mercredi 25 décembre 2024

SPÉCIAL : UN CHANT DE NOËL

(VOSTFR)


C’est en 1843 qu’Un chant de Noël, l’œuvre la plus universellement connue de Charles Dickens, est publiée en Angleterre ; même s’il n’était alors âgé que de 31 ans, l’écrivain avait alors déjà acquis une forte notoriété littéraire : Oliver Twist, par exemple, avait été publié cinq ans auparavant. Court roman dont la forme emprunte beaucoup au conte, mais finalement destiné à un lectorat de tous les âges, Un chant de Noël est souvent présenté de manière abusive comme l’initiateur du renouveau des fêtes de fin d’année dans le monde anglo-saxon ; en vérité, cette œuvre dont la popularité fut immédiate servit plutôt de catalyseur à un mouvement de fond entamé par l’ère victorienne, visant à revivifier les célébrations de Noël. Car le puritanisme avait auparavant eu tendance à condamner celles-ci à cause des traits de paganisme qu’elles contenaient : au Moyen Age, ces célébrations étaient les héritières directes des Saturnales de l’époque romaine et de la fête de Yule d’origine germanique. Elles disparaissent donc au milieu du XVIIe siècle, pour ne réapparaître que dans le deuxième tiers du XIXe ; or le véritable initiateur de ce renouveau semble être en premier lieu le juriste et antiquaire William Sandys, qui publie en 1933 un recueil de chants de Noël qui servira désormais de référence. Puis en 1837, le poète écossais Thomas K. Hervey publie The book of Christmas dans lequel il déplore que « les festivités de Noël se réduisent rapidement au silence, et les coutumes associées s’effacent progressivement » ; ce recueil des pratiques festives de fin d’année éveille alors la nostalgie des populations citadines dans l’Angleterre victorienne. Car jusqu’ici Noël n’était plus guère célébré que dans les campagnes, tandis que la société industrielle montante l’avait largement délaissé ; et c’est sous l’impulsion du prince Albert, qui réintroduit notamment la coutume germanique consistant à décorer un sapin, que renaissent alors dans les villes anglaises les festivités liées à la Nativité. C’est donc dans cette dynamique que s’inscrit la création par Dickens d’Un chant de Noël, dont la publication est d’ailleurs l’exacte contemporaine de la toute première production commerciale d’une carte de Noël, commandée en 1843 par Sir Henry Cole au peintre John Callcott Horsley ; le livre de Dickens, lui, contribuera de son côté à populariser fortement l’expression « Merry Christmas » que l’on s’adresse à cette occasion dans le monde anglo-saxon, donnant à l’adjectif « merry » une inflexion de sens qui d’un « agréable Noël » devenait cette fois-ci un « joyeux Noël » beaucoup plus festif.


Un chant de Noël est l’une des œuvres littéraires ayant bénéficié du plus grand nombre d’adaptations cinématographiques et télévisuelles, et c’est celle de 1951 avec Alastair Slim dans le rôle de Scrooge qui est généralement considéré comme étant la meilleure ; il faut dire que l’aspect très visuel - voire spectaculaire (les fantômes) – du roman, ainsi que son format très court, se prête particulièrement bien à des interprétations pour l’écran. Mais l’œuvre n’aura pas attendu le XXe siècle pour connaître des adaptations diverses et variées : à peine quelques semaines après la sortie du livre, le théâtre s’emparait déjà du récit, et le fera d’ailleurs sans discontinuer jusqu’à l’année même que nous sommes en train de clore : en ce moment au théâtre Derby à Londres, avec Gareth Williams, jusqu’au 4 janvier 2025 ! Il y eut bien sûr des adaptations musicales, et même des lectures publiques – dans des versions abrégées – à partir du 27 décembre 1853, et ce fut d’ailleurs Charles Dickens qui en fut l’initiateur ; il semble que cette tradition d’oralisation de l’œuvre ait perduré jusqu’à aujourd’hui. Quant aux images, elles ont accompagné depuis le début la conversion de M. Scrooge à l’altruisme : la toute première publication du conte chez Chapman & Hall à la fin de l’année 1843 est accompagnée de quelques illustrations de John Leech ; là encore, ce fut le début d’une longue lignée d’interprétations d’Un chant de Noël par le dessin, la peinture ou le pastel jusque dans les années 1990. Dans le même ordre d’idée, en guise de bonus pour ce mercredi, vous trouverez dans le fichier zip une version « comics » de cette célèbre histoire de Noël. Mais c’est bien sûr au cinéma que je vais surtout m’intéresser, en vous proposant dans cet envoi l’intégralité des versions muettes du roman de Dickens, tout au moins celles ayant survécu jusqu’à nos jours, et qui s’étalent de 1901 jusqu’en 1923. Ce sont des courts et moyens-métrages et il y en a six, dont cinq productions britanniques et une production américaine. En fait, une seule de ces adaptations muettes manque à l’appel : The right to be happy, film américain de 1916 ; il s’agit de la toute première version en long-métrage (5 bobines), mais elle est considérée comme étant définitivement perdue. En ce qui concerne les six films que je vous propose, le premier est incomplet, et l’avant-dernier n’est connu que sous une version abrégée ; voilà les présentations générales faites, nous pouvons donc entamer les festivités.
 
