(VOSTFR)
Réalisation : John G. Blystone
Casting : Tom Mix, Alan Hale, Kathleen Myers
Durée : 69 min
Année : 1925
Pays : USA
Genre : Aventure
Histoire : En compagnie de son fidèle Tom King, Dick Turpin s'est fait une solide réputation de brigand. Il épouse, sous un nom d'emprunt, une charmante jeune fille, Joyce, et se range. Il reprend la route pour dénoncer au roi la trahison de son ennemi de toujours, Lord Willoughby, ce qui lui vaudra bien des désagréments...
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En 1924, le succès de Tom Mix bat son plein auprès des amateurs de western, un genre dont il est la star incontestée ; à la Fox, on se frotte les mains, ses films se montrant particulièrement rentables pour la compagnie. Toutefois, et sans doute parce qu’ils visent un public précis – plutôt jeune et masculin – les westerns de Mix ne sont pas considérés comme des œuvres de prestige, et de nombreuses salles rechignent à les projeter dès la première semaine de sortie, les traitant plutôt comme des compléments de programmes. La Fox lança alors une tentative d’ouvrir Tom Mix à un public plus large en le faisant concourir sur le terrain favori de Douglas Fairbanks : le film d’aventures costumées, ou film de cape et d’épée. L’initiative avait sa pertinence, les deux acteurs ayant en commun leur goût pour la performance physique ; cependant comme on le verra, chaque genre ayant ses spécialités, Tom Mix ne pouvait prétendre rivaliser sérieusement avec la star bondissante de la United Artists. Notons par ailleurs que la Fox avait déjà tenté, plus timidement, de faire sortir Mix de ses sentiers battus avec des films comme « Tom Mix in Arabia » (1922) ou « Ladies to board » (1924) ; mais le point de départ était malgré tout, dans les deux cas, ce classique personnage de cowboy qu’affectionnait la star. Il s’agissait donc cette fois d’opérer un dépaysement plus franc, quitte à marcher sur les platebandes de Dougie ; et on se lança dans l’aventure : dotée d’un budget conséquent de 400 000 $, la production entra dans sa phase active de tournage durant 4 ou 5 semaines vers les mois d’octobre et novembre 1924, et « Dick Turpin » sortit sur les écrans en février de l’année suivante. Après que Jack Conway ait été pressenti, c’est John G. Blystone – qui avait déjà travaillé pour Mix à 4 reprises – qui signe la réalisation du film, scénarisé par (entre autres) Charles Kenyon ; à la photographie on retrouve Dan Clark, fidèle opérateur des films de Tom Mix. Tout le monde est donc au rendez-vous, mais que voulez-vous, le public de l’époque n’aimait pas beaucoup les changements de têtes et de décors, et il était difficile commercialement pour un acteur de s’écarter du créneau qu’il avait investi jusqu’ici : nous avions d’ailleurs vu cela la semaine dernière à propos de Hart. Ainsi, malgré le fait que le résultat soit un divertissement de fort bon aloi qui ne démérite en rien face aux autre films tournés par Mix pour la Fox, « Dick Turpin » ne rencontra pas le succès escompté. La compagnie ne perdit pas d’argent dans cette affaire, mais elle fut loin d’engranger les bénéfices espérés : le public bouda quelque peu le film, s’en tenant à l’équation simple « Tom Mix = western », et refusant que l’on perturbe ainsi un ordre bien établi.
