(VOSTFR)
Créé par : Nigel Kneale
Réalisation : Rudolph Cartier
Casting : Reginald Tate, Isabel Dean, Hugh Kelly
Durée : Environ 30 minutes par épisode
Année : 1953
Pays : Angleterre
Genre : Science-fiction, Serie
L'histoire du premier vol habité dans l'espace, supervisé par le professeur Bernard Quatermass du British Experimental Rocket Group. Lorsque le vaisseau spatial qui transportait le premier équipage réussi revient sur Terre, deux des trois astronautes sont portés disparus et le troisième se comporte étrangement...
LIEN
Après avoir cessé d’émettre durant la Seconde guerre mondiale, le service télévisuel de la BBC a repris ses émissions le 7 juin 1946 ; mais cela passa relativement inaperçu étant donné le caractère très confidentiel qu’avait encore ce média : on comptait alors à peine quelques milliers de postes de télévision dans tout le royaume. Ce nombre n’allait cesser de croître dans les années qui suivirent ; la télévision anglaise était alors dans une situation de monopole d’état avec la BBC, qui ne subissait pas encore la concurrence des chaînes commerciales. Le 2 juin 1953, un grand événement populaire et national – mais aussi de portée mondiale - fut retransmis en direct par la télévision britannique, ce qui contribua fortement à l’engouement suscité par le petit écran : il s’agit du couronnement de la reine Elisabeth II dans l’abbaye de Westmintser. Comme nous allons le voir, entre la date de cet événement « people » si important pour les sujets britanniques, et la diffusion un mois et demi plus tard sur la même BBC de la série que je vous propose ici, la proximité chronologique est un facteur important pour apprécier le phénomène médiatique que fut The Quatermass experiment, ne serait-ce que parce que le couronnement de la reine avait nettement contribué en amont à l’achat massif de téléviseurs par le public anglais durant les semaines qui précédèrent. Ainsi, en cette année 1953, la Grande-Bretagne comptait désormais un peu plus de deux millions de foyers équipés, ce qui représente une hausse considérable par rapport à l’immédiat après-guerre, mais reste encore relativement modeste par rapport aux normes plus actuelles : cela représentait à peine un foyer sur six. Il n’empêche que le phénomène télévisuel était bel et bien enclenché, et que les téléspectateurs qui avaient suivi le couronnement d’Elisabeth II étaient prêt à frissonner chaque samedi soir durant six semaines sur The Quatermass experiment, un programme très novateur qui ne fit pas seulement date dans le domaine restreint de la science-fiction, mais beaucoup plus largement dans celui de la fiction télévisée britannique. Car il s’agissait ni plus ni moins pour la BBC que de tester la viabilité d’une série destinée aux adultes, ce qui était une première dans le pays ; et avec 5 millions de sujets de Sa Majesté qui désertèrent les pubs le 22 août 1953 afin de suivre le dernier épisode des démêlés du professeur Quatermass avec un envahisseur extra-terrestre, et dont il s’avéra que les trois quarts avaient suivi les épisodes précédents, la chaîne put entériner son succès. Ce fut un tournant décisif pour la production de fictions à la télévision anglaise, et la BBC dut cette réussite à deux personnalités de premier plan : le scénariste Nigel Kneale, le réalisateur Rudolph Cartier, mais aussi, dans une moindre mesure, au directeur de production Michael Barry.