SCROOGE, OR MARLEY'S GHOST
(Walter R. Booth, 1901, Grande-Bretagne)



Nous débutons à l’aube du 7e art, à l’époque de Méliès, celle où le cinéma est encore une affaire de forains, de bricoleurs et de prestidigitateurs. On attribue à Walter Robert Booth, magicien de formation, le rôle de metteur en scène pour Scrooge, or Marley's ghost et à Robert William Paul celui de producteur ; rappelons toutefois qu’en 1901, le contour de ces deux métiers était bien loin d’être clairement défini. Fabriquant d’instruments scientifiques, R. W. Paul fut un pionnier du cinéma qui œuvra en Angleterre parallèlement aux frères Lumière à Lyon : ses premiers films datent de 1895. L’année suivante, il construisit la toute première caméra à être dotée d'un mécanisme de rotation inversé, ce qui permettait d'impressionner plusieurs fois la même pellicule : cela ouvrait la voie à la création de superpositions et d’expositions multiples, un trucage qui allait être largement mis à contribution pour Scrooge, or Marley's ghost, la plus ancienne adaptation connue du roman de Dickens. Il convient donc pour apprécier ce film à sa juste valeur de garder à l’esprit que s’il nous paraît aujourd’hui terriblement rudimentaire, il constituait cependant pour l’époque une réelle prouesse cinématographique. Robert W. Paul est également l’inventeur des intertitres, qu’il avait déjà utilisés en 1898 ; ceux qu’il nous montre ici sont quant à eux plus élaborés, et il les introduit à l’aide de fondus-enchaînés, ce qui est là aussi très novateur. Comme durant toutes les années 1900, les intertitres servent à annoncer ce que l’on va voir ensuite à l’écran, et n’ont pas encore la fonction de faire figurer des dialogues. A cet âge très précoce du cinéma, les films sont courts et ils se présentent comme une succession de tableaux (une douzaine dans celui-ci) ; il n’existe donc pas de montage à l’intérieur de chaque séquence, et il n’y a qu’un unique type de cadrage en plan moyen qui donne fortement au spectateur l’impression d’être au théâtre : ainsi tous les éléments d'arrière-plan du décor sont peints, et la seule profondeur de champ qu’offre l’image est celle grossièrement créée par des perspectives dessinées en trompe l’œil. Pour autant, avec ce dispositif minimaliste, le film parvient à évoquer efficacement le contexte hivernal et victorien du récit. Mais la gageure des concepteurs de Scrooge, or Marley's ghost consistait surtout à parvenir à boucler en moins de 10 minutes l’intégralité d’une histoire narrée dans un livre de 150 pages. Or de ce seul point de vue, le film s’en sort plutôt bien, tout au moins de ce que l’on peut en juger, étant donné que seule la partie médiane de la bobine nous est parvenue, soit environ la moitié du film ; il nous manque donc le début et la fin de l’histoire. Cet effort de condensation du récit passe bien sûr par quelques raccourcis et omissions volontaires, mais ne peut de toute manière s’opérer qu’en partant du principe, comme c’était toujours le cas à l’époque, que les spectateurs connaissaient par avance l’histoire qu’on leur racontait : cela explique la prédominance dans les fictions cinématographiques d’alors de récits classiques connus de tous. On remarquera ici, comme ce sera le cas dans des versions ultérieures, que le scénario fusionne les trois allégories (Noëls passés, Noël présent, et l’avenir) avec le seul fantôme de Marley qui, dans le récit originel de Dickens, ne servait qu’à les introduire. Cela permet bien sûr de condenser le récit, mais on mentionne aussi dans beaucoup d’ouvrages l’influence probable d’une adaptation d’Un chant de Noël pour la scène, avec J.C. Buckstone, et qui avait rencontré beaucoup de succès cette année-là : le film de Booth et Paul serait donc moins l’adaptation du livre de Dickens que celle de la pièce de théâtre. La richesse la plus remarquable du film est de présenter des dispositifs différents pour chacune des trois visions qui se succèdent : le passé apparaît en surimpression dans la chambre du vieil avare, tandis qu’à l’inverse, c’est Scrooge et Marley qui sont les spectateurs fantomatiques des scènes du présent, dans un dispositif qu’on pourrait qualifier de « Dante et Virgile » ; enfin, l’avenir est filmé de manière objective sans recours à aucune superposition. On pourra aussi relever que parmi les choix scénaristiques décidés par les deux concepteurs, il y a celui de faire figurer une scène d’importance secondaire, celle de l’apparition sur le heurtoir de la porte de Scrooge du visage de Marley ; cela trahit bien entendu les intentions du film, qui sont de mettre en valeur les prouesses du réalisateur en matière de trucages. Notons d’ailleurs que dans le livre de Dickens, la présence de cette scène dans le récit est particulièrement intéressante, car elle constitue le seul élément qui appartienne à un registre véritablement fantastique, le reste des apparitions relevant davantage du domaine allégorique et du conte moral.
 
