(VOSTFR)
Réalisation : Tom Mix
Casting : Tom Mix, Goldie Colwell, Louella Maxam
Durée : 42 min
Année : 1915
Pays : USA
Genre : Western
Histoire : Un cow-boy reçoit un message indiquant que le mari de sa sœur l'a quittée et qu'elle a des ennuis. Arrivé sur place, il la trouve morte. Il part à la recherche du mari.
MP4 WEBRIP 457 Mo VOSTFR perso
« Bis repetita placent », écrivait Horace ; autrement dit tant que cela plaît, à quoi bon s’arrêter ? C’est ce que semblent s’être dit William Selig et Tom Mix, le premier en tant que producteur, le second en tant qu’acteur et désormais réalisateur de petits westerns d’une bobine, aussi archétypaux que stéréotypés. A peu près tout ce que j’ai raconté lors du dernier post de cette rétrospective – il était consacré à « The law and the outlaw » - peut être transposable ici : même style archaïque de mise en scène, même représentation univoque du héros de l’Ouest, et même ressortie durant les années 20, cette fois-ci par Aywon Films, sous la forme de plusieurs courts-métrages concaténés en un long-métrage. L’aspect très rudimentaire de la forme, l’absence complète et assumée de toute ambition sur le fond nous font comprendre pourquoi en matière de western, c’est au partenariat entre Hart et Ince que revint le succès durant les années 1910, et non à celui entre Mix et Selig. Mais alors que l’engouement pour William S. Hart fut foudroyant mais sans lendemain, c’est plutôt une course de fond qu’a menée Tom Mix, lequel finira par gagner beaucoup plus d’argent que son aîné formé au théâtre. Avec Mix, l’Ouest n’allait devenir qu’un grand terrain de jeu dans lequel un héros d’une totale insouciance peut passer d’un exploit à l’autre avec autant d’aisance que l’on passe du salon à la cuisine. C’est bien cela que résume « The man from Texas », et il le fait avec une naïveté si désinvolte (comment se nomme ce héros du Texas ? eh bien il se nomme Texas, tiens, pardi !) qu’elle finit par désarmer la critique : c’est nul, oui, assurément, mais si gentiment nul qu’on n’en veut vraiment pas à Tom Mix. Et même lorsqu’il tente comme ici de mettre en scène des péripéties un peu plus dramatiques qu’à l’habitude, il ne parvient pas à évincer son naturel enfantin, et les deux derniers plans qui viennent clore le film sont symptomatiques de cela : après qu’on nous a montré le héros mortellement blessé d’une balle, c’est sans la moindre transition qu’on le voit quelques secondes plus tard chevauchant joyeusement aux côtés de la jolie fille qu’il a sauvée... Parce que rien n’est jamais grave avec Tom Mix, ni jamais sérieux. Jamais vraiment.
A l’origine, nous avons donc un film d’une seule bobine intitulé « The man from Texas », tourné en février 1915 par Tom Mix lui-même, l’acteur disposant désormais de sa propre petite unité de production. Après quelques mois passés à Glendale en Californie, son équipe retourne travailler dans le ranch que William Selig avait fait bâtir à Prescott en Arizona, et dans lequel il avait tourné précédemment sous la direction de William Duncan (voir le post d’il y a trois semaines) ; on reconnaît d’ailleurs à un moment la colline que l’on voyait dans « The stagecoach driver and the girl ». En 1920 (ou 1922 ? cela n’est pas clair), après le délitement de la Selig Polyscope, Aywon rachète plusieurs de ces courts-métrages interchangeables – parmi lesquels « The man from Texas » - et ressort le film en 4 bobines en lui accolant des morceaux de trois autres courts-métrages : « The Ranger’s romance », « The sheriff’s reward » et « Forked Trails », réalisés le mois précédent (janvier 1915) pour le dernier, et en novembre 1914 pour les deux autres ; certaines parties de cette version long-métrage ont donc vraisemblablement été tournées à Glendale. Il en résulte une absence complète d’unité dans le scénario, et jamais la sensation de collage bout à bout n’aura été aussi évidente : notre héros fait ainsi preuve de son indéfectible courage dans trois aventures successives et indépendantes, mettant en échec chacun à leur tour trois méchants différents, lesquels n’auront donc même pas eu l’astuce de se concerter avant d’aller exercer leurs méfaits. Plus problématique encore est le caractère très approximatif des rafistolages de scénario, qui s’effectuent autant par remontage des plans que par réécriture et adjonction de nouveaux intertitres : je défie ainsi quiconque de comprendre quelque chose à l’intrigue médiane dans laquelle il est question d’un vol de diligence... Vu d’aujourd’hui, on se demande pourquoi ces compagnies comme Exclusive Features ou Aywon Films, qui rachetaient le catalogue de la Selig en voie de banqueroute, n’ont pas pris le parti de ressortir ces courts-métrages en les présentant tout simplement sous forme de programmes, plutôt qu’en procédant à de tels tripatouillages. C’est sans doute que le public, qui avait longtemps dû se contenter de films de une à deux bobines, était maintenant friand de long-métrages, très prisés à partir de 1915 ; d’autre part cela pouvait maintenir une certaine ambigüité sur le fait qu’il s’agissait de nouveaux films, même si cela n’était bien sûr pas le cas : l’astuce peut paraître grossière, mais la normativité des pratiques artistiques et commerciales du cinéma américain n’étant pas encore totalement achevée à cette époque, on pouvait encore se permettre beaucoup de choses. Pour autant, cette juxtaposition de