mercredi 6 novembre 2024

LE TRAPPEUR DES GRANDS LACS

 (VOSTFR)


Réalisation : Sidney Salkow
Casting : George Montgomery, Helena Carter, Jay Silverheels
Durée : 74 min
Année : 1952 
Pays : USA
Genre : Western, Aventure

Un homme blanc élevé par les indiens Mohicans s'associe à l'Armée Britannique pour se venger des guerriers Mingo et des Français qui ont massacré et pillé son peuple, Il a pour mission de récupérer les plans secrets qui se trouve a l'intérieur du Fort Français de Saint-Vincent...


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Troisième volet dans la chronologie des aventures de Nathaniel Bumppo, héros des frontières, Le lac Ontario fut le premier des deux volumes complémentaires que James Fenimore Cooper décida d’ajouter à ses Histoires de Bas-de-Cuir, 13 ans après avoir achevé La prairie, ultime épisode dans lequel l’écrivain avait fait mourir son héros à un âge vénérable. Nous sommes maintenant en 1840, à l’aube d’une nouvelle décennie qui clôt celle que Cooper vient de consacrer essentiellement à la politique, ce qui lui valut quelques inimitiés chez les Whigs. Désireux de reprendre une carrière littéraire consacrée à la fiction, l’écrivain s’interroge néanmoins sur l’opportunité de revenir aux Histoires de Bas-de-Cuir, craignant les critiques négatives de journaux avec lesquels il a des démêlés politico-judiciaires. Ses succès devant les tribunaux l’encouragent cependant à reprendre l’écriture de romans d’aventures, et cette dernière décennie de la vie de l’écrivain sera aussi sa plus prolifique, dans une urgence créatrice d’autant plus forte qu’il subit cette fois-ci la concurrence de la littérature feuilletonnesque. Ce grand retour de Cooper à la fiction débute donc par l’écriture du Lac Ontario, dont la publication est un succès public et critique qui encouragea certainement l’auteur à enchaîner aussitôt sur Le tueur de daims ; pourtant, force est de constater que le premier des deux romans – qui va donc nous occuper ici – est le plus faible de toute la pentalogie des Histoires de Bas-de-CuirLe lac Ontario est néanmoins intéressant dans la mesure où il s’y fait jour une redéfinition du héros emblématique Nathaniel Bumppo, alias Œil-de-Faucon, alias Bas-de-Cuir, alias Tue-Daim, alias Longue-Carabine et ici alias Pathfinder, nouveau surnom que l’on préfère généralement laisser sous sa forme anglaise étant donné que « Découvreur-de-Chemin », cela ne sonne pas terrible, et que « l’Eclaireur », cela sonne trop vague. Cette nouvelle approche précise mieux les contours du personnage tout en le faisant glisser vers l’abstraction, en engageant une réflexion découlant de ce statut d’« hermaphrodite moral » que lui prêtait Balzac : n’appartenant ni tout à fait au monde civilisé, ni tout à fait au « wilderness », Natty Bumppo sa fait le reflet de cette ambigüité dans laquelle se tenait Cooper vis-à-vis de la conquête de l’Amérique par l’homme blanc. Entamée discrètement dans Le lac Ontario, cette quête de réponse à un antagonisme insoluble, de la part d’un écrivain arrivé cette fois-ci dans sa pleine maturité littéraire, trouvera son plus bel achèvement dans Le tueur de daims qu’il écrira l’année suivante en 1841.