A CHRISTMAS CAROL 
(J. Searle Dawley ? Charles Kent ? Ashley Miller ?, 1910, Etats-Unis)



En 1910, Hollywood n’existe pas encore, et la production cinématographique s’effectue encore sur la côte Est. Les studios Edison dans le New Jersey dataient de l’invention du cinéma ; en 1907, ils déménagent à Bedford Park dans le Bronx, où est produit A Christmas carol en 1910, en vue d’une sortie pour les fêtes de Noël. Lorsqu’on lit la publicité de l’époque, on voit que le but cinématographique de cette seconde adaptation d’Un chant de Noël reste le même que pour celle des anglais Booth et Paul : « Les effets photographiques non seulement surpassent tout ce qui a déjà été vu, mais sont en eux-mêmes merveilleusement impressionnants », nous assure-t-on d’emblée. Toutefois, cela semble un peu présomptueux, car les trucages sont de même nature que dans le film de 1901 (double voire triple exposition) avec un rendu tout à fait satisfaisant, mais c’était déjà le cas dans le film précédent ; et on notera une fois de plus la présence de la scène du visage de Marley sur le marteau de porte. Là où l’on constate en revanche une nette évolution de l’art cinématographique en moins de 10 années, c’est tout d’abord dans la nature des décors : nous ne sommes plus au théâtre avec ses toiles peintes, mais la première scène dévoile une réelle profondeur de champ avec Scrooge au premier plan et la pièce où se tient Cratchit en arrière-plan ; le cinéma est véritablement devenu tridimensionnel. On notera également un recours toujours prononcé à la pantomime de la part des acteurs, mais aussi un certain étoffement des intertitres, même si ceux-ci ne font pas encore figurer de dialogues, ce qui implique qu’une fois de plus le public est censé connaître l’histoire par avance. Mais l’art de la condensation du roman, que j’ai déjà évoqué pour le film de 1901, touche ici à la perfection : nous sommes toujours dans les limites d’une unique bobine, et le metteur en scène n’hésite pas à s’écarter du récit originel afin de lui donner une forme plus ramassée tout en préservant intacte sa substantifique moelle ; cela est par exemple perceptible dans le dénouement, où la morale du récit de Dickens est synthétisée par un repas de Noël réunissant tous les protagonistes autour de la dinde apportée par Scrooge. Autre innovation, le neveu du vieil avare n’a pas encore épousé sa bien-aimée, et son manque d’argent le menace de devoir y renoncer ; à l’issue du récit, l’oncle réformé résoudra ce problème pécunier et fera même de Fred son associé : peut-être que du fait qu’il s’agissait d’une production américaine, les concepteurs du film avaient moins de scrupules que les britanniques à prendre des libertés par rapport à l’histoire telle que l’avait publiée Dickens. Contrairement au film de Booth et Paul, le fantôme de Marley est cette fois-ci différencié des trois figures allégoriques qui le suivent, même si celles-ci sont amalgamées en un unique esprit de Noël. On notera en revanche une variété moins riche de décor : plutôt que de transporter Scrooge vers d’autres lieux, l’esprit de Noël lui fait parvenir des visions directement dans sa chambre, que l’on ne quitte donc pas durant tout le milieu du film. Un point intéressant : le réalisateur semble s’intéresser à la dimension sociale du roman, en faisant figurer en marge deux allégories en rapport avec cela, comme l’avait fait également Dickens ; ce détail du récit est très souvent passé sous silence dans les diverses adaptations d’Un chant de Noël. Quant à Petit Tim, figure très populaire de l’enfance malchanceuse et qui tient une place particulière dans l’histoire, ce film tout comme son prédécesseur ne renoncent pas tout à fait à le faire figurer, même si son évocation se fait de manière discrète à cause de la contrainte de 13 minutes de film. Un dernier mot : il semble très difficile d’attribuer un nom certain au réalisateur de cette version Edison de A Christmas carol, et si un site comme imdb en mentionne plusieurs (Dawley, Kent, Miller), cela ne doit certainement pas être interprété comme s’ils avaient dû se mettre à trois pour tourner une unique bobine, mais plutôt des divergences d’attribution de l’œuvre selon les sources.
 
