faut pas s’y tromper, les films d’Edwin Carewe se prévalaient souvent d’une haute tenue artistique, et Ramona en est le parfait exemple : qu’il s’agisse des séquences réalisées au Tec-Art Studios à Hollywood ou celles tournées dans les extérieurs de l’Utah, nous sommes en présence d’une œuvre aux qualités graphiques exceptionnelles. Quant à la dénonciation du sort réservé aux Indiens par les nouveaux conquérants de la Californie, elle est bien entendu présente dans la seconde partie, avec là encore des modalités qui diffèrent quelque peu du roman. On n’aperçoit finalement assez peu d’Américains dans ce film, en particulier du fait que parmi les nombreuses simplifications apportées par le scénariste, on note la disparition de cette famille protestante représentée par tante Ri et son fils Jos dans le roman, lesquels se montraient charitables à l’égard des deux malheureux Indiens. A l’inverse, le spectateur ne peut qu’être fortement impressionné par le choix d’Edwin Carewe de filmer de manière explicite une scène de massacre dans un village indien, ce qu’Helen Hunt Jackson avait en revanche choisi de traiter de manière beaucoup plus détournée comme on l’a vu plus haut. Les cinéphiles se souviendront longtemps de cette stupéfiante séquence qui, plus de 40 ans avant The blue soldier, n’a rien à envier à ce dernier en matière de cruauté et de nombre de victimes. On notera par exemple cette courte scène où, après avoir abattu une femme qui se sauvait avec son petit enfant sur le dos, le Yankee descend de cheval pour tirer une balle sur le nourrisson… Le visionnage d’un tel film est donc important, car il bat immédiatement en brèche ce discours trop souvent entendu comme quoi le cinéma a dû attendre la contre-culture des années 70 pour rendre compte sans faux-semblants des crimes perpétrés par les envahisseurs anglo-saxons sur les peuples autochtones d’Amérique du Nord. Pour en revenir à la séquence elle-même, l’intertitre qui l’introduit semble faire preuve d’une étrange pudeur en ne désignant pas explicitement les auteurs de la tuerie qui se prépare comme étant des Américains – bien que leur accoutrement ne laisse guère de doute – mais sous le terme plus vague de « maraudeurs ». On ne saurait toutefois interpréter cela comme une volonté par le scénariste Finis Fox, qui a également rédigé les intertitres, de ne pas vouloir froisser le public américain en ne nommant pas directement ses compatriotes blancs : dans l’unique copie survivante de ce film longtemps réputé perdu ayant été retrouvée dans les collections praguoises, les intertitres n’étaient pas d’origine mais rédigés en tchèque. Lors de la restauration de l’œuvre, de nouveaux intertitres ont été créés en traduisant le tchèque en anglais, et on ne peut donc pas être certain pour le moment de la teneur exacte des intertitres originaux ; il n’est d’ailleurs pas impossible que leur texte ait été conservé quelque part, et que l’on en apprenne un jour davantage à ce sujet.