Comme je l’ai déjà laissé entendre, Le lac Ontario apparaît rétrospectivement comme un relatif échec littéraire lorsqu’on le met en regard des quatre autres romans de la série. Ses faiblesses ne sont ni inhérentes ni uniformes : c’est un roman qui est avant tout inégal, alternant des chapitres très réussis et d’autres qui nous font tomber le livre des mains, avec des transitions parfois extrêmement abruptes, ce qui interroge sur la manière dont il fut envisagé et composé. La première moitié du récit est assez symptomatique de cela : après une entrée en matière fracassante où durant sept chapitres, l’écrivain nous remplit d’enthousiasme par son indéniable sens de l’action et sa peinture inspirée d’un univers sauvage, sublime et dangereux, on se retrouve tout à coup et sans plus d’explications dans la quiétude ronronnante de retrouvailles familiales à l’abri d’un fort, où vont alors s’enchaîner d’interminables scènes de dialogues parfois totalement ineptes dans leur propos, comme par exemple cette vaine joute verbale opposant durant tout un chapitre une sorte de capitaine Haddock plein de fatuité à un impassible marin d’eau douce. Quoi ? Des marins ? Mais que viennent-ils faire là, dans les forêts à l’ouest de la Nouvelle-Angleterre ? C’est une des singularités de cette nouvelle aventure de Nathaniel Bumppo, dont on ne saurait dire si elle est opportune ; elle rappelle néanmoins que si la notoriété de l’écrivain tient pour l’essentiel au succès des Histoires de Bas-de-Cuir, James Fenimore Cooper fut plus encore un des initiateurs, avec Frederick Marryat, du roman d’aventures maritimes : lui-même avait servi comme aspirant dans la marine américaine durant trois années, à partir de 1808. Et la décennie des années 1840 sera surtout, pour l’écrivain, un retour à ce type particulier de fiction. D’ailleurs, lorsqu’il entame la rédaction du Lac Ontario, il vient tout juste d’achever une Histoire de la marine des Etats-Unis : on est donc moins surpris de trouver cette composante dans le roman qui nous occupe. Il n’y a pourtant pas d’embruns salés dans celui-ci, car il s’agit de naviguer sur un des grands lacs de la frontière canadienne. Mais vouloir transposer les péripéties de la mer sur une étendue d’eau douce a quelque chose d’un peu ridicule, ce dont l’écrivain a pleinement conscience dans sa préface ; or cela n’est peut-être pas si incongru qu’il n’y paraît de prime abord. En effet, pressentant le conflit avec l’Angleterre qui allait renaître en 1912, la marine américaine s’y prépara assez tôt en effectuant diverses manœuvres sur le lac Ontario, auxquelles Cooper participa lui-même en 1809 à bord de l’USS Oneida : c’est là que naîtra son inspiration future pour toute la partie aquatique du roman, l’écrivain ayant trouvé lors de cette expérience l’occasion de visiter cette région des Mille-Îles dans laquelle il situera une bonne partie de l’intrigue. A ce propos, méfiez-vous en revanche de la page wikipedia : non, Cooper n’a pas participé à la seconde de guerre d’indépendance en 1812 en tant qu’officier de marine ; il était à cette époque devenu un « gentleman farmer » qui avait démissionné pour de bon de la Navy le 6 mai 1811. Bref, on voit donc dans Le lac Ontario notre coureur des bois embarquer sur un navire durant toute la partie médiane du roman, ce qui constitue la première singularité de cette nouvelle aventure, la seconde étant qu’il y tombe amoureux : il fallait bien que ça lui arrive un jour, on ne vit pas que de chasse au cerf et de courses-poursuites avec les vilains Mingos… La fin du roman réitère les mêmes travers que le début : à de trépidantes scènes d’action sur l’île assiégée succèdent en guise de conclusion d’épouvantables bavardages visant à clore cette intrigue amoureuse, et l’on voit alors le brave Pathfinder s’effacer humblement, vu qu’il a l’âge d’être le père de la dulcinée, au profit de son pote marin d’eau douce qui se nomme… Jasper Western (!) ; lourde démonstration visant à nous expliquer que oui, sous ses dehors un peu rudes de coureur des bois, Natty Bumppo est bel et bien un chevalier courtois.