La « dramatique » télévisée britannique mit un certain temps à trouver ses marques, et cela n’alla pas sans quelques soubresauts ; or c’est là qu’il faut saisir le caractère extrêmement novateur de The Quatermass experiment. Car jusqu’ici, ce qui était proposé sur le petit écran en matière de fiction n’était guère différent de ce qu’on appellerait aujourd’hui la « captation de pièces de théâtre » ; par ailleurs, l’influence de la fiction radiophonique était prédominante. On peut noter que The Quatermass experiment ne fut pas la première incursion de la télévision anglaise dans le domaine de la science-fiction : dès 1938, la BBC avait proposé une adaptation de la pièce RUR de Karel Capek, écrite en 1920 et célèbre pour avoir inventé le mot « robot ». En 1949, Val Gielguld est nommé directeur des programmes de fiction à la BBC ; or il s’agissait avant tout un homme de radio, et il fut très tôt décrié par les producteurs qui le trouvèrent incompétent pour ce nouveau média. Il est vrai que Gielguld avait la volonté affichée de rapprocher les fictions télévisées beaucoup plus de l’univers radiophonique que de celui du cinéma, ce qui allait à l’encontre d’une évolution naturelle du petit écran. Le seul crédit qu’on puisse apporter à Val Gielguld est d’avoir créé en 1950 un département des scénarios à la BBC ; ce fait est d’importance car c’est en 1951 qu’est embauché Nigel Kneale, un des tous premiers scénaristes à travailler exclusivement pour la chaîne de télévision. En 1952, Michael Barry, l’assistant de Gielguld, succède à ce dernier au poste de directeur des « dramatiques » à BBC Television ; il est d’emblée si impressionné par le travail de Kneale qu’il décide de lui consacrer la totalité de son budget. Or par ailleurs, Michael Barry est convaincu de la nécessité urgente d’améliorer la qualité des programmes de fictions proposés sur le petit écran ; il contacte alors Rudolph Cartier, avec qui il avait travaillé en 1948 sur un projet avorté, afin de lui proposer le poste de producteur et réalisateur au sein du département, d’abord comme indépendant puis comme salarié. D’origine autrichienne, Cartier avait débuté sa carrière au début des années 30 comme réalisateur et scénariste dans les studios UFA de Berlin, avant de fuir l’Allemagne lors de l’arrivée au pouvoir des nazis. Ayant échoué à s’implanter en Amérique, il s’installera finalement en Angleterre où il travaillera une première fois pour la BBC à la fin de la décennie. Après sa réembauche en 1952, il demeurera fidèle à la chaîne publique jusqu’en 1976, ayant toujours refusé de travailler pour la télévision commerciale. Rudolph Cartier a alors des idées très tranchées sur ce que doit être un programme télévisé ; lors de son premier entretien, il déclare d’emblée à Barry qu’il trouve l’état de la production épouvantable, qu’il faut engager une toute nouvelle approche et créer des scripts appropriés au média. La bonne idée du nouveau directeur des programmes va alors être d’associer Kneale à Cartier pour la toute première production télévisée de ce dernier, une pièce intitulée Arrow to the heart, diffusée le 20 juillet 1952 : ce sera le début d’une fructueuse collaboration entre les deux hommes, et qui va révolutionner définitivement la conception des fictions télévisées outre-Manche. Mais c’est une curieuse opportunité qui va être à l’origine de cette expérience télévisuelle encore inédite que représenta The Quatermass experiment : au départ, il s’agissait simplement de boucher un trou dans la programmation de l’été 1953, à partir du samedi 8 juillet. Très satisfait par le récent succès de Number three, une pièce de science-fiction co-adaptée par Nigel Kneale, Michael Barry commande alors au scénariste une série en six épisodes dans le même registre.