Comme je l’avais souligné dans des posts consacrés à Fairbanks, les histoires de bandits de grands chemins appartiennent à une tradition plus européenne qu’américaine ; en effet, la mythologie du Far West fournissait déjà à l’imaginaire national des Etats-Unis une ample collection de détrousseurs montés sur des chevaux, et dont l’industrie cinématographique avait rapidement fait un genre à part, notamment grâce à William S. Hart. Mais de Robin des Bois jusqu’au Mouron Rouge, la vieille Angleterre possédait de son côté une solide tradition historique et fictionnelle de voleurs de grands chemins perçus de manière positive (en France, nous avons Cartouche ou Mandrin), la légende soulignant volontiers leur panache tout en atténuant leurs crimes. Sur le modèle du premier d’entre eux, le légendaire Robin des Bois, fut forgée la figure récurrente du bandit redistributeur qui intéressera particulièrement la littérature populaire puis le cinéma, l’altruisme de ce défenseur des pauvres renforçant sa sympathie auprès du public. Dick Turpin incarne parfaitement ce cheminement : au départ simple voleur en bande organisée ayant sévi dans l’Essex, la fiction s’en est emparé dès le lendemain de son exécution à York en 1739 pour en faire progressivement une légende, son parcours criminel se transformant alors en véritable épopée. Dans cette optique, la publication en 1834 de « Rookwood » par le romancier anglais W.H. Ainsworth a constitué une étape importante dans cette destinée fictionnelle de Turpin, laquelle se poursuivit jusqu’au début des années 80 où la série britannique « Dick le rebelle » en fit une sorte de héros anarchiste – qu’il n’était certainement pas, on l’aura compris. Le cinéma s’en était emparé dès 1906, puis 1912 ; en 1922 Turpin fut le sujet d’un premier long-métrage, et le film avec Tom Mix suivit en 1925, puis Dick Turpin sera interprété par Kenneth McLaglen (1929), Victor McLaglen (1933), Louis Hayward (1951), David Weston (1964) et enfin Sid James (1974). Cette version produite par la Fox s’appuie principalement sur le roman picaresque d’Ainsworth, tout comme l’avait fait la version anglaise de 1922 ; en particulier, c’est sous la plume d’Ainsworth que fut créé l’épisode le plus célèbre des aventures de l’aimable bandit, et que connaissaient tous les écoliers britannique d’antan : une invraisemblable course de 300 km à cheval entre York et Londres, effectuée par Dick Turpin sur sa jument Black Bess qui en meurt d’épuisement à quelques miles de l’arrivée. Une folle course équestre, un cheval héroïsé : on comprend pourquoi les producteurs de la Fox ont pensé que le rôle pouvait convenir à Tom Mix… Dans le film de 1922, les motivations de l’épisode en question étaient les mêmes : il s’agissait pour Turpin d’aller sauver une jolie demoiselle d’un mariage arrangé ; et cette fois-ci, la dulcinée finira dans les bras du héros. Car évidemment, dans l’industrie du divertissement, tout doit être bien qui finisse bien, et le fougueux Dick Turpin pourra s’échapper du gibet sans dommages ; dans la réalité, il fut pendu en place publique sans qu’aucun salut n’intervienne. Dans le même ordre d’idées, les circonstances troubles de la mort de son complice Tom King sont ici édulcorées : bien qu’il y ait encore des doutes à ce sujet, les historiens semblent en effet attribuer cette mort à Turpin lui-même. A propos de Tom King, il est interprété ici par Alan Hale, qui se fera un nom à l’époque du cinéma parlant dans ce genre de film à costumes : ainsi le verra-t-on à plusieurs reprises aux côtés d’Errol Flynn. Autre remarque : en dehors de ses activités de hors-la-loi, le personnage de King est ici présenté comme un manager de boxe, ce qui est assez inattendu ; il est possible que les scénaristes aient ainsi fait un amalgame volontaire avec un autre Tom King, célèbre boxeur anglais qui officia sur les rings un siècle plus tard. Cette curieuse distorsion est en tout cas le prétexte à une amusante scène d’action dans laquelle Tom Mix s’essaye avec succès au noble art.
Ce « Dick Turpin » de 1925 est un produit de bonne facture, qui n’atteint jamais des sommets mais sait maintenir l’attention par un rythme alerte et constant, des décors soignés et une interprétation homogène ; le budget permet en outre une figuration assez imposante sur certaines scènes, ce qui renforce le côté spectaculaire. La mise en scène de Blystone est très fonctionnelle, sans attrait particulier, se reposant sur le scénario et l’enchaînement des péripéties. Celles-ci sont mouvementées, comme on s’en doute ; mais l’univers de la cascade a ses exigences et ses spécialités, et il est sans doute impossible de se montrer généraliste en la matière ; aussi le film fait-il la part belle à tout ce qui concerne l’équitation, histoire de valoriser les points forts de sa star formée dans les Wild West Shows. Bien évidemment, Tom Mix excelle en ce domaine, et le seul regret de ses admirateurs est que son célèbre cheval Tony n’ait pas pu être de la partie, question de couleur de robe. Le rôle de Black Bess est donc assuré par un autre comparse à quatre pattes, qui garde tous les attributs du « wonder horse » cher au western façon Mix ; ainsi voit-on ce dernier glisser à l’oreille de sa monture « Suis-nous en restant discret », et le cheval de s’exécuter aussitôt avec malice et habileté : nous voilà rassurés, l’aimable bête ne se contente pas de manger de l’avoine mais comprend aussi la langue de