SCROOGE
(Leedham Bantock, 1913, Grande-Bretagne)



Retour à la Grande-Bretagne, avec une production a priori intéressante puisqu’elle se propose d’adapter cette fois-ci Un chant de Noël sur une longueur de trois bobines, soit 40 minutes. En outre le personnage de Scrooge y est joué par Seymour Hicks, un acteur de théâtre très réputé qui faisait là son entrée dans son cinéma, et qui était rompu à l’exercice puisqu’il interprétait ce rôle sur les planches régulièrement depuis 1901 ; on le retrouvera d’ailleurs plus tard pour la première adaptation parlante du roman, en 1935. Mais disons-le d’emblée, je trouve ce Scrooge de 1913 bien décevant en regard de ce qu’on pourrait en attendre ; non seulement le film ne tire pas parti de la longueur de pellicule qui lui est offerte, mais a tendance au contraire à montrer dans le traitement du sujet un simplisme peu justifié. Le découpage est assez curieux, puisqu’il donne la part belle au début de l’histoire et à sa conclusion, et réduit de ce fait à la portion congrue ce qui constitue pourtant le cœur vital du roman, à savoir les trois apparitions allégoriques. Non seulement celles-ci sont amalgamées avec le fantôme de Marley, comme cela était le cas dans la version de 1901, mais il est tout à fait stupéfiant de constater l’indifférenciation des lieux qu’opère le film, entre le bureau de change de Scrooge et son domicile. Ainsi la transition entre le départ de Cratchit et l’apparition du fantôme se fait par une simple rotation de la caméra, passant du pupitre à la cheminée sans même changer de pièce. Et comme dans le film de 1910, les trois visions viennent au vieil avare sans qu’il ait à quitter celle-ci, alors que dans le roman de Dickens chaque esprit entraîne Scrooge au dehors. Cela ne fait donc que restreindre encore un peu plus la variété des lieux ; pour rappel, le film de 1901 se montrait beaucoup plus créatif dans ce type de séquence. Bien sûr, le trucage utilisé est une fois de plus la triple exposition, et l’on voit que d’un simple point de vue technique, sa mise en œuvre ne souffre plus d’aucun défaut : c’est un bon point pour le film. Les cadrages sont en revanche fort peu recherchés, monotones et convenus, moins inventifs que chez Edison qui s’essayait à donner de la profondeur de champ. Les décors du bureau-domicile de Scrooge sont sobres et sans attrait, mais on pourrait dire que cela convient au caractère du personnage ; en revanche lorsqu’ils deviennent franchement informes lors du dîner chez les Cratchit auquel s’imagine participer Scrooge à la fin du film, on comprend moins la démarche du metteur en scène, à moins que le producteur n’ait été lui aussi frappé d’avarice pathologique. Par ailleurs on ne comprend pas vraiment la présence de cette scène fantasmée chez les Cratchit, étant donné que c’est chez son neveu que Scrooge est censé aller dîner, ce que nous annoncent effectivement les intertitres sans que cela se matérialise à l’image : on flirte donc un peu avec l’incohérence. Dans l’ensemble, le film est néanmoins plus fidèle à Dickens que le film de 1910, dans la lettre tout au moins, et bien qu’il soit beaucoup moins réussi sur la forme. Relevons malgré tout quelques points positifs, ou tout au moins quelques originalités : le film s’ouvre par un dispositif de mise en abyme, qui nous montre tout d’abord la façade de la demeure de Dickens (laquelle servait à l'époque de musée sur l’écrivain) avec un petit rappel historique, puis une représentation de Dickens lui-même installé dans sa bibliothèque à Gad's Hill et entamant la rédaction d’Un chant de Noël. S’ensuivent quelques plans d’extérieurs, où Scrooge nous est présenté en avare mal vêtu harcelé par les enfants qui lui lancent des boules de neige (« Ce qu’ils ne devraient pas faire », nous dit l’intertitre, comme si le scénario cherchait à se reprendre). Malgré des cadrages qui manquent un peu de recul, la luminosité de ces plans enneigés tranche agréablement avec les intérieurs blafards dans lesquels se déroulent le reste du film. Notons enfin que le film semble vouloir tenir le fantastique à distance : l’apparition de Marley est possiblement le résultat d’un songe fait par Scrooge après s’être assoupi dans un fauteuil, tandis que la scène annonciatrice du visage sur le marteau de porte, traitée dans les versions précédentes, est cette fois-ci absente.
 