La manière de produire et de diffuser des programmes de fiction à la télévision était radicalement différente dans les années 50 de ce qu’elle a été par la suite ; car si l’on consentait à faire un usage occasionnel de quelques séquences pré-filmées, la norme quasi-exclusive en Angleterre était de faire jouer la pièce et de la retransmettre en direct. Cette conception du programme télévisé comme une simple représentation avait pour conséquence qu’il était extrêmement rare que l’on en fasse un enregistrement vidéo pour la postérité ; il en résulte qu’une éventuelle rediffusion consistait à faire rejouer une seconde fois la pièce en direct quelques jours après. Or c’est bel et bien à ce premier âge de la télévision britannique qu’appartient The Quatermass experiment ; et le fait que l’on dispose aujourd’hui d’une captation des deux premiers épisodes revêt un caractère tout à fait exceptionnel : il s’agit en vérité de la toute première série télévisée britannique dont on ait conservé une trace. Le mystère est donc moins de savoir pourquoi les quatre épisodes suivants n’ont pas été enregistrés que de savoir pourquoi les deux premiers l’ont été ; or il semblerait que d’une part il avait été convenu de vendre ultérieurement la série à la société Radio-Canada, et que d’autre part Rudolph Cartier ait souhaité disposer d’enregistrements pour les résumés et les bandes-annonces. Or les ingénieurs de la BBC furent confrontés à un double problème : tout d’abord les techniques de téléenregistrement sur pellicule 35 mm en étaient encore à leurs balbutiements – on filmait alors un écran de télévision avec une caméra argentique - et il faudra attendre 1958 pour que la BBC se dote de ses premiers enregistreurs sur bande vidéo quadruplex. Ensuite, les caméras de studio Emitron utilisées pour filmer The Quatermass experiment dataient l'ouverture des studios de l'Alexandra Palace en 1936, et ne fournissaient qu’une image de piètre qualité. Il semble donc qu’au vu de résultats jugés peu concluants, on décida d’abandonner ces captations après le deuxième épisode, et les quatre suivants n’existent donc plus qu’à l’état de scripts. Par ailleurs, les aléas du direct posaient eux aussi quelques problèmes aux enregistrements ; ainsi cette petite mouche facétieuse qui vient se poser au beau milieu de l’image durant le deuxième épisode fera-t-elle parler beaucoup d’elle… Voilà pour le côté très archaïque ; mais comme je l’ai souligné plus haut, c’est pourtant par l’aspect novateur de leur travail que Nigel Kneale et Rudolph Cartier sont unanimement salués par les auteurs d’ouvrages sur l’histoire de la télévision britannique. Car l’objectif du scénariste et du réalisateur est le même : il s’agit pour l’un comme pour l’autre de s’éloigner du modèle télévisuel jusque-là dominant qui est celui du théâtre, et d’un univers thématique et esthétique qu’on ne concevait jusqu’ici autrement que comme étant celui de l’intimité. Et afin de sortir de cette norme du « cosy », le choix de la science-fiction spatiale apparaissait comme celui du modèle opposé d’une ouverture vers l’infini. Pour Nigel Kneale, l’enjeu était d’imaginer un drame fort et dérangeant dont la forme soit spécifiquement adaptée à la télévision ; il lui fallait donc instiller une menace qui puisse être en prise directe avec l’expérience quotidienne de chacun des téléspectateurs : « La plupart des ouvrages de science-fiction étaient américains, des balivernes… Je voulais que l'histoire soit basée sur des personnages et des décors crédibles. », déclarera-t-il plus tard. D’où la présence marquée de la télévision à l’intérieur de la série elle-même ; quant au choix de l’abbaye de Westminster comme cadre du dénouement de l’histoire, il s’agissait bien sûr d’entrer en résonance avec le couronnement d’Elisabeth II quelques semaines plus tôt, et de s’ancrer solidement dans le réel. Une telle approche scénaristique, émotionnellement percutante et impliquant l’expérience tangible du spectateur, était absolument inédite à la télévision.