Tout cela est donc terriblement inégal ; par ailleurs, certaines scènes d’action sur la terre ferme, pour réussies qu’elles soient, ne se démarquent guère sur le fond de ce que Cooper avait déjà écrit dans Le dernier des Mohicans : il s’agit au début du roman de protéger une jeune femme qui s’en va rejoindre son père dans un fort, durant son parcours dangereux au sein d’une forêt infestée de Mingos. Peu de nouveautés non plus du côté de l’affreux de service, nommé ici Arrowhead, et qui ne se démarque guère de Magua dans ses manières de faire : cruauté et duplicité, tel est l’alphabet simpliste du méchant Indien, sans que ne lui soit donné davantage d’épaisseur ; dans ce type de rôle ingrat, le Rivenoak du Tueur de daims s’avèrera être un personnage bien plus intéressant l’année suivante. Au niveau de la chronologie diégétique, l’intrigue du Lac Ontorio se place à la suite du Dernier des Mohicans, sans pour autant qu’aucun lien narratif ne soit fait entre les deux romans ; la date exacte des péripéties semble d’ailleurs difficile à établir, mais les spécialistes en cooperologie s’accordent à dire qu’elle se situe dans les années qui suivent directement les événements historiques au cœur du Dernier des Mohicans (1757), toujours dans le cadre de la guerre Sept Ans (méchants Français !). Enfin, une troisième caractéristique notable du Lac Ontario est le couplage de l’intrigue amoureuse avec une histoire d’espionnage, la recherche de l’identité du traître étant une des préoccupations principales des personnages durant tout le roman. Il y a là quelque chose de prometteur en terme de qualité de l’intrigue, et l’on notera d’ailleurs que la première fiction de Cooper ayant remporté un certain succès s’intitulait L’espion (1821) ; malheureusement, le traitement du sujet s’avère on ne peut plus décevant : le traître n’est ni plus ni moins que le personnage qui nous est spontanément présenté comme antipathique, tandis que le faux coupable est habillé d’innocence de la tête aux pieds ; on aurait tout de même espéré un minimum de nuances, afin de ménager un peu de surprise au moment des révélations. Autre réserve : l’inévitable tempête qui vient à point nommé dans toute aventure maritime (enfin, euh, lacustre en l’occurrence) présente ici le double inconvénient de ne pas apporter grand-chose à l’intrigue, et d’autre part d’être décrite de manière à peu près aussi dantesque que le serait le passage du Cap Horn sous cyclone ; je ne suis pas spécialiste, me direz-vous, mais le fait que les eaux douces du lac Ontario puissent prendre les aspects d’une mer démontée de manière aussi cyclopéenne me laisse malgré tout quelques doutes. Petit détail rigolo, qui a sûrement dû enchanter Mark Twain, contempteur bien connu de Cooper : histoire de passer le temps durant cet épisode houleux au vrai sens du terme, Cooper nous affirme que la jeune et stoïque héroïne s’adonne dans sa cabine à quelques travaux de couture ; on espère qu’elle a réussi à passer le fil dans le trou de l’aiguille… Allons, arrêtons les sarcasmes et reconnaissons que Le lac Ontario présente également, à l’inverse, quelques fort beaux passages : James Fenimore Cooper y déploie son talent à décrire les paysages d’une manière plus sensationnelle que ce qu’il avait fait jusqu’alors dans les Histoires de Bas-de-Cuir, et qu’il perfectionnera encore davantage dans Le tueur de daims : c’est un atout qu’on ne saurait dénier à cet auteur, et Balzac – qui fut un grand admirateur de Cooper - soulignait d’ailleurs ce point fort chez l’écrivain américain, mais dont il regrettait par ailleurs qu’il ne porte pas autant de soin à ses portraits psychologiques. C’est néanmoins sur ce dernier aspect qu’un des chapitres du roman constitue une vraie réussite : l’amitié teintée de méfiance qui se noue entre deux femmes coincée dans les mêmes murs mais que par ailleurs tout sépare - l’héroïne Mabel d’un côté et l’Indienne Rosée-de-Juin de l’autre - est décrite avec beaucoup de tact et subtilité, particulièrement le portrait de la seconde qui se trouve tiraillée entre sa sympathie pour l’Européenne et la loyauté envers son peuple ; ce passage est indéniablement un des plus touchants de toute la série des Histoires de Bas-de-Cuir.