A CHRISTMAS CAROL 
(Harold M. Shaw, 1914, Grande-Bretagne)



Et rebelote l’année suivante, avec une adaptation en deux bobines produite cette fois-ci par la London Film Company : créée un an auparavant, c’est cette société qui a fait bâtir les studios de Twickenham, à l’époque les plus grands de tout le royaume, et qui sont toujours utilisés de nos jours. Cette version de 1914 diffère beaucoup de la précédente, et lui est supérieure sur de nombreux points, et on peut d’emblée remarquer que là où le film de Bantock croulait sous l’abondance d’intertitres, celui-ci se montre beaucoup moins disert et fait davantage confiance à l’art cinématographique pour narrer l’histoire et transmettre les émotions, ce qui est toujours bon signe. Concernant l’image, à la lugubre monotonie du film de 1913 succède ici une grande variété de plans et un réel effort de montage, des décors plus fournis et inspirés, et aussi une bien meilleure utilisation de l’espace : on notera par exemple qu’au début du film, dans l’agence de Scrooge, la profondeur de champ est mise à contribution d’une manière similaire au film de chez Edison, dans une version plus élaborée où Cratchit réagit en arrière-plan de manière très expressive aux indélicatesses dont fait preuve Scrooge au premier plan de l’image. Pour la première fois, la partie médiane de l’histoire est traitée en adéquation avec le roman de Dickens : le visage de Marley apparaît sur la porte, puis son fantôme vient annoncer les trois allégories, qui seront cette fois-ci toutes différenciées et qui emmèneront Scrooge au-dehors plutôt que de lui faire des projections à domicile. Ces trois esprits de Noël ne ressemblent guère à ce que décrit Dickens, mais fournissent en revanche au metteur en scène une occasion intéressante de proposer, en matière d’effets spéciaux, un dispositif plus complexe que dans les versions précédentes : nous voyons cette fois-ci Scrooge se dédoubler à chaque reprise, sa partie tangible restant allongée dans le lit tandis que son double spectral part en vadrouille avec l’esprit de Noël, puis revient réintégrer son enveloppe charnelle à la fin de chaque périple. Il s’agit là d’un véritable tour de force technique, dont je ne crois pas qu’il ait eu à l’époque des précédents dans le cinéma fantastique ou autre ; mais je n’en suis toutefois pas certain, il faudrait le vérifier. Le film a donc beaucoup d’atouts en sa faveur ; les critiques s’étonnent néanmoins, dans les choix scénaristiques, de l’escamotage de certaines séquences clés de l’histoire. Ainsi le retour vers le passé de Scrooge passe-t-il sous silence que ce dernier a eu un jour une fiancée, alors qu’il est d’usage d’interpréter la rupture avec celle-ci comme étant à l’origine, pour bonne part, de la dérive morale du personnage. Je suis cependant très étonné qu’un contresens aussi flagrant fasse tant l’unanimité ; le roman de Dickens est pourtant tout à fait clair à ce sujet : c’est bel et bien PARCE QUE Scrooge était devenu trop cupide que Belle s’en est allée, et non l’inverse ! Dès lors, cet épisode prend une autre signification, qui n’est pas non plus sans importance : à l’instar de la fête chez Fezziwig, cela sert à humaniser Scrooge ; il en résulte que si ce dernier n’a pas toujours été le détestable personnage qu’il est devenu, alors sa rédemption reste possible. En conséquence, l’omission de ce passage par le scénario du film ne me paraît donc pas scandaleuse, puisqu’il s’agit au fond d’une redondance avec la fête Fezziwig, laquelle peut se passer des d’explications par intertitres qu’aurait nécessité une évocation de la rupture avec Belle. Enfin, les critiques soulignent dans le film la demi-mesure qui est faite à propos de Petit Tim : si sa présence est certes plus consistante qu’elle ne l’était dans les versions à une seule bobine, la mort qui attend l’enfant estropié si Scrooge n’intervient pas n’est pas pour autant évoquée, alors qu’il s’agit d’un facteur déclencheur dans la subite conversion de l’avare à l’altruisme ; et cette fois-ci, je partage pleinement cette petite réserve à propos de ce film qui, pour le reste, fait preuve de beaucoup de qualités.
 