Il fallait tout le talent et la volonté d’innover de Rudolph Cartier pour concrétiser à l’image la création de Nigel Kneale, ce que le réalisateur sut effectivement faire avec un vrai brio. Et là encore, les conventions théâtrales allaient voler en éclat. Tout d’abord, Cartier eut pour The Quatermass experiment un recours beaucoup plus prononcé aux inserts pré-filmés en 35 mm puis diffusés par télécinéma, dans le double but de déplacer l’action au-delà des limites du studio de télévision et de donner le temps aux acteurs et aux techniciens de changer de plateau de tournage : rappelons que la série consistait en une performance jouée en direct devant un système de multi-caméras. Par ailleurs, on constate que Cartier n’hésite pas à importer des techniques de mise en scène venues du cinéma : il a par exemple souvent recours à des gros plans qui visent à souligner les émotions des personnages. Il est singulier de constater que chez ce metteur en scène, la démarche inverse fut beaucoup moins convaincante : autant Cartier se montra extrêmement convaincant sur le petit écran domestique, autant ses incursions dans le cinéma à peu près à la même époque donnèrent lieu à des films d’une désespérante platitude, tout au moins si j’en croie les compte-rendu de ceux qui les ont vus ; mais il faut peut-être y voir la démonstration la plus probante que Cartier était réellement fait pour la télévision. Une preuve – s’il en fallait encore une – de l’ingéniosité créatrice de Nigel Kneale et de Rudolph Cartier se trouve dans le budget assez dérisoire avec lequel fut réalisé The Quatermass experiment : lorsqu’on le ramène à une échelle monétaire actuelle, le coût total du projet équivaut à ce que l’on dépenserait aujourd’hui pour tourner les dix premières minutes d’une série… Il en résulte que réalisateur ne cesse de stimuler l’inventivité de son scénariste et son sens de l’expédient : ainsi la diffusion de la série put débuter alors même que Kneale n'avait pas encore achevé l’écriture des deux derniers épisodes. Quant aux effets spéciaux que ceux-ci requéraient, ils furent improvisés avec un surprenant sens de la débrouille : le monstre accroché à un mur de l’abbaye de Westminster fut figuré par la main de Kneale, qu’on avait enveloppée de végétation et de matière visqueuse, et que le scénariste devait passer à travers d’une photographie agrandie de l’intérieur du monument ; on ne peut malheureusement plus juger de la validité du résultat, mais il faut croire cependant que le procédé fut jugé un peu trop rudimentaire, puisque la BBC décidera peu après la création d’une équipe se consacrant aux effets spéciaux, et que l’on verra d’ailleurs à l’œuvre deux ans plus tard pour Quatermass II. En ce qui concerne The Quatermass experiment, les comédiens répétaient toute la semaine chaque épisode à la Student Movement House, puis des répétitions avec caméras avaient lieu toute la journée du samedi juste avant la diffusion ; pendant ce temps, on tournait les inserts pré-filmés sur pellicule 35 mm. Enfin, le samedi soir à 20 h 45, la série était jouée et retransmise en direct depuis les studios originaux de la BBC Television à l'Alexandra Palace de Londres ; ce fut une des dernières fictions à être diffusé depuis cet endroit, juste avant que la production ne soit transférée aux studios de Lime Grove. Les aléas du direct gâchèrent quelque peu la diffusion du dernier épisode : un micro défaillant occasionna une coupure, alors que l’intrigue en était à son point culminant… Pendant qu'on cherchait une solution, de la musique fut diffusée, mais assez inappropriée à ce qu’il semble ; les archives de la chaîne indiquent ce malheureux incident technique eut un impact négatif sur le plaisir des téléspectateurs.