En guise de premier bonus, vous trouverez dans cet envoi la toute première adaptation de Ramona pour le cinéma, réalisée par David W. Griffith en 1910 pour la Biograph. Le spectateur est immédiatement informé sur le carton de présentation que le film a été tourné sur les lieux mêmes où la romancière avait situé son histoire, ce qui est un peu présomptueux dans la mesure où Helen Hunt Jackson reste un peu vague sur la localisation de certains événements marquants qui ponctuent son roman ; l’affirmation de Griffith est donc certainement à mettre en lien avec tout ce marché touristique qui s’était développé en lien avec Ramona, et qui lui aussi proposait de visiter les lieux emblématiques du livre à succès. Néanmoins, ce tournage dans le comté de Ventura donne malgré tout une certaine authenticité topographique aux images, et fait de ce court-métrage un exemple de film tourné en Californie avant la véritable naissance d’Hollywood, les compagnies comme la Biograph étant encore à l’époque basées sur la côte Est. Le voyage effectué en 1910 par Griffith avait non seulement pour but de tourner quelques films (25 tout de même, et en 4 mois !) sur le thème de la Californie du Sud (In old California notamment, tourné dans la ville d’Hollywood, puis Ramona), mais de déterminer si l’endroit semblait approprié pour que la Biograph y installe des studios permanents. Autre singularité, Ramona est le premier film à payer un droit d’auteur pour le livre qu’il adapte, et donc à mentionner nommément l’écrivain ainsi que l’éditeur ; cela fut fait à la demande de Griffith, sans doute alerté par l’affaire judiciaire opposant alors les studios Karem avec les héritiers de Lewis Wallace à propos du Ben-Hur de 1907. Comme toujours à cette époque où les films n’étaient encore que des courts-métrages d’une ou deux bobines, l’adaptation d’un roman présupposait que les spectateurs l’avaient tous lu, sans quoi le fait de condenser des centaines de pages en un quart d’heure de film risquait de rendre l’histoire difficilement compréhensible ; en cela, l’adaptation cinématographique était finalement conçue comme une version améliorée de l’illustration classique par des lithographies. Dès lors qu’on prend en compte cette considération, on constate que Griffith fait preuve de beaucoup d’habileté dans sa manière de résumer efficacement le roman d’Helen Hunt Jackson. En outre, des trois versions proposées ici, celle-ci s’avère être la plus fidèle à l’écrit d’origine : chaque scène du film en est scrupuleusement issue, Griffith et son scénariste Stanner Taylor procédant uniquement par élagage du récit et non par adaptation, sans doute pour se conformer au présupposé rappelé plus haut. Ainsi trouve-t-on dans cette version des éléments de l’histoire absents des deux autres mais qui figurent dans le roman de 1884, comme le séjour d’Alessandro à Temecula (montré objectivement, et non rapporté par le personnage) puis l’intuition qu’a Ramona du retour de son amoureux à l’hacienda ; ces épisodes sont d’ailleurs l’occasion pour Griffith d’expérimenter le montage parallèle. Avec son ami et chef-opérateur Billy Bitzer, le cinéaste poursuit dans Ramona ses expérimentations photographiques entamées en 1908 : on notera par exemple la très bonne utilisation par Bitzer de plans panoramiques mettant en valeur les extérieurs de Californie dans toute leur immensité, tout en conservant un protagoniste au premier plan comme on peut le voir par exemple lorsqu’Alessandro assiste de loin à la destruction de son village par les Américains. Très remarqué en son temps, Ramona fut le point d’orgue d’une vague initiée par la Biograph en 1908 de films ayant pour thème la Californie mexicaine et ses missions catholiques : le succès de celui-ci encouragea la Selig à s’y mettre à son tour, et les filmographies font même état d’un Ramona’s father tourné en 1911 ; cette vague de romance mexicaine sur grand écran trouvera un dernier écho en 1914 avec Rose of the rancho de DeMille. Quant à Griffith, il avait une certaine proximité avec le roman d’Helen Hunt Jackson puisqu’avant même sa carrière au cinéma, il avait joué en 1905 dans une version théâtrale de Ramona.

RAMONA (1910)