Shakespeare… Oui, bon, tout ça c’est bien beau, il n’empêche que nous ne sommes pas censés être dans un western ; or le problème est qu’en matière d’action, le film de cape et d’épée exige qu’on y exécute quelques prouesses d’une autre nature, dans lesquelles Fairbanks avait d’ores et déjà placé la barre très haut. Et dès qu’il faut sauter depuis le balcon, courir sur les toits ou grimper à la façade, Tom Mix le fait certes de bon cœur, mais sans cette incroyable aisance dont fait preuve Dougie pour ce genre d’exercice. De même, le film semble vouloir limiter au maximum les combats à l’épée - je crois même n’en avoir vu qu’un seul - et de fait, nous sommes là dans un domaine qui est encore plus étranger à Mix que les bonds en l’air, et notre valeureux cowboy semble aussi peu à l’aise dans le maniement de la rapière que pourrait l’être Fairbanks s’il s’agissait d’attraper un bouvillon au lasso. Mais enfin, tout cela est mené avec suffisamment d’entrain et de conviction pour que l’on adhère à ce « Dick Turpin » sauce Mix sans trop faire de façons. Remarquons qu’il est difficile pour le moment de savoir si la version qui circule sur le net – et que je vous propose ici – est à peu près complète, la longueur du film variant entre 5 et 7 bobines selon les sources ; au doigt mouillé, je dirais que celle-ci en fait six… Il semble qu’à une certaine époque Scorcese ait financé la restauration du film, mais sans que le commun des mortels puisse en profiter pour l’instant, et c’est une chose assez courante pour ces trésors du cinéma muets a priori sans ayant-droits : si quelqu’un a une explication, moi j’ai renoncé à comprendre. Signalons pour finir qu’en 1932, la Fox produisit une version parlante du film, destinée au public d’Amérique Latine, et donc tournée en espagnol ; dans ce film intitulé « El cabellero de la noche », le ténor mexicain José Mojica tient le rôle de Turpin. Ce type de production hollywoodienne en langue étrangère est typique du début des années 30, lorsque l’industrie du septième art expérimentait diverses manières de surmonter les contraintes induites par le cinéma parlant pour l’exportation des films américains hors des frontières nationales.
Aujourd’hui, c’est la fête aux bonus ! Et puisqu’on s’intéresse dans ce post à ce que Tom Mix a fait en dehors des westerns, voici deux courts-métrages du temps de son contrat à la Selig, dans lesquels non seulement il n’incarne pas un cowboy, mais où il n’a même pas le premier rôle. Car comme tous les grands, Mix a dû commencer petit, et donc à faire un peu de figuration dans ces courts films d’aventures à une seule bobine que produisait la compagnie de William Selig au tout début des années 1910, avec le plus souvent Otis Turner à la réalisation et la pétulante Kathlyn Williams en premier rôle. On notera que cette dernière incarnait un type d’héroïne résolument moderne : dans ces tumultueuses histoires de brousse ou de pirates, son personnage ne montrait pas seulement du charme mais aussi beaucoup de cran, prenant une part très active à l’action quand elle ne la menait pas elle-même. Ce tempérament qui refuse la passivité semble avoir été celui de l’actrice elle-même, qui fut également scénariste et réalisatrice, mais dont les œuvres qu’elle a elle-même signées semblent aujourd’hui malheureusement perdues. Bref, voilà un type de personnage de cinéma tout à fait en adéquation avec nos années 2020, maintenant que la révolution woke a imposé aux héros de blockbusters d’être des femmes qui roulent des mécaniques – mais surtout pas des mâles blancs, beurk. Bon, là nous ne sommes encore qu’en 1911, notre héroïne badass ne conduit pas encore un 38-tonnes dans le désert australien post-apocalyptique en dézinguant des barbares à moto, mais la surprenante Williams n’hésite cependant pas dans « Captain Kate » à tenir tête bravement à de dangereux fauves de la brousse africaine, carabine en main et révolver à la ceinture. C’est très rafraichissant, et la courageuse demoiselle en impose drôlement : face à elle, même Tom Mix se tient penaud, tout grimé de noir pour figurer un serviteur indigène, et qui finira sous forme de squelette - c’est assez rigolo. Quant à cette vague de films d’aventures à base d’animaux sauvages produits entre 1911 et 1914 par la Selig, il s’explique par la mise à profit par la compagnie de la célèbre ménagerie qu’elle commença à créer à cette époque suite au rachat du cirque Breitkreutz, et qu’elle installa dans les environs de Los Angeles. Grâce à ce zoo, les compagnies de productions cinématographiques qui s’implantaient dans le Hollywood naissant purent se fournir en bêtes sauvages, que William Selig leur louait ; un de ses résidents les plus fameux fut Leo, le fameux lion qui servit plus tard de mascotte à la MGM. « Captain Kate » est un des tout premiers volets de cette série à base d’animaux exotiques, et donc l’intrépide Kathlyn Williams, dont on admirait le sang-froid qu’elle savait garder en présence de grosses bébêtes, fut une « strong woman » qui précéda le grand Tarzan lui-même (Burroughs ne l’inventera que l’année suivante en 1912) pour régner sur l’impitoyable jungle. « Captain Kate » fut tourné au moment précis où William Selig déménagea sa ménagerie de la Floride, où se trouvait le Big Otto Breitkreutz’s Circus, jusqu’à Santa Monica ; aussi n’ai-je pas réussi à déterminer avec certitude si ce film fut tourné Jacksonville en Floride, ou bien dans les environs de Los Angeles.