Malgré cela, la série avait acquis d’ores et déjà une très grande popularité, et il y a encore une vingtaine d’années nombre de sujets britanniques d’un certain âge se souvenaient avec une certaine émotion de ce qui avait captivé leur attention chaque samedi durant l’été 1953. Bien entendu, un tel succès augurait que l’on n’en resterait pas là avec le professeur Quatermass : avant même la diffusion du dernier épisode, la Hammer Film s'efforçait d'obtenir les droits de la série en vue d’une adaptation au cinéma, ce qui fut fait deux ans plus tard. En raison de son contrat avec la BBC, Nigel Kneale ne put participer à l’élaboration du film de Val Guest et Anthony Hinds ; le célèbre scénariste désavoua par ailleurs cette adaptation, en particulier à cause du choix de Brian Donlevy pour incarner le professeur Quatermass : il jugeait que l’acteur américain était « comme un parapluie mouillé cherchant un endroit où s’égoutter », et il est vrai que Donlevy n’avait d’autre motivation pour ce projet que celle d’empocher un cachet. Comme anecdote, on peut relever que le titre fut modifié par la Hammer en The Quatermass Xperiment afin de souligner le statut de certificat X délivré pour le film, ce qui signifiait alors une interdiction au moins de 16 ans ; la série originelle, quant à elle, n’avait pas subi de restriction (certificat U) malgré son caractère très anxiogène, et son succédané Quatermass II, sorti la même année que le film de Val Guest, s’était vu accoler un certificat PG, qui était une mise en garde non restrictive. On notera également que l’adaptation par Val Guest a tendance à « américaniser » le récit, et cela est particulièrement sensible dans le dénouement, qui diffère sensiblement dans la série télévisée et dans le film : dans la première, même si les forces militaires sont appelées à la rescousse, c’est par la parole que Quatermass a finalement raison du monstre, en faisant appel à l’humanité encore contenue en lui ; en revanche dans le film de 1955, on n’y va pas en finesse et on finit par électrocuter la vilaine bébête, comme on le ferait chez ces gros bourrins de Yankees. Une autre conséquence du succès de la série de 1953 fut que la BBC songea assez rapidement à lui donner des suites ; or il intervient ici un autre événement important dans l’histoire de la télévision britannique (le premier était le couronnement d’Elizabeth II) : voté en 1954, le Television Act allait permettre la mise en concurrence de la grande chaîne publique, jusqu’ici en situation de monopole, avec des chaînes de télévision commerciales, ce qui se concrétisa l’année suivante avec la création d’ITV. Cette arrivée de la concurrence était particulièrement redoutée par la BBC, qui réalisa à cette occasion l’effet bénéfique qu’avait constitué The Quatermass experiment : la série de Kneale et Cartier avait fait sortir sa programmation de la ringardise des adaptations théâtrales classiques, ce qui avait séduit le public.
Il devenait donc urgent de produire une suite, et Quatermass II, réalisée avec un budget plus important et de vrais effets spéciaux, fut effectivement conçue pour se doter d’atouts juste avant l’arrivée d’ITV sur le marché télévisuel britannique en 1955. Plus tard, en 1958, la saga de Kneale et Cartier atteindra son apogée avec la formidable série Quatermass and the pit, laquelle constitue indubitablement un des sommets de la science-fiction britannique. Pour en revenir à The Quatermass experiment, son état d’incomplétude pour la postérité suscita quelques retours vers cet élément fondateur de toute l’aventure Quatermass : tout d’abord un livre parut en 1959 contenant les scénarios de chacun des épisodes ainsi que des photographies de production pour les quatre qui n’avaient pas été enregistrés ; l’ouvrage fut réédité en 1979 à la faveur de la diffusion d’une nouvelle série Quatermass produite par Thames Television. Plus récemment, en avril 2005, BBC Four a produit et diffusé en direct un remake de The Quatermass experiment, que la chaîne a condensé en un seul téléfilm de 95 minutes en actualisant certains détails du scénario ; Nigel Kneale y participa d’ailleurs comme consultant. Bien évidemment, la série originelle de 1953 eut une influence considérable sur toutes