Court-metrage (17 min) VOSTFR

Le deuxième bonus, c’est la version tournée par Henry King en 1936. Le projet avait été initié l’année précédente juste après la fusion de Twentieth Century avec Fox ; c’est John Ford qui avait alors été pressenti pour tourner le film. La caractéristique majeure de ce film réside dans l’utilisation du Technicolor trichrome, dont l’usage était resté jusqu’en 1934 l’apanage de Walt Disney pour ses films d’animation. En 1936, Paramount expérimente le tournage d’un long-métrage en extérieur selon ce procédé, ce qui n’avait rien d’évident étant donné les fortes contraintes d’éclairage que supposait le Technicolor IV : le résultat fut The trail of the lonesome pine d’Hathaway. Le rendu des couleurs sur Ramona est assez naturel et ne semble pas avoir été rehaussé par des artifices – peinture vive sur les éléments de décor, par exemple - comme le souhaitaient généralement ces conseillers de la société Technicolor présents sur le plateau de tournage et que les réalisateurs jugeaient souvent intrusifs. L’esthétique de cette nouvelle adaptation de Ramona est donc nécessairement très différente de celle de 1928, d’autant que les choix en terme de décors et de costumes ne sont plus les mêmes : les traits d’indianité et de mexicanité sont cette fois-ci beaucoup plus adoucis, et l’ensemble est uniformisé dans une esthétique d’un goût beaucoup plus anglo-saxon ; le passage de Dolores del Río à Loretta Young comme interprète de Ramona est d’ailleurs un signe très tangible de cela. En ce qui me concerne, je n’ai pas une seconde d’hésitation : la version d’Edwin Carewe me paraît incomparablement plus belle que celle d’Henry King, Technicolor ou pas Technicolor. La première partie dans l’hacienda Moreno est par conséquent assez faible, car par ailleurs très convenue dans son approche scénaristique (Ramona reine du bal, courtisée par de riches héritiers), et le romantisme pastoral si caractéristique du roman y perd toute sa puissance d’évocation. Quant à l’Indien Alessandro, on se demande comment un producteur aussi avisé que Zanuck a bien pu avoir l’idée saugrenue d’aller chercher Don Ameche pour interpréter le personnage : l’ancien homme de radio est absolument inexpressif et grotesque, et son costume qui évoquerait plutôt un compagnon de Robin des Bois donne franchement l’impression que l’acteur s’est trompé de plateau de tournage ; c’est une véritable catastrophe pour le film. Et c’est finalement plutôt dommage, car la deuxième partie de l’œuvre montre de réelles qualités de scénario, son seul point fort avec le Technicolor. Comme dans la version d’Edwin Carewe, le récit cherche davantage à être fidèle à l’esprit plutôt qu’à la lettre du roman ; or à ce titre, le film d’Henry King fait preuve d’une certaine habileté dans sa capacité à remodeler l’histoire afin de condenser le plus efficacement possible le récit initial, tout comme l’avait fait Finis Fox en 1928, mais avec ici des choix différents et tout aussi justifiables. Plutôt que la brutalité des Américains, ce nouveau scénario choisit de mettre l’accent sur le cynisme révoltant des envahisseurs : ainsi ce sont les deux Yankees à qui Alessandro et Ramona ont gracieusement offert l’hospitalité qui viendront quelques jours plus tard les déposséder sans le moindre scrupule. Le film réduit à deux le nombre de lieux où s’installe le couple d’Indiens dans sa fuite, et réintroduit cette famille de protestants bienveillants qui avait disparu des versions de 1910 et 1928, et chez qui ils finissent ici par s’installer ; peut-être le scénario cherche-t-il cette fois-ci à montrer qu’une cohabitation sereine et profitable pour les deux communautés aurait pu être envisagée. On notera une scène tout à fait intéressante – et qui n’existe pas dans le roman – qui survient lorsque le personnage de tante Ri s’aperçoit qu’elle a affaire à un couple d’Indiens : c’est en s’apercevant que ceux-ci sont christianisés qu’elle finit par réprimer son premier réflexe de rejet violent et viscéral, et se montre au contraire très avenante. C’est assez curieux et ambigu, car cela donne à croire que si le scénario condamne volontiers le racisme pur et dur, ce qui est tout de même la moindre des choses pour une adaptation de Ramona, il ne le fait qu’au prix d’une normalisation de l’intolérance culturelle et religieuse. C’est sans doute au prix d’un tel compromis que le cinéma des années 30, alors en pleine régression quant à la représentation des Indiens, consentait à montrer un film qui leur soit malgré tout favorable.

RAMONA (1936)


MKV DVDRIP 1.23 Go (84 min) VOSTFR


Champagne ! Ce n’est pas si souvent que je peux vous proposer des fichiers d’une excellente qualité d’image, or c’est le cas cette fois-ci pour deux des trois films proposés ; et par chance, il s’agit des deux meilleurs (1928 et 1910), qui ont chacun bénéficié d’une restauration soignée par la Librairie du Congrès ainsi que d’éditions en blu-ray : la fête, quoi… Quant au film d’Henry King, la définition est un peu moins bonne mais il s’agit d’un DVDrip d’une qualité tout à fait acceptable, tout va bien. Le sous-titrage français est de ma main pour les films de Carewe et de Griffith, par traduction directe des intertitres en anglais ; pour la version de 1936, il s’agit de sous-titres professionnels issus d’un DVD ou bien d’une diffusion télé. Enfin, vous pourrez facilement vous procurer Ramona d’Helen Hunt Jackson, la forte popularité de ce roman lui assurant des rééditions régulières, y compris en France, la dernière datant d’il y a quelques mois à peine. Néanmoins, ayant trouvé pour ma part cette toute nouvelle traduction particulièrement inélégante, je vais donc taire le nom de l’éditeur et vous conseiller plutôt de dénicher chez un bouquiniste une des anciennes éditions, sûrement meilleures, le roman ayant été traduit dans notre langue dès la fin du XIXe siècle. Suite de ce cycle pro-Indien mercredi prochain.

Un partage et une traduction de


14 commentaires:

  1. Inconnu au bataillon : bonne initiative de découverte.Merci.RF.

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  2. Un grand merci à Stalker Jany & Unheimlich pour ces films & les présentations, informations..... Merci

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  3. Horizonchimerique1112 février 2025 à 14:04

    Merci infiniment !