Réalisé juste avant « Captain Kate » au mois de juin 1911, « The rose of old St. Augustine » relève quant à lui du film de pirates, et c’est un des pionniers du genre : par exemple, la première adaptation de « L’île au trésor » de Stevenson date de 1908, et le premier « Barbe-Bleue » de 1911. Le pirate qui sert ici d’inspiration est Jean Lafitte, aussi célèbre aux Etats-Unis qu’en France dont il est originaire puisqu’en 1812, il décida de se ranger aux côtés des Américains dans la guerre qui les opposa au Royaume-Uni ; nous sommes donc dans une piraterie de type caribéenne. La ville de St. Augustine à laquelle se réfère le titre se situe en effet en Floride, non loin de Jacksonville où se trouvait justement l’équipe de la Selig à ce moment-là, comme je l’expliquais dans le paragraphe précédent ; l’occasion semble donc avoir fait le larron. De la vie tumultueuse de Lafitte, « The rose of old St. Augustine » ne s’intéresse pas aux événements les plus marquants pour les Américains comme la bataille de la Nouvelle-Orléans, mais aux relations compliquées qu’entretenait le flibustier avec les Espagnols, redevenus possesseurs de la Floride en 1783. La réussite du film tient essentiellement dans la mise à profit des décors naturels : les dunes de sable de l'île Anastasia, les piliers de pierre aux portes de la ville, les remparts et les donjons du Fort Marion ; bon nombre d’habitants du coin furent également engagés par la production pour former la figuration. Si Kathlyn Williams tire son épingle du jeu, certains autres comédiens ont recours à une gesticulation assez archaïque, comme cela était déjà noté par les critiques de l’époque. Quant à Tom Mix, comme dans le court-métrage précédent, c’est dans un second rôle avec fond de teint qu’on le retrouve ici, pour jouer cette fois un séminole au service des personnages principaux. Concernant la mise en scène, la critique moderne semble prompte à dire un peu de mal d’Otis Turner, auquel elle reproche son statisme et l’uniformité de ses échelles de cadrage, se contentant des seuls plans généraux. Je ne partage pas complètement cet avis, tout au moins pour « The rose of old St. Augustine » dans lequel Turner nous gratifie d’un plan très intéressant en clair-obscur vers le milieu du film, ainsi que lors des scènes navales qui viennent clore l’histoire, d’un lent et discret mouvement d’appareil qui vient cadrer au mieux les différentes diagonales du champ que viennent investir les figurants : rien de révolutionnaire, mais tout cela n’est déjà pas si mal. En revanche, on baissera plus volontiers le pouce lorsque dans leur fuite, c’est simplement en se couchant par terre sous son nez que les deux amants fuyards prétendent échapper au regard d’une sentinelle… Le film reste cependant tout à fait regardable, et la critique de l’époque s’enthousiasma pour ce qu’elle considérait comme « un des films historiques les plus satisfaisants jamais réalisé dans ce pays ». Pour une raison très mystérieuse, la personne qui a mis en ligne cette version de « The rose of old St. Augustine » retrouvée dans les collections de l’Eye Film Museum a eu le mauvais goût d’en ôter les intertitres, qu’on ne voit apparaître que dans des fractions de secondes. Ne maîtrisant pas le montage vidéo, je n’ai pas pu rétablir cet intertitrage pour le traduire, donc mieux vaut vous renseigner sur le script avant de regarder le film si vous voulez y comprendre quelque chose.