les autres séries anglaises de science-fiction qui suivirent, au premier rang desquelles le fameux Doctor Who. Nigel Kneale n’aimait pas du tout cette dernière, à laquelle il refusa toujours de participer ; personnellement je lui donne entièrement raison, car autant j’ai beaucoup de sympathie pour les terrifiantes aventures du professeur Quatermass, autant les péripéties vaseuses du Docteur Who m’ont toujours laissé de marbre. Un dernier mot pour finir : parmi les nombreux atouts présentés par The Quatermass experiment, signalons une musique de générique particulièrement stimulante, avec juste ce qu’il faut de pompe dramatique outrée ; il s’agit d’un extrait de The planets, une célèbre œuvre pour grand orchestre composée par Gustav Holst durant la Première guerre mondiale. Plus précisément, il s’agit du premier mouvement intitulé Mars, bringer of war, et l’on conçoit bien qu’avec un tel titre, cela puisse nous mettre dans l’ambiance appropriée, et c’est effectivement le cas. Rappelons enfin que le premier vol habité dans l’espace, à l’image de ce que l’on voit dans la série, fut réalisé huit ans plus tard en Union Soviétique par Youri Gagarine ; aussi les spectateurs de la BBC furent-ils sûrement flattés de voir que dans The Quatermass experiment, cet exploit de la conquête spatiale était bel et bien britannique ; il était juste regrettable que les trois astronautes de Sa Majesté aient pris en auto-stop un extra-terrestre malfaisant. Et à propos de celui-ci, allez, tenez, une dernière pour la route : la série Kneale et Cartier est une remarquable préfiguration du « body horror » dans sa version spatiale, et des réalisateurs de cinéma comme Ridley Scott ou John Carpenter en auront certainement retenu la leçon pour leurs futurs chefs-d’œuvre respectifs.
Si vous avez bien lu tout ce qui précède, alors vous comprendrez que la médiocre qualité d’image des fichiers que je vous propose est davantage dû aux défaillances de l’enregistrement initial qu’au transfert numérique qui en a été fait plus récemment, ce qui a donné lieu à une édition DVD dont sont issus les fichiers que je vous propose. Et encore il ne s’agit que des deux premiers épisodes ; pour les quatre autres, les fichiers consistent en un montage de résumés des scénarios avec des images d’archives fixes, et il est d’ailleurs possible que ce soient celles qui illustrent l’ouvrage de 1959 dont j’ai fait mention plus haut, mais je n’ai pas pu vérifier cela. Bref, ça n’est pas la joie du côté de la qualité vidéo ; mais ce que je vous propose ce mercredi est malgré tout, et vous l’avez bien compris, un document tout à fait exceptionnel pour quiconque s’intéresse à l’histoire de la fiction télévisée ou bien au space-opera. Quant au sous-titrage, pour les deux premiers épisodes il résulte d’un long et pénible travail d’adaptation fourni par votre humble serviteur d’après des sous-titres anglais incomplets et d’autres auto-générés par un logiciel à partir de la bande-son. Et je parle bien d’adaptation, ce qui – contrairement à ce qu’on pourrait penser a priori - est beaucoup plus difficile à réaliser qu’une simple traduction. J’y ai été contraint par le fait que ces fichus anglais, pris dans la panique d’une invasion extra-terrestre qui menace l’humanité toute entière à brève échéance, se mettent à parler avec un débit de mitraillette comme s’ils étaient en train de commenter le tiercé ; m’étant fixé comme à l’habitude une norme de lisibilité à 20 caractères par seconde afin de ne rien vous gâcher du plaisir de visionnage, j’ai donc dû effectuer quelques aménagements dans les explications dramatico-scientifiques de l’infatigable professeur Quatermass et de ses assistants. Quant aux quatre épisodes à jamais perdus, j’ai juste eu à traduire tranquillement les résumés qui s’affichent à l’écran, ça c’était beaucoup plus reposant. Ah, oui, et surtout n’oubliez pas : la prochaine que vous envoyez trois potes à vous faire un tour dans l’espace, assurez-vous avant le décollage d’avoir bien fermé la porte de la fusée ; au-delà de la stratosphère, on ne sait jamais ce qui peut arriver.
Un partage et une traduction de









Je vous remercie pour ce magnifique travail documentaire.
RépondreSupprimerMerci pour cette rareté.RF.