péripéties de différentes provenances en un seul métrage n’est pas tout à fait un non-sens, tant le travail de Tom Mix pour la Selig avait un caractère sériel qui non seulement rendait techniquement possible l’opération (mêmes acteurs principaux, même type de décor), mais tend à définir un personnage – celui interprété par Mix, bien sûr – qui n’incarne plus aucune individualité pour ne devenir qu’un pur archétype : le héros de western, ce fameux « cowboy » au sens le plus vague du terme, dont le modèle chevaleresque avait été esquissé par Owen Wister en 1905 dans « The Virginian ». Dès lors, il n’y a plus de problème à ce que le personnage ne soit ancré dans aucune réalité sociale mais nous soit présenté, comme c’est le cas dans le film qui nous occupe ici, en train d’occuper successivement les emplois de bouvier (« cowboy » au sens strict), puis conducteur de diligence (enfin peut-être, c’est la partie à laquelle on ne comprend rien) et enfin shérif (c’est-à-dire représentant de la loi localement élu). Bref, peu importe son réel métier, ce cow-boy de grand écran n’est rien d’autre que le bras armé d’une éthique en action (la « justice », dans son acception vague) et à qui il importe de faire mouche à chaque coup de pistolet sans jamais avoir dégainé le premier : c’est exactement ce qui clôt l’action du court-métrage qui fait office ici de première bobine, et qui donne son titre à l’ensemble. On remarquera que le côté allégorique de ce héros est encore souligné par le fait qu’il n’est dénommé que par un surnom générique et allusif, « Texas », dans une étrange assimilation du personnage à un lieu géographique évocateur de toute cette mythologie moderne.
Le style de mise en scène très rudimentaire de ces courts-métrages de Tom Mix des années 1914-1915 fait également partie des caractéristiques leur permettant d’être plus tard aisément concaténés. Et il est assez étonnant de constater que la réalisation de ces petits films de facture assez grossière soit contemporaine d’œuvres novatrices comme « The birth of a nation » de Griffith, ou comme certains films de Ince et Barker (« The Italian », « The coward ») que je vous ai déjà présentés ici : sans prendre acte une seule seconde des évolutions formelles en cours dans la langue des images animées, Tom Mix persiste à se contenter de poser sa caméra pour tourner uniquement des plans d’ensemble ou de demi-ensemble, chacun de ces plans ayant valeur de séquence afin d’éviter d’avoir à se creuser la tête en matière de montage. Les acteurs ne sont plus dès lors que des silhouettes en mouvement, ce qui les rend d’autant plus interchangeables ; ainsi peut-on dire qu’à cette époque, Tom Mix n’est encore qu’un homme sans visage, et en ce qui concerne son travail derrière la caméra, il en est resté grosso modo à ce que faisaient les pionniers comme Edwin S. Porter durant la décennie précédente. Un tel manque d’ambition est assez stupéfiant ; il faudra attendre le milieu de l’année suivante (1916) pour que les réalisations de Mix commencent à intégrer progressivement des éléments formels plus modernes, et encore de faon assez timide. De ce point de vue-là, les films de W.S. Hart avaient une longueur d’avance considérable ; il est vrai que ce dernier, contrairement à Mix, était entouré pour cela d’une équipe à forte valeur ajoutée. Les intrigues de Tom Mix, quant à elles, procèdent du simplisme le plus absolu, leur but n’étant que d’illustrer la bravoure en action du héros de western dont j’ai dessiné précédemment le contour archétypal. Pour autant, ce simplisme enfantin doit aussi être jugé à l’aune des contraintes de format imposées à ce type de production : raconter une histoire en une seule bobine (soit un peu plus de 10 minutes) ne laisse guère d’option narrative, sinon de faire défiler le récit en empruntant le plus de raccourcis possibles. Prenons l’exemple de la première bobine ; il s’agit du court-métrage « The man from Texas » dans sa version de 1915, et que la ressortie de 1920 aura mis en exergue car il s’agit de toute évidence du meilleur des 4 films de la Selig ayant servi de matériau. Le scénario est une des toutes premières occurrences d’une histoire qui sera par la suite répétée un nombre incalculable de fois dans l’univers du western : celle du cowboy qui part seul sur les pistes de l’Ouest en quête d’une vengeance. La contrainte de durée oblige Tom Mix (auteur du scénario) à évacuer ce qui constituerait le cœur cinématographique de l’histoire, c’est-à-dire la quête en elle-même ; il ne lui reste plus dès lors qu’à nous exposer dans un premier temps le motif des griefs de son héros, pour passer presque aussitôt après au règlement de compte, après qu’il soit tombé par hasard nez à nez avec le méchant qu’il recherchait. Je vous accorde que tout ceci est bien trop rudimentaire ; cependant, si on met le film en regard de toutes ces histoires de vengeance que raconteront plus tard à la chaîne les westerns européens des années 60, on peut se demander si « The man from Texas » ne se montre tout de même pas plus raisonnable de boucler cela en une bobine que ces films italiens d’étirer péniblement sur 90 minutes des histoires similaires qui ne présentent pas davantage de consistance. Au moins n’a-t-on pas le temps de s’ennuyer ; et de ce point de vue, je préférerai toujours n’importe quelle œuvrette de Tom Mix au navet le plus coté d’Enzo Castellari.