Allez, cinéma ! Le post de cette semaine est en vérité totalement surréaliste : en effet, tout ce que je viens de raconter va tomber complètement à plat étant donné que les deux œuvres filmées que je vais vous présenter maintenant ne font que prétendre adapter Le lac Ontario, tout en y renonçant presque entièrement dans les faits. Le cas le plus flagrant concerne The pathfinder, long-métrage américain tourné par Sidney Salkow dans les dix premiers jours d’avril 1952 et sorti à la fin de cette année-là par la Columbia. Pour bien comprendre à quoi on a affaire ici, le mieux est de mentionner d’entrée de jeu qu’il s’agit d’une production de Sam Katzman, et je vous renvoie pour cela au post que j’ai consacré il y a quelques semaines à Last of the redmen, dans lequel j’exposais les conceptions très, euh… disons culturellement décomplexées qu’avait Katzman et son patron Harry Cohn de leurs métiers respectifs au sein de l’industrie du divertissement. Bref, la notion de prestige ne pouvait acquérir de signification chez ce producteur qu’à la condition qu’elle fasse tinter le tiroir-caisse, mais surtout pas dans le sens des dépenses, comme vous l’avez sûrement compris. Et ce n’est qu’à cette seule logique que pouvait répondre l’affichage par Katzman de la mention « d’après James Fenimore Cooper » au générique d’un film : ça ne coûtait rien (Cooper était dans le domaine public depuis belle lurette), et ça ne pouvait qu’attirer le chaland ; pour le reste, il ne se sentait tenu à rien. C’est sans doute fort de la rentabilité cinq ans plus tôt de Last of the redmen, dont nous avions vu les liens assez détendus qu’il entretenait avec Cooper, que Katzman décida de renouveler l’opération en poussant cette fois-ci jusqu’à l’aporie cette logique commerciale : une fois le nom de l’écrivain mis sur l’affiche et le titre de son œuvre repris, il prend carrément le parti de tourner tout à fait autre chose ; de toute façon personne ou presque n’a lu Le lac Ontario, alors après tout, hein, on s’en fout… Et ça marche : dans les nombreuses critiques que j’ai égrenées de ce film, la plupart parlent d’une « adaptation de James Fenimore Cooper », quelques-unes mentionnent tout de même quelques « libertés prises par rapport à l’œuvre », mais je n’en ai lu aucune qui ne dise ce qu’il en est réellement, à savoir que The pathfinder n’a absolument RIEN à voir avec le roman qu’il est censé adapter. Et c’est tout de même navrant de voir ainsi tout le monde tomber dans le panneau. Puisque nous en sommes là, je vais me risquer à vouloir paraître plus malin que les autres en me payant le luxe de faire siffler les oreilles à quelques-unes de nos grandes figures cinéphiliques, invitées par les éditeurs de DVD à venir en bonus du film nous faire part de leurs commentaires, au cours desquels ils trouvent le moyen de commettre plusieurs bourdes en trois minutes à peine ; car dans le meilleur des cas ils auront vu le film (ce n’est même pas toujours le cas), mais guère plus. J’avais déjà fait cette remarque à propos de l’édition française de Don Q son of Zorro. Allons-y pour The pathfinder : j’aime bien François Guérif, à qui je n’irais sûrement pas en remontrer en matière de littérature policière ; pour ce qui est de Cooper, il n’était sans doute pas le plus indiqué pour venir nous en parler, bien que curieusement on le retrouve comme postfacier des récentes (et bonnes) rééditions de cet écrivain chez Gallmeister. Et donc, dans le bonus du DVD, si François Guérif rappelle bien le caractère annexe du Lac Ontario et du Tueur de daims par rapport aux trois autres volumes des Histoires de Bas-de-Cuir, on commence en revanche à froncer un peu les sourcils lorsqu’il nous dit que ces deux romans sont pour Cooper l’occasion de revenir sur la jeunesse du héros : cela est incontestable pour Le tueur de daims, mais sûrement pas pour Le lac Ontario, comme je l’ai expliqué plus haut. On commence alors à soupçonner que l’intervenant ait pris pour argent comptant les fumisteries de Sam Katzman et de son scénariste Robert E. Kent, lesquels situent chronologiquement leur intrigue inventée de toute pièce entre Le tueur de daims et Le dernier des Mohicans : on voit en effet au début du film Chingachgook nous présenter le petit Uncas, qui n’est alors qu’un garçonnet fruit des amours du dernier des Mohicans avec Wah-ta-Wah. Les soupçons se confirment lorsque François Guérif signale les libertés prises par le film par rapport au roman (c’est quand même peu de le dire) en prenant pour exemple… le seul qu’il ne fallait pas prendre : l’histoire d’amour entre Pathfinder et le personnage féminin. Certes, cette composante du scénario est platement traitée, à l’image des médiocres prétentions cinématographiques des productions Katzman ; mais comme nous l’avons vu plus haut, la présence dans le récit d’une romance impliquant Natty Bumppo fait justement partie des singularités les plus notables du Lac Ontario. De toute manière, comme je l’ai écrit plus haut, il est tout à fait vain de chercher à comparer le livre de Cooper avec ce film de série B qui n’entretient absolument aucun rapport avec l’œuvre originelle, si ce n’est le titre et le nom d’Arrowhead donné à l’Indien méchant ; mais le critique que l’on a invité a-t-il seulement lu le roman ? J’ai quelques doutes ; et d’ailleurs, ce n’est pas fini, car il se prend aussi les pieds dans le tapis dans un détail de l’histoire.