Toutes les bonnes choses ayant une fin, ce post était le dernier de cette rétrospective que j’ai consacrée à Tom Mix ; si j’ai pu faire découvrir et apprécier cet acteur ne serait-ce qu’à un(e) ou deux d’entre vous, alors j’en suis très satisfait. Pour autant, cet adieu n’est peut-être qu’un au revoir : non seulement d’autres films avec Tom Mix, rescapés du temps et en particulier de l’incendie des collections de la Fox en 1937, survivent encore ici ou là dans des archives publiques ou des collections privées, mais des copies numérisées de certains d’entre eux circulent, en dehors de ceux que je vous ai proposés depuis plus d’un an : ainsi « The big diamond robbery » (1929) a été édité en DVD/Blu-ray l’an dernier, et j’ai cru comprendre que certains internautes seraient en possession d’un fichier de « The last trail » (1927) ; pour la période Selig, plusieurs courts-métrages comme « The auction sale of run-down ranch », « Cactus Jim’s shop girl », « The man hunt » ou « The taming of Grouchy Bill » existent dans des éditions DVD un peu confidentielles. Je compte bien un jour ou l’autre parvenir à mettre la main sur un ou plusieurs de ces films ; bien entendu si vous êtes en possession d’une copie numérique de l’un d’eux et que vous voulez bien m’en faire profiter par l’intermédiaire de Warning Zone, c’est avec beaucoup de plaisir que je la découvrirais, la sous-titrerais et vous la ferais partager avec un post dûment commenté. Bref, peut-être que Warning Zone n’en a pas tout à fait fini avec Tom Mix, lequel pourrait ressurgir un jour ou l’autre, avec cheval et grand chapeau, parmi les pages quotidiennes élaborées par Jany. Mais pour clore momentanément cet hommage au célèbre cowboy casse-cou, je souhaitais vous proposer deux derniers compléments : tout d’abord un dernier bonus dans lequel j’ai regroupé dans un zip diverses petites bandes d’archives consacrées à Mix, dont la plupart proviennent du tout début des années 30 durant les deux années passées par l’acteur au sein du Sells Floto Circus, juste avant que la Universal ne lui propose de faire du cinéma parlant. Enfin, en guise d’ultime note finale, j’ai pensé qu’il serait opportun de vous faire partager quelques réflexions sur la plus célèbre photographie relative à Tom Mix, la « Beale’s Cut stunt », car elle résume merveilleusement bien ce que fut tout à la fois la filmographie et la vie de l’acteur : un sensationnalisme décomplexé, qui se situe sur une exacte ligne de crête dans laquelle légende et réalité, fanfaronnade et authentique bravoure se fondent sans que l’une et l’autre ne soient plus discernables ; il s’agit même, d’une certaine manière, de la définition du western… « Print the legend », nous a dit John Ford dans « The man who shot Liberty Valance », et c’est précisément ce qui est en jeu ici. Voici donc la photo en question :
Et ce n’est pas par hasard que je cite Ford, car c’est d’un des trois films qu’il tourna avec Tom Mix en vedette que cette incroyable photographie est tirée : le métrage s’intitule « Three jumps ahead », et date de 1923 ; et pour être plus précis, ce que vous voyez-là est plus vraisemblablement une photo promotionnelle qu’un photogramme issu du film lui-même. Or si le mystère entourant cette image fascine autant les cinéphiles adeptes de la naphtaline, c’est parce que le fait que « Three jumps ahead » soit considéré comme définitivement perdu empêche de disposer d’une pièce à conviction permettant de répondre à cette question essentielle : Tom Mix et son cheval Tony ont-ils réellement eu l’audace de sauter par-dessus Beale’s Cut, à Santa Clarita en Californie ? Rien n’est simple dans cette affaire, mais on peut répondre avec certitude à quelques questions. 