mercredi 19 février 2025

LAUGHING BOY

 (VOSTFR)



Réalisation : W.S. Van Dyke
Casting : Ramon Novarro, Lupe Velez, William B. Davidson
Durée : 79 min
Année : 1934
Pays : USA
Genre : Drame, Western

Laughing Boy, un jeune Navajo, se dresse contre les coutumes de sa tribu en épousant Slim Girl, une Indienne élevée par les Blancs dont elle a adopté le mode de vie.


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Quel gâchis… Tout était pourtant en place pour que les années 30 puissent avoir avec Laughing boy leur grand film pro-Indien, tout portait à croire qu’Hollywood tenait là un projet à la fois ambitieux sur le fond et susceptible d’obtenir l’adhésion du public : le livre d’Oliver La Farge avait remporté le prix Pulitzer en 1930, tandis que John Huston et William Wyler avaient commencé à travailler sur l’adaptation pour le grand écran. Mais les obstacles commencèrent à se dresser les uns à la suite des autres, tant et si bien que toute cette belle entreprise se délita progressivement, changea de main pour finalement aboutir en 1934 à un film raté que la MGM, embarrassée, ne sortit qu’en catimini. Laughing boy au cinéma, c’est donc l’histoire d’un naufrage regrettable dont il s’agit de cerner les raisons ; or le constat de cet échec est d’autant plus amer que depuis l’avènement du parlant, les films pro-Indiens se comptaient sur les doigts d’une seule main, et que celui-ci – peut-être par voie de conséquence – fut à peu de choses près le dernier jusqu’à ce qu’Anthony Mann et Delmer Daves, ne tentent à nouveau l’expérience au début des années 50. Le désastre cinématographique qu’est Laughing boy est donc à la mesure du fort potentiel que recelait le roman d’Oliver La Farge ; il eut aussi un aspect financier, puisque la perte subie par la MGM s’éleva à 383 000 $, qu’il faut mettre en regard des 236 000 $ déjà perdus par la compagnie l’année précédente sur Eskimo, un film également réalisé par W.S. Van Dyke et qui peut être vu comme le prédécesseur nordique de Laughing boy. Or si les qualités réelles d’Eskimo lui ont permis d’acquérir avec le temps l’estime des cinéphiles, il n’en va pas de même de son successeur tombé dans un oubli à peu près complet et pour bonne part mérité. L’anecdote suivante – vraie ou pas – résume à elle seule ce qu’il faut penser du film : on raconte que lorsqu’Oliver La Farge croisa le scénariste John Le Mahin après avoir assisté à une projection, il lui lança un verre d’eau à la figure ; et pas seulement l’eau, précise-t-on, mais le verre avec… C’est d’ailleurs assez injuste : d’une part si le roman de La Farge fut dénaturé, Le Mahin y fut sans doute contraint bien malgré lui ; d’autre part le film de Van Dyke est bancal sur bien d’autres aspects – et plus gravement - que sur son seul scénario.


