(VOSTFR)
Réalisation : Lambert Hillyer
Casting : William S. Hart, Frank Brownlee, Myrtle Stedman
Durée : 69 min
Année : 1921
Pays : USA
Genre : Drame
Histoire : Robert Evans perd son fils, Danny, en raison de conditions de travail dangereuses. Son employeur, Henry Chapple, refuse de régler le problème. Evans decide se venger...
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Si au sein d’une filmographie plutôt uniforme, Hart aura donné quelques œuvres marquées par une certaine étrangeté (« The captive god », et dans une moindre mesure « The darkening trail »), c’est plutôt le qualificatif d’inattendu qu’il conviendrait d’accoler à « The whistle », un film tourné au début de l’année 1921 juste après « O’Malley of the mounted » et un peu avant « Three word Brand ». Réalisé par la même équipe stable employée par Hart pour ses productions sous l’égide d’Artcraft/Paramount (Lambert Hillyer, Joe August, etc), « The whistle » détonne en premier lieu par le fait qu’il ne s’agit pas d’un western. Il est vrai qu’en y regardant de plus près, ce pas de côté n’est pas totalement inédit dans la carrière de celui qui fut le premier cowboy star du grand écran : non seulement certains films dans lesquels il avait joué auparavant ne présentaient guère plus que quelques scènes ou éléments de scénario se rattachant au western (« Between men », « The darkening trail », « John Petticoats »), ou bien relevaient de genres simplement connexes (« The captive god », film d’aventures), mais on peut relever au moins deux œuvres, « The poppy girl’s husband » (1919) et « The cradle of courage » (1920), dont la thématique n’entretenait déjà aucun lien direct ou indirect avec le western. Or à l’instar de ces deux-là, « The whistle » est un film urbain, ne serait-ce que par son sujet : le monde ouvrier ; mais plus encore que de voir William S. Hart remiser ses colts et ses éperons pour endosser le premier rôle dans un drame social, ce qui étonne le plus est de constater que cet acteur-cinéaste qui aura imprimé sa marque puritaine sur à peu près toute son œuvre signe cette fois-ci un film aux finalités résolument progressistes. Comme quoi on n’est jamais à l’abri d’une surprise, d’une exception ou d’un démenti passager : au fond c’est peut-être cela, la signature d’un grand artiste.
Car méfions-nous des apparences : pour William S. Hart, cette initiative de s’extraire momentanément du western dans lequel il s’était engagé corps et âme, afin de donner une performance dans un drame social contemporain, fait parfaitement sens dès lors qu’on se penche sur le parcours artistique de l’acteur. Contrairement à des personnalités comme Tom Mix ou Hoot Gibson, tous deux venus de l’univers des Wild West Shows, et qui seront de ce fait toujours perçues comme des « performers », Hart sera quant à lui davantage estimé en tant que véritable « actor » : formé à l’art dramatique sur les planches où il interprétait Shakespeare avant d’y créer son personnage de l’Ouest mythique des années 1870-1880, il est bien compréhensible qu’il ait manifesté par la suite l’envie de prouver ses talents de composition. Comme le note Koszarski dans son ouvrage de référence, il semble qu’on puisse dater à l’année 1920 cette volonté chez Hart d’affirmer ainsi ses aptitudes en matière de jeu d’acteur : il rédigea alors un scénario sur la vie de Patrick Henry, personnalité influente de l’indépendance américaine et dont il partageait sans doute la méfiance à l’encontre du fédéralisme, se proposant de l’interpréter au cinéma ; mais Jesse Lasky refusa le projet du film, et Hart adaptera finalement son scénario sous la forme d’un roman en 1923. « The whistle » peut donc être vu de la part de Hart comme un pis-aller pour cette tentative avortée de donner une certaine ampleur à son talent de comédien ; et l’on ne peut que reconnaître, lorsqu’on regarde le film qu’au moins de ce point de vue là, il aura largement gagné son pari. Son personnage moralement écorché, en proie à des velléités contradictoires oscillant entre violence et attendrissement, pousse le comédien dans des retranchements difficiles que seul Lon Chaney commençait au même moment à explorer. Il en résulte pour les deux acteurs un registre commun d’expressions, et surtout la faculté de les faire intervenir de manière quasi-simultanée dans un seul et même plan ; on relèvera par ailleurs cette scène particulièrement équivoque dans laquelle le personnage de Hart, après avoir sauvé de la noyade le fils de celui qui a brisé sa vie, semble hésiter entre une satisfaction morbide devant l’agonie de l’enfant, et un sentiment de pitié sincère pour celui-ci : nous sommes bien là dans ces zones très troubles, aux limites du sordide, qui commençaient à être la marque de fabrique de Lon Chaney. Mais après avoir été le héros d’une bonne soixantaine de westerns, il était difficile pour Hart de prétendre à un véritable renouveau artistique en tant qu’interprète ; ainsi, malgré un accueil critique plutôt favorable, « The whistle » fut boudé par le public à sa sortie, et William S. Hart reviendra en fin de compte pour ses derniers films à la formule éprouvée du western.