1) Oui, le film contient bien une scène qui montre cela, tous les journaux de l’époque en attestent. Plus précisément, dans la dernière bobine, Mix est à la poursuite d’une diligence qui passe par-dessus l’endroit à l’aide d’un pont ; afin de couper la route à son poursuivant, le méchant qui conduit la diligence détruit le pont, mais il en faut davantage pour arrêter Tom Mix… 2) Non, la photographie promotionnelle n’est pas authentique, il s’agit bien évidemment d’un montage : le cavalier et sa monture ont des proportions moitié moindres que ce qu’elles devraient être en réalité ; on voit bien qu’ils n’ont pas effectué un saut d’une hauteur suffisante pour leur permettre d’atterrir de l’autre côté, et même un enfant de six ans conçoit qu’il y a un trucage là-dessous. Ces deux questions en induisent une troisième : les images du film montraient-elles alors une véritable cascade, ou bien une séquence en animation dont cette photographie serait issue ? De 100 % de certitudes, nous passons là à 90 % : il est hautement probable que la prouesse ait été effectivement réalisée. Divers arguments convaincants ont été donnés pour corroborer cela ; je vous donne le mien : le recours à une séquence en animation n’aurait trompé personne, même à une époque où le public était peut-être plus crédule (et encore…) mais où les techniques d’animation étaient encore rudimentaires, et certainement pas assez réalistes pour avoir leurré tout le monde. Il est vrai toutefois que dans un film serial de 1932 (« The devil horse »), c’est à l’aide d’une animation très convaincante qu’on voit un cavalier franchir Beale’s Cut, et un autre tomber dans le gouffre… Mais aucun des articles de 1923 qui relatent cette cascade – et il y en a un certain nombre – n’émet de doute quant à la véracité des images du film, et cela constitue un argument fort. Tout cela nous mène à la question suivante : Tom Mix était-il un type assez dingue pour aller faire un truc pareil, sachant que la faille de Beale’s Cut fait environ 6 mètres de large ? Après avoir vu une bonne vingtaine de films avec Mix et avoir lu un nombre conséquent de choses à son sujet afin de pouvoir rédiger les articles de cette rétrospective, je vous donne une réponse qui n’engage que moi : oui ! Et nous voilà donc maintenant face à la vraie question, et pour laquelle malheureusement (ou plutôt heureusement) il n’y a aucune certitude : Tom Mix a-t-il véritablement sauté par-dessus Beale’s Cut ? La réponse qu’il a donnée lui-même est tout à fait à son image : non seulement il prétendit que oui, bien entendu, mais il précisa qu’il avait exécuté la cascade 5 fois, afin que Ford puisse disposer de disposer de différentes prises ! Ben voyons… Rappelons que pour des acteurs de cette époque comme Mix ou Hart, il était impensable d’avouer que l’on avait recours, ne serait-ce qu’occasionnellement, à des doubleurs cascadeurs lors des tournages ; cela aurait été inconcevable pour le public, qui ne le leur aurait pas pardonné : autres temps, autres mœurs…
Quand c’est compliqué, il convient de demander aux experts. Deux types de spécialistes peuvent être ici convoqués : les historiens du cinéma, bien sûr, mais aussi ceux qui s’occupent de cascades ou de chevaux. Commençons par les seconds, auxquels il a été demandé de se prononcer sur la faisabilité d’un tel exploit : ils ont répondu que oui, c’était sûrement possible, mais tout en précisant que d’une part cela était très risqué, et que d’autre part il est à prévoir que le cheval ne s’en sorte pas indemne, quand bien même il parviendrait de l’autre côté du gouffre. Or ces deux bémols ne constituaient pas du tout un obstacle dans les années 20, à une époque où la notion de bien-être animal était totalement étrangère aux plateaux de tournage, et où la santé des cascadeurs comptait à peine plus. Il est fort peu probable que William Fox ait pris le risque que Tom Mix, la star qui était en train de le rendre millionnaire, aille se casser le cou dans une cascade aussi téméraire ; notons cependant que des biographes comme Richard Jensen continuent d’affirmer que c’est bel et bien Mix qui a sauté par-dessus Beale’s Cut. Cela nous emmène donc aux spéculations des autres historiens du cinéma quant à l’identité du cascadeur ayant réalisé cet exploit. Même si le nom d’Andy Jaurejui est évoqué par certains, ce sont principalement deux écoles qui s’affrontent : l’une, menée par Robert Birchard, attribue la prouesse à Earl Simpson, un cascadeur du Nevada ; l’autre, menée par C. Jack Lewis, affirme qu’il s’agit de Richard Talmadge, qui travaillait notamment pour Douglas Fairbanks, et qui refusa à la veille de sa mort de révéler si oui ou non, il avait doublé Tom Mix dans « Three jumps ahead ». Une rumeur a aussi circulé, prétendant qu’un cascadeur serait mort lors d’une prise de cette cascade… Bref, on ne saura jamais la vérité, et c’est tout aussi bien : voir pour cela le propos de « Liberty Valance » ; à propos de John Ford, d’ailleurs, on peut noter qu’il appréciait particulièrement