Anthropologue de formation, Oliver La Farge s’intéressa tout d’abord à la Mésoamérique puis assez vite aux Indiens d’Amérique du Nord et en particulier les Navajos, dont il apprit la langue et créa même un alphabet permettant de la transcrire à l’écrit. Nous sommes alors dans cette période située entre 1924 et 1934 dont nous avons vu dans les envois précédents qu’elle avait été déterminante pour la cause indienne, et que La Farge qualifiera rétrospectivement comme étant celle du « paternalisme bienveillant » ; son intérêt pour ces peuples autochtones va donc prendre naturellement une tournure plus militante : entre autres, l’anthropologue deviendra à partir de 1933 le président de grandes associations de défense des Amérindiens. Parallèlement, et sans doute afin d’appuyer cette activité militante, Oliver La Farge entame une carrière d’écrivain en publiant en 1929 Laughing boy, lequel va obtenir un certain succès et remporter même le prix Pulitzer l’année suivante. Le thème de ce premier roman est celui de la confrontation et de l’incompatibilité entre la culture des Anglo-Saxons et celle des Navajos, ou plus précisément l’inexorable désintégration des structures tribales au contact d’une société de type matérialiste. L’écrivain reprendra d’ailleurs cette thématique précise en 1937, toujours au sujet des Indiens Navajos, dans The enemy gods. Dans Laughing boy, La Farge utilise le biais de la romance pour aborder le choc des cultures, avec d’un côté un Indien Navajo intègre et désireux de se conformer aux traditions ancestrales, de l’autre une jeune femme tiraillée et insaisissable ayant subi le processus d’américanisation forcé par le biais des écoles indiennes. L’action se déroule en 1914 et en toile de fond, il y a les temps qui changent avec l’arrivée de la modernité, symbolisée par la toute première automobile à faire irruption dans les zones désertiques du nord de l’Arizona ; naturellement, le roman contient également de nombreuses descriptions du mode de vie traditionnel des peuples indigènes qui y habitent. Parmi ceux qui s’enthousiasment après avoir lu le livre à sa sortie, il y a un certain John Huston, qui n’est encore qu’un jeune débutant dans l’industrie de cinéma : il vient tout juste d’être embauché par Carl Laemmle Jr. à la Universal, et se contente pour le moment de petits rôles dans les films de William Wyler en attendant de pouvoir être accepté comme scénariste. Une fois cet objectif atteint, il commence en 1932 à rédiger une transposition en scénario du roman d’Oliver La Farge, après avoir convaincu Laemmle d’en acheter les droits pour le cinéma. Naturellement, Wyler est associé au projet en tant que metteur en scène ; enthousiasmé, celui-ci se met à voir en grand, envisageant pour l’occasion un film épique et coûteux. Avec Huston, ils voyagent pour visiter des réserves indiennes et faire des repérages en Utah, au Kansas, en Oklahoma et au Texas. Huston est également en contact avec La Farge, qui suit attentivement le développement du scénario et donne des avis ; car le maître-mot du projet doit être l’authenticité : la Universal se met ainsi en frais pour effectuer des auditions d’Amérindiens pour tous les rôles secondaires. Pour les premiers rôles, il semble qu’on hésite entre une authenticité pleine et entière, et le grimage habituel d’un couple de vedettes bien en vue : Zita Johann est ainsi pressentie pour le rôle féminin, tandis que pour interpréter le rôle-titre les noms de Lew Ayres et de Franchot Tone circulent, et même celui de Gary Cooper. Tout semble donc parti sous les meilleurs auspices lorsque Carl Laemmle Jr. fait subitement marche arrière ; le patron de la Universal s’inquiète en effet des dimensions prises par le projet, avec un devis qui augmente de jour en jour, d’autant plus qu’un autre facteur fait son entrée en jeu : les agences indiennes ainsi que des groupes religieux, qui voient tout cela d’un très mauvais œil, commencent à faire pression sur le studio. Ils tentent pour cela de prendre appui sur le bureau Hays de censure, avec l’argument particulièrement hypocrite prétendant que ce genre de film, qui pointe l’échec des politiques d’acculturation forcée, « rabaisse l’image des Indiens aux yeux du monde » ; et même si les censeurs ne semblent pas vouloir les suivre pour l’instant sur ce terrain-là, le mal est fait : Laemmle décide l’abandon du projet, et revend aussitôt les droits du roman de La Farge à la MGM.


