mercredi 22 novembre 2023

SON MEILLEUR AMI

 (VOSTFR)


Réalisation : Lambert Hillyer
Casting : William S. Hart, Mary Thurman, G. Raymond Nye
Durée : 48 min
Année : 1920
Pays : USA
Genre : Western 

Histoire : L'agent des chemins de fer Dan Kurrie est renvoyé par son chef Joseph Garber, amoureux comme lui de Margaret Young. En démasquant un gang attaquant les trains, Dan rentre en grâce auprès de Margaret...


MP4 DVDRIP 285 Mo VOSTFR perso


Dans la carrière de William S. Hart, la place de « Sand » se trouve aux côtés de « The toll gate », que j’ai déjà présenté sur ce blog ; la relation entre les deux films est de l’ordre de la concomitance d’une part, et de l’opposition formelle d’autre part. Depuis 1917, le torchon brûle entre les deux complices d’antan, William S. Hart et Thomas H. Ince, le premier s’estimant exploité par son ami producteur ; bon an mal an, Ince continuera cependant à superviser la production des films de Hart, après avoir apporté la star du western dans ses bagages lors de son passage à la Paramount (qui s’appelait alors Famous Players-Lasky). Mais son rôle tend de plus en plus à s’effacer, et en 1919, la rupture est définitive entre les deux hommes ; les deux anciens amis finiront bientôt devant les tribunaux. Pour Hart, c’est donc le moment de renouveler – ou pas – son contrat chez Zukor et Lasky. L’acteur va hésiter à se lancer dans l’aventure de la United Artist aux côtés des autres grandes stars du septième art, mais ne souhaitant pas investir sa fortune, il restera finalement à la Paramount ; cependant, il sera cette fois-ci son propre producteur par le biais de sa compagnie, la William S. Hart Productions. Or j’avais écrit à propos de « The toll gate » que ce film marquait de ce fait les débuts de cette seconde partie de la carrière de Hart ; or cela n’est pas tout à fait vrai. En effet, son tournage avait été précédé par celui de « Sand », lequel devait servir officiellement de coup d’envoi à ce que certains ont appelé le New Hart ; mais pour des raisons que nous allons voir, ce film ne sortit finalement sur les écrans qu’au milieu de l’année 1920, alors que « The toll gate », qui fut le dernier vrai succès de William S. Hart, était à l’affiche depuis le mois d’avril. La lecture des magazines de l’époque, tout comme celle des chroniques des cinéphiles actuels, laissent percevoir pour « Sand » un accueil critique globalement mitigé, mais qui suscite également des avis divergents. Or, par un effet de symétrie, ceux-ci s’opposent aux avis émis sur « The toll gate » : cela semble mettre en évidence l’existence de deux clans presque irréconciliables de cinéphiles, selon l’appréciation qu’ils portent sur le caractère indubitablement répétitif des westerns de Hart produits entre 1914 et 1919. J’avais clairement exprimé pour « The toll gate » de quel côté ma subjectivité me situait sur ce sujet ; par conséquent, c’est en la réaffirmant une fois encore que je ne peux qu’émettre d’importantes réserves au sujet de « Sand », premier film de Hart en tant que producteur, pour lequel l’acteur retrouve Lambert Hillyer à la mise en scène et Joe August à la photographie.


Pour celles et ceux qui prendraient en cours de route ce cycle sur William S. Hart, rappelons une fois encore que son personnage récurrent, mis en place à partir de « The bargain » (1914), fut celui du « good badman » qui va s’amender par amour ; il en résulte des westerns où l’action côtoie le mélodrame, et où un anti-héros se confronte à des dilemmes moraux à consonance puritaine impliquant le sens de la loyauté, la quête religieuse et celle de l’amour conjugal. Dans un article que j’ai pu lire, et au demeurant fort bien écrit, l’auteur expliquait que la découverte d’un film de Hart, effectuée de manière isolée, constituait une expérience cinéphilique très enthousiasmante que le visionnage d’un ou deux autres films supplémentaires ne pouvait cependant qu’affadir irrémédiablement, tant la répétition inlassable des mêmes motifs finissait par exaspérer le spectateur. Or j’avais décrit à l’occasion du post sur « The toll gate » toute la beauté que, bien au contraire, cette inlassable quête stylistique et thématique me semblait revêtir en elle-même ; j’y ajouterais aujourd’hui que, au moment précis (la fin des années 1910) où l’art cinématographique se muait en une industrie du divertissement de plus en plus normative, l’obstination de Hart et ses inspirateurs (Thomas H. Ince, C. Gardner Sullivan) à produire une série d’œuvres personnelles d’une grande unité formelle revêt à mes yeux un caractère tout à la fois admirable et fascinant. Peut-être William S. Hart finit-il tout de même par se lasser de cette formule sans cesse réitérée, ou peut-être craignait-il que le succès grandissant de Tom Mix ne le ringardise rapidement, ce qui fut effectivement le cas ; toujours est-il qu’à l’occasion de sa séparation avec Ince et Sullivan, il semble que le comédien ait souhaité profiter d’une certaine liberté artistique qu’il pensait avoir ainsi acquise en tentant de diversifier ses personnages, de les ancrer dans une réalité sociale plus tangible que celle d’un Ouest sauvage et mythologique. Certes, quelques films de Hart antérieurs à 1920 avaient déjà divergé notablement du schéma établi initialement par « The bargain », nous en verrons un exemple dans le bonus ; mais ce nouveau contrat avec la Paramount semble de toute évidence vouloir marquer un nouveau départ pour notre cow-boy au regard triste. « Sand » nous présente donc un William S. Hart entièrement renouvelé, qui a troqué ses frusques de desperado pour une cravate et une casquette d’ouvrier, et débarque en train afin d’occuper un poste d’employé de gare… La sortie du film avait été initialement programmée pour le 11 janvier 1920, mais la Paramount se serait montrée mécontente du résultat, ce qui explique que les bobines soient restées quelques mois remisées dans un placard. Il semble que la compagnie ait alors demandé à Hart de produire quelque chose de plus trépidant, plus en accord avec l’image de « Two-gun Bill » afin de ne pas dérouter le public : il en résulta d’une part « The toll gate », et d’autre part la reprise de « Sand » dont Hart et Hillyer durent tourner un nouveau dénouement afin d’y présenter davantage de scènes d’action ; ainsi le film put enfin sortir, au milieu de l’année 1920.