l’endroit : hormis « Three jumps ahead », il l’utilise également dans au moins trois autres films qu’il a réalisés, dont le célèbre « Stagecoach ». Allez, comme j’adore les mystères, je ne résiste pas à vous en mettre deux dernières couches : il semblerait que si le film de 1923 a disparu, il n’en serait pas de même des bandes-annonces ou documents vidéos divers, dans lesquels des images la séquence en question sont reprises. Or selon Jerry Schneider, au moins un de ces documents semble avoir survécu : il appartenait Birchard, qui ne l’a pas fait numériser, et on ignore ce qui en a été fait après la mort de son possesseur… Il n’est donc pas impossible qu’un de ces jours, nous ayons de nouveaux éléments sur la célèbre « Beale’s Cut stunt » ; autant vous dire que si cette petite vidéo réapparaissait et venait à être disponible, je suis bien capable de faire un post rien que pour ça ! Autre mystère, je suis très étonné que dans tout ce que j’ai pu lire au sujet de cette cascade, personne n’ait évoqué le fait que la topographie des lieux qu’on voit sur la photographie ne correspond pas tout à fait à Beale’s Cut, et je trouve cela assez troublant : plus précisément, je trouve que l’échancrure très orthogonale de la faille sur cette image n’est pas du même type que celle des photographies qu’on voit d’ordinaire prises à cet endroit, dont j’ai demandé à Jany de vous mettre également un exemple. Enfin, si je peux me permettre d’ajouter une petite touche personnelle, j’éprouve une réelle fascination pour cette incroyable image : à cause de son aura mystérieuse, sa légende, parce qu’elle est le symbole d’un cinéma qui ne se donnait aucune limite, pour le meilleur et pour le pire, et parce qu’elle illustre en un clin d’œil toute l’essence de la carrière d’un cowboy incomparable dans la générosité qu’il a montré vis-à-vis de son public, donnant de sa personne au sens le plus direct du terme (on dit qu’il a eu 80 blessures), pour le bonheur de tous les gamins des quartiers populaires de l’époque, et d’une poignée cinéphiles nostalgiques d’aujourd’hui : TOM MIX !!!
CAPTAIN KATE (1911)
Court-metrage 14 min VOSTFR
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THE ROSE OF OLD ST. AUGUSTINE (1911)
Court-metrage 15 min
Les films proposés dans ce post le sont dans des qualités d’image assez médiocres : franchement mauvaise pour « Dick Turpin », c’est bien dommage, et un peu mieux pour les deux courts-métrages, issus des collections hollandaises. Le sous-titrage du long-métrage, ainsi que celui de « Captain Kate », ont été réalisés par l’auteur de ces paragraphes, par traduction des intertitres anglais pour « Dick Turpin », néerlandais pour « Captain Kate ». Pas de sous-titrages pour « The rose of old St. Augustine ».
Un partage et une traduction de















Magnifique travail et une grande générosité de ta part que ces différents partages. Merci
RépondreSupprimerMerci beaucoup UH
RépondreSupprimerUne belle salve de raretés...Merci pour le fantastique travail et le partage
RépondreSupprimerMerci beaucoup pour ces perles.
RépondreSupprimerMerci énormément Unheimlich pour cette traduction et tous ses beaux partages !
RépondreSupprimerMerci beaucoup pour ce partage ô combien précieux.
RépondreSupprimeril y a une ressemblance troublante entre le plan de Mix sautant la falaise et celui dans le film The Sky Pilot de King Vidor en 1921.
RépondreSupprimerVoir la dernière image de cet article sur mon site : https://classicinema.com/the-sky-pilot-king-vidor/
Et sur ton site, chacun peut venir faire sa promotion ?
Supprimer??? Promotion ??? Un lien vers un article sur un film muet quasiment oublié ??? Et puis je n'ai rien à vendre... Je ne comprends pas trop cette agressivité. Je pensais juste que ça pouvait être intéressant. Je me suis visiblement trompé.
SupprimerEn tous cas, merci et bravo pour ces rétrospectives Mix et Hart, très pointues et passionnantes. Je me contenterai à présent de lire et dire merci.
Il est exact que tu n'as rien à vendre. Et ma réponse n'était pas agressive, plutôt ironique. Parce qu'entre la fabrication de sous-titres, la recherche de documentation, la rédaction des présentations, tout cela fait beaucoup de travail ; je ne demande surtout pas qu'on aille me cirer les pompes, mais commencer par un simple petit merci, ça ne prend que 5 secondes et ça me motive pour continuer.