Le projet de Laughing boy commence donc à sentir un peu le roussi, et la suite va malheureusement confirmer cette impression. Selon certaines sources, c’est le scénariste John Lee Mahin, qui travaillait alors avec W.S. Van Dyke sur Eskimo, qui recommanda à la MGM de racheter les droits du livre ; selon d’autres, c’est l’écrivain Lynn Riggs – qui venait de créer sa pièce The Cherokee night – qui fut sollicité dans un premier temps pour adapter le roman d’Oliver La Farge. Comme à la Universal, on souhaitait produire un film qui soit placé sous le signe de l’authenticité ; néanmoins, si chez Laemmle on avait envisagé à un certain moment la possibilité de le tourner en langue navajo, l’idée est cette fois-ci clairement abandonnée : pour des raisons commerciales, il est décidé que les deux rôles principaux seront tenus par des acteurs non-Amérindiens, et que l’intégralité du film serait tournée en anglais. Si un tel choix paraît presque évident pour l’époque, notons cependant qu’Eskimo avait été tourné en partie en langue autochtone, avec des intertitres pour la traduction ; peut-être l’échec financier de ce film a-t-il dissuadé le producteur Hunt Stromberg de retenter l’expérience. Toujours est-il que c’est sur cette question du rôle-titre que va être commise la bourde la plus catastrophique pour le film : quelle idée a donc bien pu passer par la tête de Stromberg ou de Thalberg d’aller chercher le « latin lover » Ramon Novarro pour incarner un personnage d’Indien Navajo traditionnaliste ? Cet imitateur de Rudolph Valentino avait eu du succès dans les films d’aventures de la fin du muet, mais la MGM avait commencé à ne plus trop savoir que faire au début des années 30 de sa vedette mexicaine, la première du genre. Le voilà donc dans Laughing boy affublé d’une perruque pour tenter de le faire ressembler vaille que vaille à un Indien Navajo, après qu’on lui a demandé de bien vouloir tenter d’imiter l’accent d’un Indien qui parle anglais ; et comme la compagnie souhaitait sans doute capitaliser sur l’image de séducteur romantique que Novarro s’était forgée dans les années 20, on lui propose de pousser la chansonnette comme il l’avait fait dans The pagan : difficile de faire plus ridicule. Ce résultat pitoyable enterra pour de bon la carrière du pauvre Novarro, lequel ne fit plus qu’un dernier film pour la MGM qu’il quitta enfin, se contentant pour la suite de sa carrière cinématographique de petites apparitions sporadiques. A la sortie de Laughing boy, les critiques se moquèrent de la piteuse performance de l’acteur, et celui-ci ne souhaita plus jamais entendre parler de ce rôle qu’il considérait, à raison, comme le pire de sa carrière. Or cette calamiteuse prestation de Novarro m’amène à deux réflexions, la première étant que son image délicate de séducteur pour midinettes nous paraît d’autant plus risible qu’elle est la parfaite antithèse de celle, plus virile et solennelle, que nous associons spontanément à la représentation d’un Indien de l’Ouest américain. Pour le dire autrement, l’interprétation de Novarro dans Laughing boy est à l’opposé de la figure du « noble sauvage » qu’avait développée la littérature et les arts depuis le siècle des Lumières, et qui s’était imposée auprès du public comme une évidence pour la représentation de l’Amérindien. Or il est tout à fait curieux de constater que, s’il est aujourd’hui de bon ton de vouer aux gémonies cette image du « noble sauvage » qui colle à la peau de l’Indien d’Amérique du Nord, on n’en continue pas moins à trouver que ce que donne à voir Ramon Novarro dans le film de MGM est d’un ridicule achevé, qui est jugé en tout cas plus insultant encore que l’imagerie populaire traditionnelle : nos beaux esprits éveillés du XXIe siècle ne sont donc pas à une contradiction près, et l’Indien au regard fier et à l’allure virile n’a sans doute pas dit son dernier mot. Quant à la seconde réflexion, comme elle implique aussi la partenaire de Ramon Novarro dans le film, et que celle-ci est incarnée par une actrice aussi haute en couleur que Lupe Velez, cela vaut bien d’y consacrer un nouveau paragraphe.