RépondreSupprimerLa série de films initiée par la Hammer est vraiment chouette, et je ne savais pas qu'il était resté un enregistrement de certains épisodes de la "matrice télévisuelle" Quatermass. Quelle surprise et quelle joie de pouvoir les découvrir 70 ans après ! Un grand merci Unheimlich pour la traduction et le partage de cette pierre angulaire de la S.F made in England. Et le texte d'introduction est passionnant.
RépondreSupprimerMerci beaucoup Unheimlich pour le partage de cette série rare !
RépondreSupprimerMeci beaucoup pour cette decouverte historique
RépondreSupprimerMerci UH.
RépondreSupprimerMerci Unheimlich pour cette série, j'avais plutôt bien aimé les films sortis quelques années plus tard.
RépondreSupprimerSalut Unheimlich !
RépondreSupprimerMerci pour toutes ces précisions , tu es vraiment le "Maître es présentation" . Ayant les 2 séries de Rudolph Cartier dont tu parles dans l'avant dernier paragraphe de la présentation , je n'avais jamais saisi (ni cherché non plus il faut bien l'avouer) pourquoi la première saison que j'avais (celle de 1955) s'appelait "Quatermass II" (ça aurait pourtant dû me mettre un peu le doute avec un minimum de jugeote , je le conçois) et je comprends mieux maintenant .
Dommage qu'il n'y ait que ces 2 premiers épisodes mais j'ai regardé l'épisode 3 , un des épisodes scénario , et ils est très bien fait et d'une grande utilité , bravo , tu as fait les choses comme il faut avec ce que tu avais . J'ai toujours aimé le cycle "Quatermass" , je vais me faire un immense plaisir à regarder ces 2 premiers épisodes et suivre les 4 autres , documents ô combien précieux , précurseurs d'un genre , d'un style et d'une identité , celle de la télévision britannique dont j'adore les programmes .
Chapeau bas Unheimlich ! Tes publications sont excellentes . à un point que je repars dans les archives du Blog pour voir tout ce que j'ai pu manquer .
Merci à toi , à Stalker & WZ !
Bonne journée à tous les WZ'ers !
Salut Marcel
SupprimerDe mon côté, je savais que la série avait existé mais ce n'est que tout récemment que j'ai découvert, avec beaucoup de surprise, que deux épisodes avaient survécu.
A voir aussi, de Cartier/Kneale, une surprenante adaptation du 1984 d'Orwell, réalisée l'année suivante pour la BBC dans des conditions semblables, et qui fit couler beaucoup d'encre à l'époque ; là aussi un enregistrement a survécu, et c'est une grande chance pour nous.
1984 , version avec Peter Cushing, Andre Morell et Donald Pleasence , elle est disponible sur l'UFSF , je ne sais plus si je l'ai .
SupprimerPar contre , en cherchant , je viens de me rendre compte qu'il y a aussi une version de 1956 réalisée par Michael Anderson et celle là , je pense ne pas la connaître du tout .
Salut Unheimlich , à bientôt pour de nouvelles aventures .
Fabuleux fabulon ! si c'est pas de l'amour (pour le genre), ça y ressemble. Et si ce n'est pas un énorme merci, ça y ressemble aussi !
RépondreSupprimerRavi de faire plaisir à un collaborateur de l'UFSF (à ce que je crois savoir). L'amour, en ce qui me concerne c'est plutôt pour le western ; avec la SF, disons que c'est plutôt une amitié respectueuse.
SupprimerUn immense merci a toi unheimlich
RépondreSupprimerUn immense merci. Et pour ce texte remarquable et pour le film. Merci encore
RépondreSupprimerUn immense merci d'avoir exhumé ces deux épisodes mythiques que je pensais à jamais perdu. Merci encore pour votre travail de sous-titrages qui permet au public francophone de découvrir ces raretés et vos textes pédagogiques et passionnants.
RépondreSupprimerSuperbe trouvaille!
RépondreSupprimerMerci énormément pour cet archive incroyable, et le texte, magnifique et ultra documenté, comme d'habutude.
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