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  4. Une fois de plus, merci Unheimlich pour ces films et cette passionnante présentation. Sans vouloir être morbide, je suis très curieux de voir la scène de massacre dans "Ramona" que vous rapprochez de celle de "Soldat Bleu" qui prouve effectivement qu'une représentation cinématographique sans fard et sans paillettes de l'extermination n'ait pas attendu les 70' pour exister.
    À propos du massacre des indiens de Californie je conseille la lecture de
    "Ishi" de Theodora Kroeber
    Extrait du résumé:
    "En 1849, année de la ruée vers l'or, les Yana de la Californie du Nord étaient plus de deux mille. Vingt et un ans plus tard, en 1870, ils sont exterminés. Une quinzaine d'entre eux, toutefois, de la sous-tribu Yahi, disparaissent pour vivre une terrible vie clandestine qui durera trente-huit ans. Le 10 novembre 1908, des ingénieurs, en cours d'étude d'un barrage, découvrent par hasard un village caché dans le chaparral - le maquis californien - et mettent en fuite ses quatre habitants, derniers survivants des Yahi. Ishi, l'un d'entre eux, continue à vivre entièrement seul, dans le plus grand dénuement, jusqu'au 29 août 1911, date à laquelle, à bout de forces et désespéré, il se rend à la "civilisation"."
    Quant à la controverse sur "y'a t-il eu génocide organisé par les autorités ou pas", il me semble que, vu l'hypocrisie congénitale des États-Unis depuis leur création sous couvert de "Destinée manifeste", Ce sont les faits qui raconte l'histoire et non les discours ou les traités. Pour exemple, l'expédition militaire de George Armstrong Custer en 1874 dans les Black Hills, région appartenant officiellement aux tribus sioux, dans le but avéré de découvrir l'or que l'on y soupçonnait très abondant et que, effectivement, l'on y découvrit ce qui provoqua dans l'année une ruée vers l'or dont les mineurs furent protégés par les forces gouvernementales. Ce qui entres autres et de fil en aiguille amena à la bataille de Little Big Horn à laquelle Custer perdit la vie et qui, malgré ou à cause, de la victoire indienne, sonna la fin de leur mode de vie.
    Actuellement cette hypocrisie se traduit, directement ou par l'intermédiaire d'affiliés auxquels on fournit les munitions, par le bombardement de populations que l'on justifie par la défense de la démocratie et même pour le bien des bombardés. On pourrait dire qu'il faut vraiment être endormi pour croire au "Rève américain".
    En espérant ne m'être pas trop éloigné du sujet, j'attends une nouvelle livraison avec gourmandise.

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    1. Bonjour Marc
      Et merci à vous pour ce contrepoint, utile pour alimenter le débat. Mon point de vue, comme vous l'avez sûrement compris, cherche non pas à excuser l'inexcusable, pas même à trouver des circonstances atténuantes, mais à montrer que la pensée des Américains n'était pas uniforme sur ces sujets dramatiques, et que l'indignation de quelques-uns d'entre eux fut très sincère, même à l'époque des faits.
      Cette histoire des Yana que vous rapportez est immensément triste, comme le sont toutes les histoires ayant trait à l'extinction définitive d'un groupe et d'une culture.

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    2. Comme pour tous les rêves, non ?

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  5. Merci beaucoup pour la découverte !

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  6. Pour re-aborder le sujet fort épineux du "génocide Amérindien" (sur lequel j'avais déjà apporté mon regard), le cas de la Californie est très instructif. On peut rajouter, pour compléter ce qui a déjà été évoqué, que le premier gouverneur de la Californie, Peter Hardenman Burnett, a continué à attiser le conflit lorsqu’en 1851, il a déclaré aux législateurs américains qu’« une guerre d’extermination entre les races devrait se pour-suivre jusqu'à l’extinction de la race indienne. » Peter Hardenman a, de plus, dépensé des fonds publics pour armer les milices locales contre les Amérindiens et demander l’aide de l’armée américaine. Ils ont ainsi commis de grands massacres tribaux, allant jusqu’à l’extermination de populations entières, comme les 400 indigènes Pomo tués en 1850 par la cavalerie américaine et des volontaires locaux lors du «massacre de Bloody Island.»
    [Source : https://www.abc.es/historia/abci-verdadero-genocidio-california-desmonta-parte-leyenda-negra-espanola-201906250153_noticia.html
    https://www.aclunc.org/sites/goldchains/explore/peter-burnett.html]