Comme on s’en doute à la consonance de leurs noms, Ramon Novarro et Lupe Velez étaient des compatriotes d’au-delà de la frontière sud, et le choix fait par la MGM de leur faire incarner des Navajos nous renvoie à quelque chose que nous avions déjà entrevu la semaine dernière au sujet de Ramona : pour le très grand public de l’époque, un Indien et un Mexicain, c’est à peu près la même chose… D’ailleurs, les dialogues du film – un brin ineptes - ne cessent de ponctuer les phrases de ces insupportables « I theenk », cliché bien connu de l’anglo-mexicain. Or en matière d’expatriées ayant franchi la frontière pour Hollywood, si nous avions vu dans l’envoi précédent ce qu’il en était de Dolores del Rio, c’est une toute autre affaire pour Lupe Velez. Car cette dernière représente à peu de chose près l’opposé de ce qu’était l’image de la sage et délicate del Rio, laquelle avait gardé les manières retenues de la classe aisée dont elle était issue, et dont elle faisait sa marque de fabrique à l’écran. Velez, de son côté, était l’image condensée et vibrionnante de l’hispanique fougueuse, la méditerranéenne jalouse et éruptive prête à griffer au sang la première rivale qui ose jeter un regard sur son hombre - d’ailleurs, elle en a eu beaucoup, des hombre, et autant vous dire qu’avec un tel phénomène, les chroniqueuses de potins ne savaient plus où donner de la tête. Petite anecdote fort drôle : Lupe Velez, qui était donc dans la vie à peu près comme elle était à l’écran, ce qui n’est pas peu dire, se plaisait à railler en public les manières distinguées de Dolores del Rio, laquelle était absolument terrorisée à l’idée de tomber un jour ou l’autre sur son incandescente compatriote, lors d’un gala mondain ou autre. Bref, même si ce tempérament de feu ne fait pas pour autant de Lupe Velez une Indienne Navajo beaucoup plus crédible que son partenaire à l’écran, au moins avec elle le spectacle est-il assuré ; aussi parvient-elle à se sortir sans trop de dommages du désastre qu’est Laughing boy, même si l’on a par moment envie de lui suggérer de mettre un peu la pédale douce. Enfin et surtout, comme on va le voir, Velez a la chance d’incarner le personnage le plus intéressant du film ; mais il reste malgré tout un problème de taille : sa présence bouillonnante ne fait qu’aggraver le cas du pauvre Ramon Navarro, dont le côté prude et mollasson tranche de manière comique avec les façons très entreprenantes de sa tumultueuse partenaire. Or le but de la MGM n’était certainement pas de faire une comédie à la Lubitsch, chez qui cette inversion des rôles aurait été l’argument idéal pour enchaîner les situations volontairement cocasses ; le gros problème, dans le cas présent, est que malgré son titre le film n’est pas destiné à nous faire rire… Et c’est même précisément le contraire : dans la grande tradition du mélodrame, la romance de ces deux-là se veut tragique, sur fond de dénonciation sans appel de la politique d’acculturation forcée des peuples indigènes. Ce dernier point rapproche thématiquement Laughing boy de Redskin, sorti 5 ans auparavant et dans lequel on trouvait déjà cette idée que les écoles indiennes n’aboutissaient le plus souvent qu’à former des individus déracinés, ne pouvant se rattacher ni à une culture ni à l’autre. Le film de 1929 laissait malgré tout la porte ouverte à un certain espoir, et le personnage joué par Richard Dix, malgré tous ses déboires, évoquait aussi par certains aspects une réussite à la manière de Jim Thorpe ; or le constat dressé par Laughing boy est beaucoup plus pessimiste, et Oliver La Farge semble avoir été convaincu que rien de bon ne pourrait jamais sortir d’une politique assimilationniste, tout au moins telle qu’elle était menée jusqu’alors. Et c’est précisément le personnage interprété par Lupe Velez qui incarne ce tiraillement délétère ; élevée dans une école indienne, « Slim Girl » n’est plus en mesure de retourner à un mode de vie traditionnel, tandis que son existence à la ville l’a réduite à une condition infâmante : elle n’y est rien de plus qu’une prostituée, et une scène nous suggère même que son cas n’est pas isolé. Pour appuyer cette idée de cette acculturation vouée à l’échec, le scénario place dans les personnages en arrière-plan la triste figure de cet ancien chef de tribu que le contact avec les Blancs aura conduit à la déchéance, et qu’on voit dans la dernière partie du film errer misérablement dans les rues, à la recherche d’un dollar pour satisfaire son alcoolisme : terrible et pathétique image, qui vaut bien de longs discours.