La thématique de ce film, à savoir une critique ouverte contre le capitalisme dans ses formes les plus dérégulées, est très inattendue de la part de Hart, qui aura donc certainement fait le choix d’un tel sujet en tant que producteur. Les intertitres qui font figure d’avant-propos à l’histoire ne laissent guère de doute quant au caractère contestataire que pouvait receler une telle œuvre : en affirmant en préambule qu’il n’a pas la volonté d’aborder « l’éternelle question du capital et du travail » d’un point de vue idéologique, le film prouve paradoxalement qu’il contient justement cette dimension politique, alors que la firme de Lasky paraît vouloir par ces intertitres préventifs vouloir éviter tout risque commercial lié à un propos trop aventureux. Or il semble qu’elle n’y soit parvenue qu’en partie, certains ouvrages rapportant des faits sinon d’interdiction, tout au moins de charcutage de l’œuvre dans certains états, notamment en Pennsylvanie : c’est en tout cas la preuve que « The whistle » penche bel et bien vers une sensibilité socialiste, un qualificatif qui relève clairement de la subversion au pays d’Henry Ford. De son côté, Hart ne semble pas avoir été une personnalité particulièrement politisée ; néanmoins, certains aspects de sa filmographie nous font deviner chez lui des tendances à un conservatisme étroit, d’où la surprise que constitue une œuvre comme « The whistle ». Et ce constat me semble susciter deux remarques : tout d’abord que William S. Hart a sans doute été dans son rapport éthique au monde une personnalité plus complexe qu’on ne pourrait le penser de prime abord ; deuxièmement, que ce type de contradiction se retrouvera régulièrement dans le cinéma américain : par exemple, qui aurait cru qu’un jour King Vidor, fils d’un industriel texan, réaliserait dans les années 30 « Our daily bread », un film aux accents quasi-soviétiques ? Rien n’est jamais simple. Quant à la pertinence historique de « The whistle » dans sa dénonciation des travers du capitalisme, elle semble difficile à évaluer. Les thématiques abordées sont plus précisément, et par ordre d’importance, le traitement et l’indemnisation des accidents du travail, le recours aux enfants comme main-d’œuvre et enfin, dans la scène du pontier, le problème des amplitudes horaires. Certains auteurs soulignent le côté daté de ce film, lequel ne se montrait plus tout à fait d’actualité en ce début des années 1920, considérant que « l’ère progressiste » dont le mandat de Teddy Roosevelt fut le noyau central était bel et bien révolue ; de fait, on remarque qu’un intertitre au début du film en situe l’action en 1914, date à laquelle les réformes économiques et politiques de cette ère progressiste étaient encore en cours. Mais la réalité s’avère plus complexe, puisque cette période coïncide avec des courants inverses qui sont ceux de « l’ère Lochner », durant laquelle la Cour suprême s’opposait presque systématiquement aux lois de réglementation du travail, ce qui permit à beaucoup de mauvaises pratiques de perdurer. On note cependant à cela deux exceptions, qui sont précisément en rapport avec ce qui est montré dans « The whistle » : un arrêt de 1917 mettant en place un fonds d’indemnisation forfaitaire des accidents du travail, et ce que l’on voit à l’œuvre à ce sujet dans le film de Lambert Hillyer appartenait donc effectivement au passé ; et la même année, la Cour suprême avait accepté dans un autre arrêt la limitation de la journée de travail à 10 heures. En revanche, la question du travail des enfants fut quant à elle un des échecs les plus regrettables de l’ère progressiste, la Cour s’étant opposée en 1918 à son bannissement ; il faudra attendre la fin des années 1920 pour que la présence dans les usines d’enfants de moins de 15 ans devienne exceptionnelle : sur ce point essentiel, « The whistle » était donc malheureusement toujours d’actualité en 1921. Il me semble dès lors que taxer le film de « mélodrame de protestation du XIXe siècle », comme l’écrit Koszarski, est un propos qui n’est certes pas dénué de fondements quant à la forme mais qu’il conviendrait tout de même de nuancer sur le fond.