    Nous pouvons aussi mentionner l'extermination des Pequots et, pour ne pas citer seulement Benjamin Madley, qui considère que les Pequots ont subi « un des tout premiers génocides dans ce qui deviendra les États-Unis », l'historienne Élise Marienstras précise également que l’intention exterminatrice est indubitable : « Les survivants ont été poursuivis jusqu’à la presque complète disparition de la nation pequot, pour le plaisir de Dieu qui se réjouissait, au dire des colons, de la victoire de ses élus. »
    Précisons cependant qu’Élise Marienstras accepte avec prudence le terme de « génocide » [elle ajoute tout de même : "Du fait que je suis une Juive originaire d’un génocide, en quelque sorte, j’ai peut-être un point de vue un peu égocentré."
    [Source : Chapitre, les Amérindiens : https://journals.openedition.org/erea/17288]

    Élise Marientras ajoute, enfin, si la définition du génocide consiste [...] dans la destruction massive de populations désignées à la vindicte par leur qualité de collectivité [...] et s’il suffit de décisions d’autorités locales [...], alors on peut dire qu’il y eut un génocide à l’encontre des Pequots. »
    On peut encore évoquer, à la suite de l’anthropologue Christian Duverger, le cas des Indiens Tainos. Celui-ci considère que l’extinction des Tainos, qui rend exceptionnel cet épisode de la Conquista, est suffisamment probante et qu’« on peut parler de génocide. »

    La dimension du contexte et de sa recontextualisation est, il me semble, fondamentale. Rappelons que le néologisme de génocide a été [même si l’idée selon laquelle un groupe humain peut être exterminé en tant que tel n’est pas apparue à l’époque contemporaine] forgé par le juriste juif polonais Raphael Lemkin (1900-1959), qui le divulgue dans un livre paru en 1944 aux États-Unis.
    [Source : https://journals.openedition.org/temoigner/2185?lang=en]

    Ce concept est donc intimement lié à l’histoire européenne des violences extrêmes et d’extermination. Parmi les nombreux « crimes contre l’humanité » et massacres de masse perpétrés, seuls quatre sont aujourd’hui reconnus officiellement par l’Assemblée générale des Nations Unies comme étant des génocides :
    - Le génocide des Arméniens
    - des Juifs et des Tsiganes
    - des Tutsis au Rwanda
    - la qualification de génocide des musulmans en Bosnie par les Serbes en 1995 (Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie du 2 août 2001)

    Il faut, néanmoins, avoir à l’esprit que pour Lemkin, le génocide avait une définition beaucoup plus large [que la définition plus stricte des Nations unies, qui est utilisée dans le droit international] et devait inclure toutes les tentatives de détruire un groupe ethnique spécifique, que ce soit sur un plan strictement physique grâce à des massacres de masse, ou culturel et psychologique par l’oppression et la destruction du mode de vie autochtone.
    [Source : Lemkin 2008 : By 'genocide' we mean the destruction of an ethnic group]

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  7. Suite du commentaire précédent, 2ème partie.

    Et, à ce sujet, pour donner un exemple, si on prend en considération la question des pensionnats autochtones au Canada, « la Société historique du Canada (SCH), qui représente 650 historiens professionnels de tout le pays, y compris les principaux spécialistes de la longue histoire de violence et de dépossession des peuples autochtones dans ce qui est aujourd’hui le Canada, convient que cette histoire justifie pleinement l’emploi du mot «génocide. »
    [Source :https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/615138/le-mot-genocide-est-justifie?utm_source=recirculation&utm_medium=hyperlien&utm_campaign=corps_texte ]

    De son côté, La Commission de Vérité et Réconciliation du Canada (CVR) a considéré le système des pensionnats indiens comme un cas de génocide culturel. Le rapport final […] conclut que les pensionnats indiens « faisaient partie d’une politique cohérente visant à éliminer les peuples autochtones en tant que peuples distincts et à les assimiler contre leur gré à la société canadienne. »
    [Source : https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/genocide-and-indigenous-peoples-in-canada]

    Appliquer aujourd’hui et a posteriori le néologisme de génocide à l’extermination des Amérindiens soulève, cela se conçoit parfaitement, un débat qui est pour le moment très difficile à trancher. Certains chercheurs, précisent à nouveau « que les définitions de Raphaël Lemkin, proposées à partir de 1944 pour "nommer" l’extermination des Juifs et des Tziganes pendant la Seconde Guerre mondiale, pouvaient… permettre la reconnaissance tant attendue par les Indiens d’Amérique » de génocide.