Les mauvais choix du casting ne sont pas les seules raisons du ratage de Laughing boy, loin s’en faut : la mise en scène souvent défaillante et certains dialogues maladroitement écrits contribuent largement au désastre. A la décharge de la MGM, il faut dire qu’un certain nombre de facteurs externes contribuèrent à cette déroute ; car non seulement les pressions qu’avaient subi la Universal au moment où ils avaient envisagé leur projet se firent sentir à nouveau, mais elles furent aggravées cette fois-ci par la censure qui commençait à regarder tout cela d’un très mauvais œil. Achevé de tourner au début de l’année 1934, Laughing boy sortit en effet juste avant que le code Hays n’entre dans son application la plus stricte ; mais ses effets commençaient néanmoins à se faire sentir préventivement, car ces aspects du scénario que je décrivais précédemment mirent hors de lui le très catholique Joseph Breen à la tête du PCA : ayant lu le scénario, il le qualifia d’« histoire sale, infâme et sordide qui ne convient absolument pas à un divertissement ». La MGM consentit alors à changer quelques dialogues, mais défendit par ailleurs son projet auprès du Département de l’Intérieur en arguant que le discours réformiste en matière de politique indienne était dans l’ère du temps : l’Indian Reorganization Act était en effet prévu pour le mois de juin. Mais ce n’était pas tant de ce côté-là que le danger menaçait, mais plutôt du point de vue de l’organisme de censure : prostitution et sexualité interraciale étaient deux sujets éminemment sensibles ; je vous laisse imaginer ce que le très strict Breen pouvait penser du mélange des deux, comme le proposait le scénario… Pourtant la MGM tint bon, puisque c’est bien ce que nous voyons à l’écran, sous une forme qui ne laisse guère d’ambigüités ; il n’empêche que le mal était fait, puisque la crainte de créer un tollé parmi les groupes d’influence religieux finit par contraindre la MGM à sortir son film dans la plus grande discrétion, afin que l’on se mette vite à parler d’autre chose. Quant à l’Etat de New York, il s’offusqua d’une coucherie hors-mariage et supprima la scène de bivouac dans le canyon ; rassurez-vous, cette séquence très « pré-code » est bel et bien présente au montage de la version proposée ici. Enfin, d’autres types de déboires vinrent compliquer encore un peu plus la mise en œuvre du projet : alors que Novarro et Velez avaient signé pour le film dès juin 1933, des ajournements firent que l’on ne partit en tournage dans la réserve Navajo près de Cameron en Arizona qu’au mois de novembre, au plus fort de l’hiver, ce qui rendit les conditions de tournage assez éprouvantes. Par conséquent, le réalisateur W.S. Van Dyke se rendit plus que jamais fidèle à son surnom de « One-take Woody », autrement dit celui qui se contente d’une seule prise ; si on ajoute à cela qu’il souffrait des séquelles d’un récent accident d’automobile, on conçoit aisément que dans le cas de Laughing boy, cette rapidité à tourner tenait dans le cas présent beaucoup plus de la précipitation que de la virtuosité. Résultat : les rushes furent jugés de qualité insuffisante, et de retour au backlot de la MGM, on se mit à retourner certaines scènes durant deux autres mois, ce qui explique sans doute la présence de quelques transparences particulièrement laides. Sans compter que sur place, Ramon Novarro s’était montré assez mécontent de devoir tourner avec des Indiens Navajos, lesquels constituaient l’essentiel du casting secondaire du fait de ce louable souci d’authenticité auquel on tenait ; non pas que Novarro fut raciste, mais le comédien déplorait le manque de professionnalisme des indigènes : il semble que beaucoup d’entre eux ne parlaient pas anglais, et récitaient phonétiquement des phrases qu’ils ne comprenaient même pas. Le rythme assez empesé du film et l’incongruité des scènes chantées par le « latin lover » déguisé en Indien de foire achèvent de faire de ce beau projet un des naufrages les plus calamiteux du cinéma des années 30 ; et par exemple, si jamais l’un d’entre vous trouve une explication plausible au fait que le personnage principal, dans les dernières scènes, choisisse de s’équiper d’un arc et de flèches pour aller se promener en ville en mangeant du pop-corn, il sera bien aimable d’éclairer ma lanterne dans les commentaires.