SCROOGE 
(George Wynn, 1922, Grande-Bretagne)



Nous passons au début des années 1920, une période à laquelle le langage cinématographique est cette fois-ci à peu près fixé, et où le septième art entre en période de maturité. Cette nouvelle adaptation anglaise d’Un chant de Noël est difficile à juger car elle ne nous est parvenue dans une version non pas tronquée, mais abrégée en une seule bobine afin d’être exportée vers le marché américain : cela explique sur le carton d’entrée la mention de la Weiss Brothers, qui a dû se charger de la distribution aux Etats-Unis de l’œuvre remaniée, ainsi que l’absence de crédits d’acteurs ou de réalisateur. Lors de sa sortie en Grande-Bretagne en 1922, Scrooge faisait partie d’une série de 12 courts-métrages intitulée Tense moments with great authors, dont on comprend bien le but et la teneur à l’énoncé du titre. Outre que dans ce remontage, le film ne fait plus que les deux tiers de sa longueur originelle, il est très vraisemblable que l’intertitrage en ait été partiellement refait pour l’occasion : on détecte cela par la présence de deux styles différents de cartons. Les évolutions de la technique cinématographique sont très sensibles depuis 1914, surtout dans le jeu des acteurs, moins pantomimique et qui tend à un certain naturalisme : c’est très net avec le personnage de Cratchit, surtout lorsqu’on compare avec le film précédent. Celui-ci peut d’ailleurs également servir de point de comparaison en matière de trucages, puisque cette version de 1922 reprend le même dispositif du dédoublement de Scrooge : les petites imperfections des transparences dans le film de 1914 ont intégralement disparu, le procédé est cette fois-ci maîtrisé à la perfection. Il y a également beaucoup de goût dans les décors et la photographie, qui prolongent là encore les louables efforts entrepris précédemment par la London Film Company. Les réserves que l’on peut émettre sont vraisemblablement dues au remontage, car tout paraît traité de manière bien trop expéditive ; il semble toutefois que certains des raccourcis les plus surprenants aient existé dans la version originelle. Ainsi la succession rapide des trois allégories de Noël, durant laquelle chacune refile Scrooge à la suivante sans le faire repasser par son lit : on voit clairement cela avec les deux dernières, dont les représentations sont d’ailleurs assez fidèles à Dickens. Les projections dans le passé, le présent et l’avenir reposent pour l’essentiel sur une surimpression par transparence de type « Dante et Virgile », mais aussi, à un certain moment, par une restriction circulaire du cadre de l’image. Pas la moindre trace de Petit Tim, ce qui était encore inédit jusque-là, et assez osé en matière de coupe drastique ; or là encore il n’est pas du tout certain que le personnage ait été présent dans la version anglaise d’origine, car on ne l’aperçoit dans aucun des plans sur le domicile des Cratchit, bien que ceux-ci soient assez fugaces. Pour le reste, le traitement de l’histoire est plutôt fidèle à Dickens, et le visuel soigné rend l’ensemble agréable à suivre malgré le pas de course imposé.
 