Plus anecdotique, François Guérif relève qu’au détour d’un des dialogues du film, apparaît le surnom de « Tue-Daim » ; il nous rappelle alors fort justement que c’est ainsi qu’est dénommé Nathaniel Bumppo dans le dernier roman que Cooper consacrera à son héros, et met au crédit du film ce subtil petit clin d’œil. Oui… et non : s’il n’y a aucun doute sur le clin d’œil en question, ce n’est pourtant pas Natty Bumppo qui est désigné ainsi dans ce dialogue ; d’ailleurs c’est dans la bouche du personnage lui-même qu’est prononcé ce surnom, et l’on ne saurait concevoir que Pathfinder puisse parler de lui à la troisième personne, cette convention étant réservé dans l’univers de la fiction à la caractérisation langagière des Indiens. En vérité, c’est son mousquet que désigne Natty Bumppo sous le nom de Tue-Daim dans ce dialogue ; en effet, dans son roman de 1841, James Fenimore Cooper entretient à certains endroits du récit une ambigüité quant à la destination de ce surnom, entre l’homme et son arme. Dans la traduction française de l’époque, cette ambigüité est d’ailleurs partiellement contournée en adoptant le nom de Deerslayer pour le personnage et celui de Tue-Daim pour cette arme d’exception dont il fait un usage expert, et dont il ne cesse de vanter les vertus qui la rendent unique, justifiant ainsi sa personnification. Il y a d’ailleurs là un effet littéraire tout à fait notable de la part de Cooper, qui renvoie à des traditions du Moyen-Age légendaire (Chanson de Roland, cycle arthurien, etc) dans lesquelles l’épée d’un guerrier de renom recevait sa propre identité ; cela fait partie des nombreux détails qui dénotent chez cet écrivain l’influence du roman de chevalerie dans son effort de créer son personnage emblématique d’homme de la frontière. Ce genre de caractérisation sera plus tard repris par Owen Wister lorsqu’il « inventera » le western en 1902, mais ça, c’est une autre histoire. Voilà pour François Guérif, et encore je ne vous parle pas des erreurs de date qu’il fait à plusieurs reprises ; quant à Patrick Brion, c’est un peu moins catastrophique, mais certaines de ses remarques sur The pathfinder sont quand même douteuses. J’ai naturellement, comme vous, une grande reconnaissance pour celui à qui je dois une partie de ma cinéphilie grâce au Cinéma de Minuit ; mais je dois aujourd’hui constater que ses interventions dans les bonus DVD de chez Sidonis sont rarement à la hauteur. Le plus souvent, n’ayant pas grand-chose à dire, il meuble en faisant la liste des westerns sortis la même année, ce qui n’est tout de même pas très éclairant pour le film qu’il présente ; et lorsqu’il consent enfin à donner de vraies informations, elles s’avèrent parfois erronées. Je le suis volontiers lorsqu’il relève que dans son film, Sidney Salkow a pris le soin de nous montrer les belligérants user de mousquets que l’on charge par le canon : cela peut paraître la moindre des choses dans un « eastern », mais cela n’est pourtant pas toujours respecté dans les adaptations de Cooper, comme vous pourrez le constater dans le bonus de ce post où un anachronisme grossier nous montre l’usage de fusils type 1860. Patrick Brion développe alors le sujet, ce qui est en soi une démarche intéressante ; dommage qu’il se mélange les pinceaux entre citant le fusil Springfield comme exemple d’une arme plus moderne se chargeant par la culasse, comme on voit dans les vrais westerns : il confond visiblement avec le fusil Spencer. Si ces deux armes se sont pourtant côtoyées durant la guerre de Sécession, la première était cependant encore une arme de type mousquet, c’est-à-dire se chargeant par la bouche du canon ; malgré cet archaïsme, le Springfield resta l’arme préférée des Unionistes, par la force de l’habitude mais aussi car les états-majors freinaient l’usage des Spencer par crainte d’un gaspillage des munitions. Au sujet du film The pathfinder, le réalisme des armes que loue notre cinéphile favori est pourtant très relatif : comme l’a relevé fort justement un commentateur sur imdb, on y voit des boulets de canons exploser lors de leur impact au sol ; or ce type de munition n’intervint pour la première fois qu’en Europe durant les guerres napoléoniennes, c’est-à-dire bien après la guerre de Sept Ans. Et pour la petite histoire, le boulet explosif fut inventé par Choderlos de Laclos, celui des Liaisons dangereuses, créatif à l’amour comme à la guerre. Pour en revenir à Patrick Brion et aux croupières que je lui taille très respectueusement, ses jugements d’ordre plus artistique sont parfois assez discutables, et cela en toute objectivité. D’accord pour louer les jolies couleurs de The pathfinder, qui constituent un des rares atouts du film ; mais il aurait été intéressant d’en profiter pour constater l’évolution depuis Last of the redmen, lequel n’avait bénéficié que des faibles performances chromatiques du Cinecolor. Sam Katzman a investi cette fois-ci dans le Technicolor dont le spectre plus étendu donne un réel attrait visuel à l’ensemble ; on notera par ailleurs que l'opérateur du film, Henry Freulich, avait travaillé sur The Iroquois trail que je vous ai déjà présenté dans cette rétrospective Cooper, et qui bénéficiait d’un noir et blanc contrasté, façon film noir, de belle qualité également. En revanche, j’ai écarquillé les yeux lorsque Patrick Brion en est venu à évoquer l’acteur principal de The pathfinder, George Montgomery… Qu’il n’apprécie pas Montgomery est une chose qui est parfaitement de son droit ; pour ma part, j’ai toujours eu une certaine sympathie pour ce comédien de série B qui s’acquitte toujours honnêtement de sa tâche. Par contre, la modalité par laquelle notre Pat préféré le met en perspective avec Randolph Scott est pour le moins étonnante : il trouve Montgomery univoque, ce qui est en effet le cas, mais cela laisse donc supposer que Randy serait de son côté un acteur au jeu plein de nuances troubles… Tiens donc. Exception faite de Ride the high country, on ne peut vraiment pas dire que les personnages joués par Scott durant sa prolifique carrière dans le western aient été marqués par l’ambivalence de leur tempérament ! Evidemment que moi aussi je préfère Randy à Montgomery, parce que je lui trouve davantage de présence dans son monolithisme, et une mâchoire plus carrée, mais certainement pas parce qu’il sait montrer des arrière-plans psychologiques. Et puis, bon, parler d’un film comme The pathfinder sans dire un mot de Katzman, c’est quand même passer à côté du sujet…