Les années n’y ont rien fait, et même si les intentions de départ étaient louables, un ratage est un ratage et Laughing boy n’a été par la suite que très rarement diffusé à la télévision ou projeté dans les cinémathèques. La réaction violente d’Oliver La Farge contre le scénariste, si toutefois l’anecdote que je mentionnais en introduction est vraie, s’avère malgré tout injuste : John Le Mahin fut le premier à déplorer la dénaturation du roman et de son propre scénario, ainsi que le choix de Ramon Novarro dont il disait qu’il ressemblait, une fois déguisé et maquillé, « à une vieille catin en cheveux avec une couverture sur le dos ». Quant à John Huston, il regretta longtemps le projet initial avec Wyler et la Universal ; il déclarera plus tard que la MGM « en a fait un film vulgaire et misérable, qu’il faudrait songer à refaire un jour ». Et pour mon humble part, le regret est tout simplement de ne pas avoir eu la possibilité de lire le roman de La Farge avant de rédiger cette chronique, étant donné qu’il n’a jamais été traduit en français, et que je n’ai même pas pu en trouver un compte-rendu permettant de me faire une idée des modifications apportées par le scénario de la MGM ; en particulier, le dénouement semble avoir été très différent dans le livre, sans que j’aie pu en savoir davantage. L’échec artistique de Laughing boy, dont même les extérieurs en Arizona sont mal exploités, est d’autant plus regrettable que sur le fond le discours pro-Indien y est non seulement présent, mais jamais dans un film la charge contre la politique d’acculturation forcée n’avait été aussi violente, puisqu’elle semble vouloir carrément en rejeter le concept même : on pourrait qu’il y a une sorte de pensée séparatiste qui sous-tend l’histoire. La noirceur du constat fait que personne ne semble épargné par le scénario, puisque les Indiens eux-mêmes – tout au moins les « vrais », ceux qui ont gardé leur mode de vie traditionnel – font preuve dans certaines scènes d’une intransigeance qui paraît excessivement dure ; ainsi ils accueillent les efforts pourtant sincères du personnage joué par Lupe Velez en vue de sa réintégration avec un mépris pas même voilé et qui a tous les attributs de l’intolérance. Cela nourrit le côté tragique de la destinée de cette jeune femme condamnée sans issue possible à errer dans le no man’s land de sa double identité culturelle, laquelle est habilement soulignée par le scénario lorsqu’il multiplie les noms du personnage : à son nom de naissance typiquement Indien par son côté évocateur et poétique (« Venue Avec la Guerre ») s’oppose la triste banalité de son surnom de prostituée à l’usage des Blancs (« Lily »), tandis que son nom le plus courant, volontairement vague et impersonnel (« Fille Mince »), la renvoie à son déracinement et à sa douloureuse dualité. Je n’ai bien sûr aucune compétence en anthropologie, mais la radicalité du propos sur l’identité culturelle véhiculé par Laughing boy me semble rapprocher le point de vue de La Farge de celui de Levi-Strauss, dont je crois savoir qu’il condamnait par avance tout effort d’acculturation comme étant une entreprise de dénaturation. Deux petites anecdotes pour finir : les swastikas qui ornent une couverture déployée par Ramon Novarro dans une scène du film sont une marque d’authenticité qui, en 1934, s’avérait déjà malencontreuse ; pour rappel, avant de devenir sans doute à jamais le symbole mortifère du régime hitlérien, le swastika était utilisé traditionnellement chez les Navajos (et dans les religions d’Asie) comme un motif symbolisant la paix et la bonne fortune. Et la dernière : depuis les années 1910 il était de coutume que dès lors que des caméras venaient s’installer dans une réserve indienne – et elles étaient toujours bien accueillies, car synonymes de retombées économiques – quelques membres de l’équipe du film (Van Dyke et Novarro dans le cas présent) soient déclarés membres honoraires de la tribu. Toutefois, quelques temps après Laughing boy, les Navajos réfléchirent à cet usage et estimèrent qu’il dévalorisait symboliquement leur identité ; un conseil de douze grands chefs décida alors non seulement d’y mettre un terme, mais carrément d’exclure tous les précédents membres honoraires d’origine non-Indienne, parmi lesquels Douglas Fairbanks, Mary Pickford, Jackie Coogan, et donc aussi Novarro et Van Dyke. En d’autre termes, les Navajos estimèrent qu’une identité culturelle, ou tout au moins la leur, cela ne se bradait pas au tout-venant. Quoi ? Comment ? Que dites-vous ? Navajos, fachos !