    L’article 2 de la Convention sur la Prévention et la Répression du crime de Génocide des Nations Unies, adoptée le 9 décembre 1948, stipule [de façon plus stricte que celle définie par Lemkin] :
    - Le génocide s’entend de l’un des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, tout ou partie, d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, définis comme tel :
    o a) Meurtre de membres du groupe
    o b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe
    o c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant en-traîner sa destruction physique totale ou partielle
    o d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe
    o e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

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  8. Suite et fin commentaires précédents : 3ème partie
    Trois des cinq critères ainsi nommés par la commission, qui a pourtant beaucoup réduit le champ des définitions laissé ouvert par Lemkin en 1944, sont en effet pertinents pour les communautés amérindiennes. Les deux derniers ne peuvent pas être historiquement prouvés, la stérilisation des femmes sur les réserves n’ayant été démontrée que dans un cas isolé. Mais le centre de recherche sur le génocide de l’université de Yale fait clairement entrer les tribus décimées de Californie dans la définition du génocide [voir The Journal of Genocide Research, 2004, 67 192].

    Ainsi donc, sans même avoir à différencier les notions de « génocide quantitatif » ou « qualitatif » […] il peut sembler incompréhensible, alors que l’ONU présente chacun de ces cinq critères comme étant susceptible de justifier la dénomination de génocide, que des groupes ayant eu à subir trois critères cumulés se voient nié le droit d’utiliser cette appellation.
    [Source : https://journals.openedition.org/temoigner/2185?lang=en]

    D’ailleurs, redisons-le, Raphaël Lemkin […] n’était pas hostile à cet emploi et travaillait même, peu de temps avant son décès, sur le cas des Indiens d’Amérique.
    [Source : Michael A. McDonnell et A. Dirk Moses, « Raphael Lemkin as Historian of Genocide in the Americas », Journal of Genocide Research, vol. 7, no 4,‎ 2005]

    La plupart des tentatives visant à définir des événements spécifiques comme étant génocidaire sont, il faut le signaler, contestés, à des degrés divers et lorsque les victimes de ces actes sont les peuples autochtones et bien, dans ce cas, savoir si oui ou non un génocide a eu lieu relève sans aucun doute du champ juridique et doit finalement être régler devant les tribunaux internationaux des droits de l’homme.
    Enfin, pour donner la parole aux contradicteurs, l’historien Alan Taylor a, pour sa part, rédigé une critique où il estime que l’étiquette « génocide », trop appuyée sur une définition juridique récente et convoquant une comparaison avec les génocides du XXe siècle, masque le caractère décentralisé et populiste des crimes californiens : les enlèvements de femmes et d’enfants, les meurtres, massifs, rapides, complets, « presque génocidaires dans leurs conséquences », ne sont toutefois pas imputables à une machine à tuer étatique mais à une pluralité d’acteurs racistes, parfois financés et encouragés, certes, mais aussi parfois contestés et entravés par des autorités faibles et divisées sur leurs objectifs. »
    [Source : Alan Taylor, « An American Genocide, by Benjamin Madley », The New York Times, 27 mai 2016]

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  9. Merci non seulement pour le film mais pour l'analyse très fine de l'extermination du peuple Amérindien--qui n'st toujours pas reconnue par le gouvernement Américain et à laquelle ont participé les Afros-Américains
    eux qui s'ingénient à "culpabilisé" les gouvernements pour ce qui s'est passé il y a 300 ans devraient reconnaître les méfaits qu'eux mêmes ont perpétré sur les peuplades "Indiennes"

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  10. Merci beaucoup pour cette découverte ainsi que les information très constructives.

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  11. Merci beaucoup pour ce partage. Ayant vécu en Argentine dans ma jeunesse, je suis depuis amatrice des telenovelas en général et des historiques en particulier. Televisa en 2000 en a fait une très belle adaptation. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir un jour compléter ma collection. Merci encore , maintenant j'ai toutes les versions au complet. Surtout qu'en mars Televisa a remasterisé sa version pour le canal TLnovelas. Petits bijoux à conserver. Avec les différentes versions de Corazon Salvaje (adaptées du roman de Caridad Bravo Adams) je peux maintenant me faire des cycles et analyses complets.

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