Il résulte de ces démêlés une œuvre trop composite, dans laquelle différents registres se côtoient sans que l’ensemble ne parvienne à présenter de véritable cohésion. « Sand » est d’un genre mal défini, en fait un film policier auquel des éléments relevant du western ne semblent vouloir s’associer que de manière artificielle. Du reste, ces éléments n’interviennent que dans la seconde partie du film, et il en résulte un déséquilibre entre un début plutôt statique et bavard – autant qu’on puisse user de ce qualificatif pour un film muet – et une fin beaucoup plus énergique, dans laquelle le personnage joué par Hart, très conforme à ceux qui avaient fait son succès, n’a plus grand-chose à voir avec le cheminot intérimaire qu’on nous avait présenté au début. Dans le même ordre d’idée, il faut attendre une bonne demi-heure de film (qui ne dure que 50 minutes) pour que Joseph August, brillant opérateur, nous gratifie comme d’habitude de quelques plans à l’esthétique recherchée, à l’image de cette superbe nocturne où l’on voit un groupe de cavalier cheminer dans la rivière sous un clair de lune (vers la 33e minute). Par ailleurs, d’un point de vue scénaristique, on constate que les relations qu’entretiennent « Sand » et « The toll gate » sont assez contradictoires : si, comme on l’a vu précédemment, la première œuvre semble avoir eu pour objectif général de rompre avec un schéma habituel que la seconde va réitérer une dernière fois, il apparaît pourtant quand on rentre dans les détails que les deux films présentent des éléments de scénario identiques : l’attaque du train par un gang et la piste des chevaux qui se perd dans la rivière en sont les exemples les plus flagrants. Je n’ai pas trouvé d’informations précises quant aux dates de tournage des deux films, mais leurs dates de sorties prévues ou effectives laissent supputer que « Sand » aurait été tourné en premier et que les modifications ultérieures exigées par la Paramount pour le distribuer, lesquelles portent semblent-ils surtout sur la dernière bobine, n’auraient finalement consisté qu’en une simple redite de ce qui avait été fait pour « The toll gate », sans que l’on ait cherché davantage à se creuser la tête. Or le résultat paraît pour le moins bancal en ce qui concerne « Sand », alors que « The toll gate » fait figure à l’inverse d’une œuvre d’une parfaite cohérence, un chant du cygne émouvant et flamboyant dans lequel l’acteur, à l’image du hors-la-loi fatigué qu’il incarne, tente de faire un dernier coup avant de se retirer. Certes, Hart ne tire pas encore sa révérence, et il ne le fera pas qu’en 1925 ; mais tout au moins offre-t-il dans « The toll gate » des adieux éclatants pour son personnage mythique de « Two-gun Bill », que le public français avait quant à lui surnommé « Rio Jim ». Et il apparaît ainsi que ce New Hart maladroitement initié par « Sand », avant même d’avoir commencé, échouait déjà à pouvoir créer un enthousiasme comparable à celui qui avait accompagné la première partie de la carrière du comédien. Le film semble faire tomber Hart dans une certaine banalité, et par exemple le charme des tournures poétiques qui agrémentaient les intertitres a cédé cette fois la place à une simple fonctionnalité des dialogues. D’un point de vue thématique, ayant abandonné à jamais toute la richesse des problématiques liées au questionnement moral, au trouble affectif devant la pureté des êtres et aux interrogations sur le message biblique, William S. Hart n’a plus à nous offrir dans « Sand » qu’un personnage convenu et univoque dont les démêlés amoureux ne vont plus consister qu’en un quiproquo vaseux, au cours duquel sa bien-aimée va se méprendre sur les propos affectueux qu’il tient à propos de son cheval… On voit à quel point on a perdu en profondeur ; quand à cette histoire de cheval, c’est peut-être là que se situe un des rares intérêt du film, et pour moi c’est le moment ou jamais de vous parler enfin de Fritz, puisque ce fidèle compagnon à quatre pattes aura représenté un aspect peut-être pas tout à fait essentiel, mais malgré tout suffisamment important de la carrière de notre westerner au cœur d’artichaut.