Comme dans le roman dont il est issu, Laughing boy contient une dimension semi-documentaire et évoque largement les activités traditionnelles des Indiens Navajos au sein de leur réserve : l’élevage de chèvres et de moutons (que l’on voyait également dans Redskin) ou la bien joaillerie à base d’argent et de turquoise pour les hommes, le tissage de couverture pour les femmes. En guise de complément, je vous propose donc un petit documentaire Coronet sur les Indiens Navajos, où vous pourrez retrouver ces mêmes éléments ethnographiques dans un tout autre type de film, en couleur cette fois-ci. Avec son concurrent Encyclopaedia Britannica, Coronet s’est partagé à partir des années 1940 le marché américain du film éducatif, autrement dit en produisant du cinéma documentaire à destination des écoles et des bibliothèques. Tournés en 16 mm, ces films d’une dizaine de minutes étaient généralement proposés dans deux versions, couleurs ou noir et blanc, vendues chacune à des prix différents. Très productive, la société tournait quasiment un film par semaine. Au début des années 70, Coronet décida de dépoussiérer son catalogue en proposant des versions actualisées de ces anciens films : les plans étaient remontés, remplacés pour certains d’entre eux par de nouvelles images, et le commentaire en voix-off était entièrement refait pour se conformer aux nouvelles attentes du marché ; certains films existent donc en deux versions. Apaches, Navajos, Hopis, Supai, Séminoles, un certain nombre de groupes indigènes servirent de sujet à ces petits documentaires au charme délicieusement suranné ; comme vous vous en doutez, c’est celui sur les Navajos dont je me suis occupé pour cet envoi. On peut le trouver dans sa version d’origine datée de 1945, mais ce que je vous propose ici est la version réactualisée de 1975 ; notamment, les plans où les Indiens se rendaient au comptoir de la réserve en attelage ont été remplacés par des plans où ils arrivent au volant de pick-ups… Et donc, au programme : pastoralisme, hogans, fabrication de bijoux et de couvertures. Autant vous dire que nous sommes loin de toutes ces chagrineries biliaires de 1924-1934 avec lesquelles je vous tracasse depuis quelques semaines ; cette fois-ci, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et si vous aviez toutefois un doute là-dessus, on vous assure juré-craché à la fin du film que si l’Indien veut un crédit, il a juste à le demander au brave type qui tient le comptoir et le tour est joué. C’est’y pas beau, la vie de Navajo ? Allez, tiens, je sens que vais aller m’expatrier là-bas, s’ils veulent bien de moi comme membre honoraire de la tribu. Comme ça je pourrais écrire ma chronique WZ du mercredi tranquille au soleil, devant mon hogan et avec les paysages de l’Arizona pour m’inspirer. Et puis si l’ordi tombe en rade, eh ben je prendrai le pick-up pour aller en acheter un neuf avec le crédit que me filera le type du comptoir, et puis voilà.

THE NAVAJO INDIAN


Court metrage (10 min) VOSTFR

En attendant cette heureuse perspective, il ne me reste plus qu’à vous dire un mot rapide et guilleret sur les fichiers que je vous propose. Eh bien là aussi, le temps est beau, sec, lumineux, pas trop chaud même à midi, avec une légère petite bise en soirée : la copie de Laughing boy est tout à fait bonne, avec juste un petit logo TCM qui vient faire coucou pendant quelques secondes tous les quarts d’heure, vraiment rien de méchant. Ne vous offusquez pas non plus du logo NRA qui s’affiche pendant que le lion MGM rugit, c’est tout à fait normal, c’est papa Roosevelt qui vient annoncer aux pauvres de 1934 qu’ils vont enfin avoir des allocs ; c’est’y pas gentil, ça aussi ? Et le documentaire sympa qui m’a donné l’envie de déménager, eh ben lui aussi il est dans une belle copie, et même encore meilleure, avec plein de jolies couleurs, et pas l’ombre d’un logo, et les crédits à gogo ! Youpi ! Et les sous-titres français eux aussi ils sont tous chouettes, parce que c’est moi qui les ai faits ! Et modeste, avec ça ! Mais si ! Et faits comment, je vous prie ? Eh bien par traduction des sous-titres anglais pour Laughing boy, et à l’oreille pour le docu sur la vie de château des Navajos ! Oui oui oui ! Tout le monde il est beau ! I see trees of green… Red roses too…


Un partage et une traduction de


9 commentaires:

  1. Merci pour film assez moderne (pour l'époque) dans sa thématique.RF.

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  2. Merci Unheimlich, vos informations sont passionnantes, même si je ne prend pas le film j'ai toujours beaucoup de plaisir à vous lire.
    Et merci Stalker Jany de permettre tant de découvertes.

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  3. Merci énormément Unheimlich pour ces beaux partages que tu nous fait découvrir, et un grand merci pour toutes ces informations qui éclairent ces films !