Oui, mais à part faire le jaloux mesquin qui dit du mal de quelques célébrités critiques, qu’est-ce que j’ai à raconter sur The pathfinder ? Le film réunit un petit aréopage propre à l’univers de la série B aventurière de l’époque : Sam Katzman, George Montgomery, Sidney Salkow, Robert E. Kent, Henry Freulich appréciaient visiblement de travailler les uns avec les autres, et l’on pourrait ajouter William Castle et Jon Hall à cette joyeuse bande qui faisait de l’abattage dans le studio le plus fauché de la Columbia. Un mot sur Robert E. Kent, qui travailla durant sept ans comme scénariste pour Katzman avant de passer producteur sous l’égide d’Edward Small ; c’est donc à lui que l’on doit cette non-adaptation du Lac Ontario, et l’on ne peut pas dire que l’histoire qu’il nous propose à la place soit plus enthousiasmante que celle imaginée par Cooper. L’idée principale de son scénario est de faire de Natty Bumppo un agent des Britanniques infiltré dans le camp français au début de la guerre de la Conquête, dans les prémisses de la guerre de Sept Ans : après tout, pourquoi pas, me direz-vous. Mais cet argument est expédié avec une incroyable légèreté par Robert E. Kent : voilà donc Pathfinder qui arrive chez les « froggies », leur déclare sans plus de façons qu’il n’est autre que le célèbre éclaireur en chef des Anglais et qu’il vient de trahir son camp pour se mettre à leur service. Croyez-vous que les officiers français nourrissent alors une quelconque suspicion à son encontre, même passagère ? Pas du tout : on se réjouit, on lui donne une tape amicale sur l’épaule et on l’invite le soir-même au bal de l’état-major… Mieux : le lendemain, il est invité à aller se servir comme bon lui semble dans l’armurerie ; le voilà qui en ressort avec deux barils de poudre sur l’épaule, avec lesquels il s’en va tranquillement manigancer un peu plus loin avec Chingachgook. On est quand même stupéfait par une telle décontraction scénaristique ; avec des militaires français aussi avisés, on se demande pourquoi la guerre de Sept Ans n’a pas été pliée en sept jours… Cette nonchalance est typique des productions de Sam Katzman, pour lequel un titre évocateur suffisait à déclencher un film ; pour autant, il faut reconnaître que celui-ci est un peu moins mauvais que Last of the redmen, dont je vous ai parlé il y a quelques semaines : couleurs de meilleur qualité, Robert Montgomery plutôt que Jon Hall, on constate donc ici ou là quelques légers progrès. En revanche, côté féminin, il n’y a pas grande évolution : la jolie pépée de service (Helena Carter) n’est là que pour tomber en pâmoison devant le héros, rester coiffée et maquillée en toute circonstance, même après deux jours de poursuite dans le wilderness. Mettons tout de même au crédit de Robert E. Kent une bonne idée de scénario lorsqu’il introduit au milieu du récit une sorte de double inversé de Nathaniel Bumppo, un éclaireur au service des Français, mauvais comme une teigne, qui a épousé une Indienne (ça c’est pas bien !) qu’il maltraite d’ailleurs éhontément. Mentionnons également la bonne prestation de Rodd Redwing qui joue un Chingachgook pas très Mohican mais tout de même convaincant ; pour la petite histoire, Redwing était surtout réputé à Hollywood comme maître d’arme : c’est lui qui apprenait aux grandes stars des westerns de classe A à dégainer plus vite que leur ombre. Et voilà pour cette vraie fausse adaptation de Cooper ; à ce propos, on peut remarquer que ce film de Sidney Salkow constitue la première tentative de créer une aventure entièrement nouvelle basée sur les personnages de Natty Bumppo et Chingachgook, et qui ne doive rien aux cinq histoires déjà fournies par l’écrivain : ce type d’initiative sera ensuite repris par la télévision sous la forme de séries, en 1957 (Hawkeye and the last of the Mohicans, que vous ai déjà présentée) et plus récemment en 1994 (Hawkeye, série canadienne). Il n’y a d’ailleurs rien de scandaleux à une telle démarche apocryphe, bien au contraire, car elle témoigne du fait que l’écrivain n’a pas seulement imaginé des péripéties, mais créé un véritable univers. Dès lors, on ne comprend pas pourquoi Katzman n’a pas tout simplement intitulé son film « Une nouvelle aventure d’Œil-de-Faucon », ou disons plutôt qu’on ne le comprend que trop bien : il s’agissait de tromper le gogo avec une référence alléchante. Notons d’ailleurs que James Fenimore Cooper ne fut pas le premier écrivain du patrimoine littéraire américain dont la notoriété fut abusivement exploitée par les stratégies promotionnelles des studios d’Hollywood : on peut évoquer par exemple les soi-disant adaptations d’Edgar Allan Poe produites par la Universal dans les années 30, dont les résultats à l’écran étaient d’ailleurs plutôt bons en fin de compte, quoique sans le moindre rapport avec les œuvres de l’écrivain.