J’ai souligné précédemment les aspects surprenants que revêt « The whistle » au regard du reste de la filmographie de Hart ; il faut sans doute relever aussi tout ce que l’œuvre montre, au contraire, de constance dans l’approche cinématographique de son acteur et producteur. Il est certain que nom de William S. Hart reste indéfectiblement lié, dans l’imaginaire des cinéphiles, à un genre précis qu’est le western, dont il reste un des inventeurs ; or voir le mélodrame comme fil conducteur de son œuvre s’avère tout autant pertinent, si ce n’est davantage. Je n’ai vu tout au plus qu’un quart des films de Hart ; or si presque tous étaient des westerns, la totalité étaient des mélodrames. Et soit dit en passant, si l’acteur ne cessa de mêler l’un et l’autre, cette association ne fut pas du goût de tout son public : c’est peut-être au fond cela qu’exprima Keaton dans « The frozen North », plutôt qu’un règlement de comptes suite à l’affaire Arbuckle. « The whistle » n’échappe pas à la règle : aussi sûr qu’il ne s’agit pas d’un western, il s’agit d’un mélodrame ; un mélo sans composante sexuelle, certes, mais un mélo certain, à base d’amour pour son enfant perdu – une sous-catégorie à laquelle appartenait également un film de Wise que j’avais proposé il y a quelques temps. Mieux encore : un des ressorts favoris de Hart est le dilemme moral, sur lequel s’articulent la plupart des histoires qu’il interprète à l’écran ; or c’est bel et bien un dilemme de ce type que l’on voit une nouvelle fois à l’œuvre dans « The whistle », lorsque son personnage se retrouve tiraillé entre son désir de vengeance et sa compassion pour une mère à la vie brisée. L’événement qui, au début du film, est à la source de toute la dramaturgie, est la mort de l’enfant dans un accident d’usine ; il est traité par Hillyer d’une manière assez crue qui ne cherche pas à ménager le spectateur, à tel point que la critique de l’époque s’en émouvait, estimant que « il n'était pas nécessaire de s'attarder aussi longtemps sur le corps mutilé du garçon mourant ». A l’inverse, le dénouement cherche à apaiser toute crispation possible, surtout d’un point de vue politique : le patron d’usine trop indifférent à la condition ouvrière fera sagement son mea culpa, et tout rentrera dans l’ordre sans qu’une loi fédérale ou un corps intermédiaire n’ait eu à intervenir.
Bref, un film à tendance socialiste, oui, mais pas trop quand même : faudrait pas non plus que la Paramount ait distribué un brûlot collectiviste… Enfin, un autre aspect de « The whistle » tend à nous rappeler que nous sommes bien dans un univers qui est propre à Hart, car même si le film n’entretient aucun lien thématique avec le western, il semble si difficile pour l’acteur de délaisser son tropisme vers l’Ouest que son personnage ressemble davantage à une transposition dans le monde industriel du cowboy qu’il interprète habituellement plutôt que d’un véritable ouvrier, tout au moins dans sa représentation socialisante. Avec son goût pour la solitude, son choix de la vengeance personnelle plutôt que de la justice institutionnelle, cet individualiste taciturne que l’on voit dans « The whistle » réagit davantage comme s’il vivait dans les grands espaces aux temps de la Frontière, où la loi et l’ordre n’étaient encore que des notions précaires, plutôt que dans le tissu urbain d’un monde moderne. Dans la scène finale qui nous montre ce curieux prolétaire s’éloigner seul vers une nouvelle destinée, il ne lui manque en vérité qu’un cheval, des colts et le soleil qui se couche à l’horizon pour que l’on soit une nouvelle fois replongé dans un de ces westerns que Hart affectionnait tant. Et puis, comme il ne fallait sans doute pas que l’acteur ne déroute trop son public, le scénario a pris le soin de réserver de manière inattendue une scène d’action comme il les affectionnait : voilà donc Hart qui, au milieu du film, est reparti à se bagarrer avec Bob Kortman, le même avec qui il s’était déjà copieusement rossé lors de cette scène mémorable de « The narrow trail » sur laquelle je vous avais écrit quelques lignes. Eh oui, que voulez-vous, après avoir tourné plusieurs dizaines de westerns pendant six ou sept ans, on ne se refait pas aussi facilement. Chassez le naturel…
WAYNE AND SHUSTER TAKE AN AFFECTIONATE LOOK AT...
THE WESTERNS (1965)
Extrait VO (3 min 35)
Il y a bien un bonus à ce post, mais aussi riquiqui que la semaine dernière : issue d’une série documentaire de 1965, cette courte séquence consacrée à William S. Hart nous fait un petit rappel biographique sur la star puis nous montre quelques images de « Square deal Sanderson », un western de 1919 réalisé avec l’équipe habituelle de l’époque Artcraft. Comme c’est tout de même un peu insignifiant, je n’ai pas pris la peine de sous-titrer ce bonus. En revanche, et comme à l’habitude, les cartons de « The whistle » ont été traduits par mes soins d’après l’anglais ; et je ne suis pas sûr que mes efforts en français soient suffisants pour retranscrire avec la pompe qu’il faudrait le style passablement ampoulé qui caractérise la prose intertitrée des films de Hart, mais c’est sans doute mieux comme ça… Quant à la qualité vidéo, elle n’est pas terrible, et malheureusement cela n’est pas une surprise ; peut-être qu’un jour je pourrai proposer à Jany une « MAJ HD 1080p », mais si mais si on y croit…









Merci UH !
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