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  4. Une fois de plus, grand merci Unheimlich pour ce texte drôle et passionnant.
    J'hésite à regarder le film (trop de choses à faire à voir, ou à lire et pas assez de temps), peut-être pour constater le gâchis. Dommage de ne pas pouvoir le comparer au livre (très nombreuses éditions anglaises, une en espagnol dans "Los Premios Pulitzer De Novela. Vol VII" mais pas une en français).
    Tant qu'à faire un flop commercial, il aurait mieux valu persévérer dans l'authenticité et le respect du texte original (même si ça avait l'air plus facile à dire qu'à faire) dans la même veine qu'"Eskimo" qui, lui, est passé à la postérité.
    À ce sujet, bien qu'il soit passé à la postérité, il n'en reste pas moins difficile à dénicher. J'ai un fichier du film d'assez bonne qualité, par contre pour les sous-titres français je n'ai qu'une mauvaise traduction auto depuis l'anglais. Il est en attente dans ma (longue) liste de sous-titres à faire (dans ce cas, totalement: timing, mise en forme et traduction) mais si une bonne âme en avait de bons je lui en serai très reconnaissant.
    Toujours à propos d'"Eskimo", à noter que le rôle du capitaine est tenu par
    Peter Freuchen qui vous est peut-être inconnu mais qui, avec son ami métis inuit Knud Rasmussen, furent les fondateurs en 1910, dans le Nord-Ouest du Groenland, du comptoir de Thulé, Cet établissement commercial, le plus septentrional du monde, a eu vocation de permettre aux inuits de cette région d'avoir toujours accès aux produits manufacturés (aiguilles, haches, couteaux etc...) que les vingt ans de présence du "découvreur du pôle Nord, l'amiral Peary leur avait rendu presque indispensables. Même si le troc se faisait en échange de fourrure le but principal n'était pas lucratif (contrairement à Peary) mais de rattacher cette région au Danemark et surtout, dans l'esprit de ses deux créateurs, de permettre, grâce aux bénéfices, de faire des inuits leurs propres ethnologues en organisant de nombreuses expéditions - entre autres celle de Thulé jusqu'à l'Alaska en Traîneau. Ce qui leur aura permis, avec aussi plus tard l'implication de Jean Malaurie, de ne pas se faire totalement dépouillé malgré qu'ils aient eux aussi souffert d'acculturation et de toute la misère psychologique qui en découle. On voit la différence de statut au fil du temps entre les inuits du Groenland et ceux du Canada ou d'Alaska.
    Nous voici bien loin des Navajos bien que Knud Rasmusen nous ramène au sujet des premiers films traitant favorablement des amérindiens (ou de leur "cousins" inuits) avec le film de 1934 "Les Noces de Palo" de Friedrich Dalsheim dont il fut le scénariste et sans qui ce film n'aurait pu exister. Je vous laisse chercher par vous-même plus d'information m'étant déjà trop étendu.
    Pour finir, je ne puis que vous conseiller vivement la lecture de:
    - "Aventure arctique - ma vie dans les glaces du nord" de Peter Freushen
    et
    - "Du Groenland au Pacifique, deux ans d'intimité avec des tribus d'esquimaux inconnus" de Knud Rasmussen

    Comme d'habitude, j'espère ne pas avoir été trop hors sujet.

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    1. Bonjour Marc
      J'ai moi aussi Eskimo dans ma liste de sous-titrages à réaliser, en vue d'un hypothétique cycle Pôle Nord que je prévois de faire un jour pour WZ, mais quand ? Sans doute jamais, enfin on verra... Merci en tout cas pour ces précisions sur Peter Freushen et Knud Rasmussen ; cela me donne très envie de lire les intéressantes références dont vous nous faites part.
      Je vais faire néanmoins un petit détour par l'Arctique la semaine prochaine, avec un film bien connu de tous mais qu'il me semble intéressant d'aborder en détail à l'occasion de ce cycle pro-Indien.

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    2. Je prépare mon anorak et mes kamiks et à la semaine prochaine.

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  5. analyse édifiante pour ce film que je ne connaissais pas du tout--une occasion de plus pour l'apprécié pour ce qu'il aurait du être
    merci pour ce nouveau très beau partage

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