Tout ça vaut bien un bonus : je ne vous présente plus la série La légende de Bas-de-Cuir, une coproduction européenne dont je vous ai déjà proposé les deux premiers épisodes. Voici donc le troisième, qui a toujours les mêmes caractéristiques formelles mais qui prend cette fois-ci le parti de s’éloigner très nettement de Cooper. Décidément, personne ne veut adapter Le lac Ontario… Toutefois, la démarche de Walter Ulbrich diffère sur ce point de celle de Katzman pour au moins deux raisons. La première est que le producteur allemand ne cherche pas à nous faire passer des vessies pour des lanternes en gardant le titre du roman de Cooper : ce nouveau volet s’appelle donc Aventure en Ontario dans la version française, mais je lui préfère pour ma part le joli titre allemand qui pourrait se traduire par « Le fort sur la rivière aux castors ». La seconde est que Ulbrich n’abandonne pas tout à fait Cooper : le scénario de cet épisode est en effet bricolé à partir d’éléments issus du Lac Ontario et du roman suivant, Les pionniers, par lequel Cooper avait en fait initié sa série. Pour être plus précis, Aventure en Ontario débute par une scène qui dans l’œuvre écrite ouvre Les pionniers, et débouche après une transition approximative sur l’histoire principale dans laquelle Œil-de-Faucon et Chingachgook accompagnent le périple d’un convoi assailli par des Indiens hostiles. Quelques éléments sont alors repris du Lac Ontario, notamment l’histoire d’amour sans lendemain de Natty Bumppo ainsi que les soupçons de trahison concernant Jasper ; on peut ajouter à cela le retranchement final des personnages dans une petite forteresse, qui évoque vaguement la dernière partie du roman de James Fenimore Cooper. Hormis ces rapports plus distendus avec l’œuvre écrite, tout ce que j’ai raconté dans les posts précédents sur cette série reste valable ; on notera toutefois des scènes d’action plus nombreuses cette fois-ci, réalisées de manière plus convaincante, et à l’inverse des scènes dialoguées de moins bonne qualité : le changement de réalisateur qu’il m’a semblé détecter au générique (de Pierre Gaspard-Huit, on passe à Jean Dréville) explique peut-être ces différences. Le résultat est toujours aussi plaisant, pour peu que l’on veuille en accepter la fantaisie, à l’instar des nombreux anachronismes que s’autorise la série : armes à chargement par la culasse, chariots bâchés de 1840, etc ; quant aux Indiens Sioux, qui peuplaient autrefois le Dakota, on se demande bien ce qu’ils viennent faire en Ontario.