Une dernière petite remarque avant le bonus, toujours à propos de la première bobine : Tom Mix parvient malgré tout à s’y montrer adroit dans sa mise en scène lorsqu’il utilise deux flashbacks pour nous mettre en empathie avec le désir de vengeance de son héros de l’Ouest ; il ne s’agit pas là d’une réelle innovation technique en matière de narration, mais son utilisation dans le cadre de ce genre d’histoire deviendra la règle pour presque toutes les déclinaisons qui en seront faites par la suite, particulièrement dans ces westerns italiens que j’évoquais précédemment. On notera aussi la présence dans le rôle du shérif de Hoot Gibson, appelé à devenir dans les années 1920 la grande star du western chez Universal, au moment où Tom Mix triomphera de son côté sous l’égide de la Fox. Et le bonus de ce post, donc, vous fera découvrir un Mix farceur et truculent qui s’en donne à cœur joie dans « A bear of a story » (jeu de mot intraduisible), petit film d’une bobine tourné en août 1916 dans lequel il se livre avec son ami de longue date Sid Jordan à quelques facéties clownesques pour les beaux yeux et les caprices animaliers de Victoria Forde. C’est bien sûr sans prétention, là aussi très enfantin, d’une drôlerie de bon aloi pour peu que l’on n’ait pas trop d’empathie pour nos amies les bêtes, mais au goût un peu plus amer si l’on se met à la place du pauvre ours à qui on a infligé ce tournage. L’infortuné plantigrade provenait vraisemblablement de la ménagerie que possédait la Selig Polyscope Company, ouverte au public depuis l’année précédente ; ce zoo qui fournissait des animaux pour les plateaux de tournage des différentes compagnies de production hollywoodienne survivra d’ailleurs aux activités cinématographiques proprement dites de William Selig, lesquelles stoppèrent définitivement en 1918. Hormis son goût pour la pitrerie, Tom Mix déploie dans « A bear of a story » ses talents qui concernent les tâches afférentes au métier de cowboy qu’il connaissait bien : lasso et équitation sont au programme, et pour l’occasion c’est ce malheureux ours qui fait office de bouvillon. Voilà donc un peu d’exercice physique comme l’affectionnait Mix, ce qui manquait d’ailleurs singulièrement au long-métrage dont je parlais précédemment. Quant à la morale de cette innocente farce, c’est que comme l’aurait peut-être écrit François Ier, mais plus sûrement Victor Hugo, tous deux étant d’incorrigibles trousseurs de jupons : Souvent femme varie, bien fol est qui s’y fie…
A BEAR OF A STORY (1916)
Court-metrage (10 min) VOSTFR
C’est pas 700 millions de Chinois qui ont fait le sous-titrage de « The man from Texas » et de « A bear of a story », mais c’est moi et moi et moi, par traduction directe des intertitres anglais. La qualité des deux vidéos est médiocre, ben oui, mais vous commencez à avoir l’habitude… Concernant plus particulièrement le court-métrage, vous noterez la présence de deux bandes noires sur l’image, qui correspondent à l’emplacement de deux tags présents sur la vidéo source et que je me suis efforcé d’effacer du mieux que j’ai pu ; il reste malgré tout une sorte de tag transparent au milieu du cadre : ben ouais, après nous avoir flanqué 3 tags dans les mirettes, ils ont quand même consenti à laisser un petit bout d’image à regarder, c’est très gentil, merci beaucoup. Bon allez, faites pas la trogne : dans le prochain post consacré à Tom Mix, la vidéo sera d’excellente qualité, mais si, c’est même pas une blague ! D’ici là, bon film malgré tout.
Un partage et une traduction de












Grand merci .
RépondreSupprimerUn grand merci pour ces raretés et la fiche toujours aussi fournie.
RépondreSupprimerJohn49
Erratum : "The Virginian" d'Owen Wister date de 1902 et non pas 1905 (Confusion avec "Riders of the purple sage" de Zane Grey).
RépondreSupprimerMerci beaucoup pour cette rareté (une de plus !) : Fanche17.
RépondreSupprimerMerci Unheimlich pour cette rareté d'un autre temps : pas de scénario, pas de découpage, pas de gros plan, des intérieurs sombres pour que les personnages puissent se démarquer des murs, et comme tu le dis si bien, un esprit enfantin qui rend l'ensemble plutôt agréable.
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