SCROOGE 
(Edwin Greenwood, 1923, Grande-Bretagne)



Et c’est reparti à peine un an plus tard, toujours en Grande-Bretagne. Comme le précédent, ce film-ci fait partie d’une série de courts-métrages consacrée à des adaptations de grands classiques, produite cette fois-ci par la British & Colonial Kinematograph Company et intitulée Gems of literature. Ce Scrooge de 1923 est constitué de deux pleines bobines, soit une longueur d’un peu moins d’une demi-heure, ce qui permet a priori quelques développements intéressants par rapport à la plupart des versions précédentes. On est pourtant frappé par le traitement assez sommaire qui est réservé aux visites des trois allégories, qui contraste avec le long moment que passe Scrooge en compagnie du fantôme de Marley : ainsi l’esprit des Noëls passés se contente de rappeler à Scrooge la rupture de ses fiançailles (sur le mode d’une « projection à domicile »), sans faire ni mention de l’enfance, de la sœur de Scrooge ou de Fezziwig ; celui du Noël présent ne fait que délivrer une tirade à l’avare sans même nous divertir d’une vision ; l’allégorie du futur entraîne finalement le personnage hors de chez lui. En revanche, c’est dans ce film seul que cls trois esprits sont représentés fidèlement aux descriptions qu’en donne Dickens : ainsi le premier prend-il l’aspect d’un lilliputien coiffé d’un chapeau conique, et le second celui d’une sorte de gigantesque Père Noël ; cela donne lieu à une innovation supplémentaire en matière de trucages, en lien avec la taille anormale de chacun de ces esprits. Le reste du visuel – décors, costumes, photographie – est inférieur en qualité au film de l’année précédente, sans tomber dans l’indigence de celui de 1913. Les intertitres ont surtout valeur de dialogue, reproduisant par moment à la lettre ceux du livre ; on notera en particulier la présence des saillies d’humour que se permet de lancer Scrooge à ses visiteurs surnaturels, qu’avaient éludées les versions cinématographiques précédentes, et qui permettent dans le livre de Dickens de nuancer l’antipathie que ressent spontanément le lecteur envers le vieillard cupide. Mais de façon très curieuse, le début du film présente auparavant une innovation scénaristique qui prend le parti tout à fait opposé : on y voit Scrooge allier la violence à la méchanceté, lorsqu’il sort de son bureau pour frapper avec un livre un pauvre petit chanteur des rues. Autre curiosité, la fameuse scène dans la dernière partie au cours de laquelle Scrooge réformé annonce à Cratchit qu’il double son salaire, se déroule non pas à l’agence comme dans toutes les versions, mais au domicile du vieillard qui a invité son employé chez lui pour Noël. Par conséquent, l’impasse est faite sur la famille Cratchit, ce qui ne laisse pas de surprendre quand on sait l’importance chez Dickens de ce qu’un auteur a nommé « l’idéologie domestique », c’est-à-dire l’exaltation du foyer douillet et chaleureux. Une des plus fâcheuses conséquences de cela est le passage à la trappe de Petit Tim (comme dans la version précédente), ce que ne pardonnent généralement pas les admirateurs du roman. Or le plus étrange est qu’en lieu et place, le script d’Eliot Stannard (qui était à l’époque le scénariste d’Hitchcock) prend le parti de broder sur Fred, le neveu de Scrooge, auquel il invente un camarade amoureux de la belle-sœur… On ne comprend absolument pas où le film veut en venir avec ces motifs inventés, en tout cas cela ne vaut pas l’évocation des tristes déboires qui menacent Petit Tim ou bien au contraire ses joyeuses exclamations qui venaient habituellement clore l’histoire. Bref, ni bon ni mauvais, le film souffle autant le chaud que le froid ; après tout, c’est peut-être le climat de Noël qui veut ça.