LA LÉGENDE DE BAS-DE-CUIR (1969)

Je n’ai eu aucun travail à faire sur les films eux-mêmes pour ce post, étant donné que The pathfinder a bénéficié d’une édition dvd avec une fort belle copie, et les sous-titres français qui vont avec ; quant à l’épisode Aventure en Ontario, il s’agit d’une version française d’une qualité acceptable. Je n’ai même pas eu téléverser quoi que ce soit, me contentant d’aller chiper des liens qui existaient ailleurs : après tout, puisqu’ils existent, autant s’en servir. Et c’est donc la fin de la première partie de cette série de posts consacrés aux Histoires de Bas-de-Cuir ; la semaine prochaine, je vous proposerai quelque chose qui n’a absolument rien à voir avec les Mohicans, ni avec mes propositions habituelles d’ailleurs. Que les inconditionnels de Nathaniel Bumppo et Chingachgook ne se lamentent pas pour autant : ils retrouveront leurs deux héros des frontières sur Warning Zone en janvier ou février 2025. Pour cette seconde partie, je reviendrai sur les trois premiers volumes de la série, avec quelques adaptations supplémentaires, et je terminerai par deux posts consacrés aux derniers romans de la série, Les pionniers et La prairie. D’ici là, pour celles et ceux qui souhaiteraient lire Le lac Ontario, les remarques à ce sujet sont les mêmes que pour Le tueur de daims : les éditions Gallmeister s’étant contentées, en 2017, de ne rééditer que les trois récits canoniques de la série (mais en les faisant bénéficier d’une nouvelle traduction, ce qui est un tout à fait louable), ces deux derniers romans ne sont plus disponibles que chez un mauvais éditeur dont je préfère taire le nom, mais que les plus acharnés d’entre vous sauront bien trouver par eux-mêmes.


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18 commentaires:

  1. merci beaucoup pour cette version jeff

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  2. Salut Unheimlich ! "Fidelitas Mercrediumare te salutam" ça ne veut rien dire mais ça fait toujours son petit effet .
    Merci beaucoup pour cette suite des aventures de Bas de cuir .
    J'ai pas trop le temps de lire ta présentation aujourd'hui , elle a l'air conséquente de plus , nomdidiou ! mais je me rattraperai dans les jours à venir , promis , juré , craché , rattrapé , ravalé et recraché .
    Merci pour le film "Pathfinder" et surtout pour la suite de la série qui , ça m'est sorti de l'esprit , doit être en 4 épisodes si je n'm'abuse Docteur Mabuse .
    A bientôt et bonne journée ...

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    1. Salut Marcel
      5 épisodes... Mais la suite, ça sera début 2025.

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    2. Ah bon ? La série réalisée par Jean Dréville, Pierre Gaspard-Huit et Sergiu Nicolaescu est en 5 épisodes ?

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    3. Oui. Mais le découpage ne correspond pas forcément à celui de Cooper. L' épisode 3 de la série correspond aux romans 3 et 4 (voir les explications dans mon baratin ci-dessus), et les épisodes 4 et 5 sont consacrés au dernier roman.

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  3. Merci beaucoup Unheimlich pour ces très beaux partages !

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  4. merci a toi pour tout ces westerns et vieux films de guerre

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  5. Merci Unheimlich pour la présentation et le partage de ces 2 découvertes

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  6. Encore un très bon partage westernien de qualité et une présentation Topissime !! Merci beaucoup

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  7. Excellente présentation comme toujours..un plaisir de la lire..et grand merci pour toutes les propositions de ces raretés

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  8. bonjour dommage j ai pas les sous titres ??

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    1. Bonjour
      Si, ils y sont, il vous faut les activer avec VLC avec l'onglet "sous-titres". Sinon, vous pouvez en trouver sur opensubtitles.

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  9. Merci beaucoup pour cette découverte, les sous titres sont difficile à lire mais je vous remercie encore pour le travail fourni
    John49

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    1. J'ai oublié, merci beaucoup aussi pour la fiche très bien détaillée.

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