SupprimerPassons aux choses plus intéressantes... Beaucoup de westerns ont utilisé le site de Beale's Cut, jusqu'à son alteration en 1994 par un éboulement consécutif à un tremblement de terre. On trouve une liste exhaustive de ces films sur cet excellent site :
https://www.elsmerecanyon.com/bealescutmovies/bealescutmovies.htm
Et bien sûr, "The sky pilot" en fait partie. D'ailleurs je n'ai toujours pas vu ce film de Vidor, mais la lecture sur ton site de la page que tu lui a consacré m'a donné envie de combler cette petite lacune, d'autant plus qu'on le trouve maintenant dans d'excellentes copies.
ah, je préfère cette réponse ! Merci pour le lien vers le site, et si mon article t'a donné envie de voir le Vidor, j'en suis ravi. Tu as accès à une excellente copie de The Sky Pilot ?
SupprimerVérification faite, pour l'excellente copie, j'ai confondu avec un western muet qui est sorti récemment en blu-ray.
SupprimerConcernant Sky Pilot, celle que j'ai en stock fait 680x480 pour 700M, donc pas de quoi s'enthousiasmer plus que ça. Mais je vais le regarder quand même un de ces jours, de toute façon j'ai l'habitude des copies pourries...
arrff, j'ai appuyé sur "publier"...
SupprimerJe fais des recherches depuis plusieurs années sur le réalisateur Lynn Reynolds, et c'est la première fois qu'un de ses films bénéficie d'une restauration. Au passage, merci pour la copie de The Texan, que j'avais eu par le biais du Danish Film Institute mais dans une qualité moins bonne.
oui, la copie du Vidor qui traîne sur le net n'est pas incroyable, mais ça reste regardable (le film a pourtant été restauré il n'y a pas longtemps, mais aucune édition vidéo à ce jour...)
RépondreSupprimerIl y a un Tom Mix/Lynn Reynolds qui est sorti en Blu-ray aux USA, Sky High, restauré récemment, c'est peut-être celui-là auquel tu pensais, si jamais tu as possibilité de mettre la main dessus, je serais vraiment vraiment vraiment intéressé car je fa
C'est avec The daughter of dawn que j'ai confondu... Bien sûr, je suis moi aussi à la recherche de la copie blu-ray de Sky high, d'autant plus que je crois que l'édition est accompagnée de The big diamond robbery.
SupprimerIl y a beaucoup plus de films muets qui ont été restaurés qu'on ne le croit, mais pour des raisons que je ne m'explique pas, ces restaurations ne sont pas proposées au public par le biais d'éditions dvd/blu-ray, et c'est assez frustrant ; je parle d'ailleurs de cela dans mon post de demain. Une exception notable : le Eye Film Museum aux Pays-Bas, qui met certains de ses trésors à disposition sur youtube ; il y a un logo sur l'image, mais bon, c'est mieux que rien.
Oui, le EYE, ils sont très bien pour ça ! j'y suis d'ailleurs allé il y a peu.
SupprimerPour les restaurations/éditions, c'est clair que c'est frustrant, surtout pour les amateurs de westerns, un genre un peu méprisé par l'intelligentsia. Je reste aussi en veille par rapport à Sky High.
Un très grand merci pour ces commentaires très instructifs car forcément très complets... qui donnent envie d'aller plus loin
RépondreSupprimer...sauf que les liens ne sont plus valides...
RépondreSupprimerL'histoire de la piraterie est mon intérêt spécifique (comme on dit aujourd'hui). Par un lien imaginaire (que moi seule verra, probablement), l'histoire des bandits de grand chemin me passionne aussi. J'aime aussi énormément les films muets (qui ont la texture du rêve) même si ça n'a rien à voir, mais ne connaissais absolument pas Tom Mix. Tout ceci explique mon intérêt à lire ce texte. Et ce texte, je l'ai dévoré. Il est passionnant ! Il est bien écrit, très pointu, foisonnant d'informations, et il m'aura intéressée jusqu'au mot final. J'ai beaucoup appris sur un sujet qui m'était largement inconnu, et c'est précieux.
RépondreSupprimerMerci infiniment pour ce texte et ces découvertes ! Merci aussi, bien sûr, pour le partage de ce film, la création des sous-titres, et tout le travail qu'il a fallu, j'imagine bien. Je vais m'empresser de découvrir ce Dick Turpin. (Et les films de Tom Mix, même si le western me passionne un peu moins.) J'avais vraiment envie de laisser ce petit message pour vous dire tout ça, en guise de remerciements.
(Oui, la photo du cheval et de son cavalier sautant par-dessus le ravin est incroyable et effectivement fascinante.)