Lien regroupant les 6 courts + Bonus

En guise de bonus, vous trouverez dans le zip une version « comics » d’Un chant de Noël, publiée chez Gilberton en novembre 1948 dans la série des Classics Illustrated. Cette série prestigieuse se nommait jusqu’à l’année précédente Classic Comics, et je vous en avais fait une présentation générale dans un des nombreux posts que j’ai consacrés au mois d’octobre au Dernier des Mohicans : je vous y renvoie donc pour de plus amples renseignements. Il s’agit là d’une adaptation de bonne qualité, plutôt fidèle à Dickens malgré quelques raccourcis, dessinée et rédigée avec sérieux : on y trouve même des notes de bas de page ! D’autres versions comics du célèbre conte suivront, parfois dans des interprétations assez fantasques et pas toujours d’un goût très folichon : voir DC Comics en 1968 et 1986, Marvel en 1978, Archie en 1979, etc. Un mot enfin sur la qualité d’image des fichiers que je vous propose, qui va d’assez bonne (1914, 1901) à franchement mauvaise (1913, 1923) ; j’en ai réalisé le sous-titrage en français tout seul comme un grand garçon, par traduction directe des intertitres en anglais. Naturellement, pour l’occasion j’ai relu les 150 pages du livre de Dickens, et je ne saurais que vous recommander de le faire à votre tour à l’occasion, c’est une lecture qui s’apprécie à tout âge. A l’instar de Petit Tim, je serais bien tenté de terminer mon post en vous lançant un « God bless us every one ! », mais n’étant pas croyant pour un sou, je me contente de vous adresser un « Joyeux Noël » sobrement laïque, mais peut-être un peu païen quand même.


Un partage et une traduction de

13 commentaires:

  1. Merci beaucoup Unheimlich, merci pour ces très beaux partages, je te souhaite un joyeux Noël !

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  2. Quoi de mieux en ce jour de Noël --une rétrospective Scrooge--tout simplement génial..et que dire de l'analyse toujours extrêmement pointue
    Grand grand merci--et un Joyeux Noël à toutes et tous

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  3.   Magnifique. Et si bien emballé. Je le suis aussi... Un Claude.

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    1.   Non croyant pareillement (c'est même imprimé sur mon tee-shirt) mais, comme l'écrit Clifford Simak, peu ou presque : "Il n'est pas nécessaire de croire en dieu pour avoir le sens du divin.". Et, en l'occurrence, du Merveilleux. Merci à vous.

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    2. Merci beaucoup, pour cette évocation de ce chant de Noël .
      Et le bonus avec le comics, c'est top.
      Joyeux Noël à tous.

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  4. Merci beaucoup Unheimlich pour ces charmants contes ! Et merci pour votre présentation toujours très intéressante ! Bonnes fêtes de fin d'année à vous !

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  5. Salut Unheimlich !
    Je ne sais pourquoi mais quand j'ai vu le titre passer dans la marge des blogs amis alors que j'étais sans doute en train de regarder quelque chose sur l'UFSF j'étais déjà persuadé que la publication était la tienne .
    On ne bouscule pas les bonnes vieilles habitudes chez toi , une présentation soignée et complète puis des archives que tout cinéphage va s'empresser de regarder sans aucun doute .
    Pas encore lu la présentation , je prendrai le temps de le faire ultérieurement , mais je vais commencer par prendre toutes ces archives et en faire un dossier (comme j'ai pris l'habitude de le faire maintenant avec toutes tes publications) puis suivre ton conseil , (et là ce sera le plus difficile) retrouver le bouquin de Dickens que j'ai au milieu des centaines d'autres que je possède sur 2 étages et le lire .
    La veille de ta publication (c'est à dire le 24/12) , l'UFSF a publié une mini-série (que je n'ai pas encore prise ni vue) qui a l'air particulièrement bien .
    Jettes y un oeil , c'est ce que je vais faire également .
    Merci Unheimlich , c'est toujours un plaisir de te retrouver sur Warning Zone .
    Merci Stalker & WZ ,
    Bonnes fêtes à tous les WZ'ers !

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    1. Salut Marcel
      J'ai vu moi aussi ce post sur l'UFSF, mais je suis très dubitatif. Au vu de l'affiche, la série a l'air de confondre Scrooge avec Jack l'Eventreur... Le livre de Dickens n'a rien de sombre, gothique ou horrifique ; c'est un conte qui a pour but d'édifier et non pas d'effrayer. Tout est bien qui finit bien, Petit Tim survit et Scrooge s'est gentiment réformé.
      Mais la série doit certainement avoir ses qualités propres, disons alors que c'est plutôt le petit paragraphe rédigé par l'auteur du post qui me laisse dubitatif, lorsqu'il évoque "un côté très noir, se rapprochant de ce que voulait Dickens" : je ne sais pas si c'est ce que voulait Dickens, en tout cas ce n'est pas ce qu'il a écrit... Le ton du livre est empreint de bonhommie, et Scrooge se permet même quelques plaisanteries en présence des fantômes !
      Bonnes fêtes de fin d'année à toi.

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  6. Extraordinaire travail! Bravo et merci beaucoup pour ce partage!

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