En bon cow-boy qui se respecte, William S. Hart s’est toujours montré attentif aux chevaux, avec lesquels il a entretenu des relations tant affectives que professionnelles : il ne faut pas oublier qu’à l’instar de Tom Mix, Hart réalisait la plupart des cascades de ses films, et comme celles-ci impliquaient presque toujours un cheval, cela nécessitait une relation de confiance particulière entre l’homme et l’animal. Au début de sa carrière cinématographique, Hart montait un gros hongre noir nommé Midnight, qu’il avait essayé en vain d'acheter à la société de production. A partir de « Bad Buck of Santa Ynez » (1915, déjà proposé sur ce blog), le comédien va utiliser un poney tacheté nommé Fritz, et qui appartenait initialement au fameux 101 Ranch Show dans lequel officiait Tom Mix. Fritz allait rapidement devenir le cheval favori de Hart : « Il ne pesait que 450 kg, mais sa puissance et son endurance étaient exceptionnelle », déclarera-t-il plus tard. Par ailleurs, Fritz ne semble pas avoir été un poney particulièrement docile, et semble avoir dézingué pas mal de caméras et d’équipement divers durant sa carrière à l’écran... Hart ne lui en tenait pas rigueur, et son attachement pour cet animal au tempérament bien trempé allait très vite avoir des répercussions artistiques : ainsi dès la fin de l’année 1915, Fritz tient le premier rôle dans « Pinto Ben », un court-métrage adapté d’un poème écrit par Hart pour célébrer sa monture préférée. En 1922, l’acteur – qui fut donc aussi poète et romancier à ses heures – écrivit un recueil intitulé « Told under a white oak tree », dans lequel le narrateur n’est autre que Fritz lui-même, qui s’exprime ainsi par la voix de son maître : il nous y décrit entre autres certaines cascades périlleuses réalisées ensemble par le cowboy et son cheval ; l’ouvrage est illustré par James Montgomery Flagg, l'illustrateur le plus en vue à cette époque, très connu pour sa célèbre affiche « I want you » visant au recrutement militaire de 1917. C’est cette relation particulière entre l’homme de cinéma et son animal qui est sans doute à l’origine de l’engouement que va manifester le public pour le poney cascadeur : Fritz va rapidement avoir son propre fanclub, ses nombreux admirateurs lui faisant parvenir par courrier des morceaux de sucre. Cette étrange célébrité allait donner le coup d’envoi au phénomène des « wonder horses », c’est-à-dire ces chevaux stars qui allaient former des duos avec certaines vedettes de western, et dont l’autre exemple le plus connu est Tony, la monture de Tom Mix ; plus tard, Gene Autry, Roy Rogers ou encore Ken Maynard auront le leur, et même John Wayne lors de sa période Z des années 30. Certaines cascades furent particulièrement périlleuses pour Fritz et Hart, notamment lors du tournage de « The toll gate » au cours duquel les deux échappèrent de peu à la noyade ; le poney pinto fera sa dernière apparition à l’écran en 1924 dans « Singer Jim McKee », un film pour lequel l’élaboration d’un trucage élaboré lui permettra de réaliser aux yeux public sa prouesse la plus spectaculaire.



Fritz fut également au cœur du différend entre Ince et Hart. S’il s’agissait en vérité d’un contentieux financier, il semble que le petit cheval pie fut l’objet d’un chantage sentimental exercé par le producteur sur le comédien, en lien avec la rémunération de ce dernier. Comme il l’avait fait pour Midnight, William S. Hart avait essayé très tôt d’acheter Fritz, mais Ince s’y était toujours opposé, estimant que le fait de détenir ce cheval empêchait Hart d’aller chercher un meilleur salaire auprès d’une autre compagnie de production. Par ailleurs, Ince estimait non sans quelques raisons qu’une monture de type poney n’était pas bien adaptée au grand gaillard de 1 m 88 qu’était William S. Hart ; à la Paramount, Adolph Zukor disait que « ses pieds touchent presque le sol »… Quant aux cowboys qui prétendaient que Bill Hart utilisait un poney parce qu’il avait peur des chevaux, mon admiration sans borne pour l’acteur-réalisateur ne provoque chez moi qu’une moue dédaigneuse à l’encontre de la petitesse mesquine de telles allégations : rien que des jaloux, je vous le dis ! Hart finira néanmoins par pouvoir acheter Fritz à la compagnie Triangle, en échange d’un report de ses augmentations de salaire. Quant à Ince, son hostilité à l’égard de l’animal semble avoir été une façon de cristalliser sa dispute avec Hart, et le producteur va s’efforcer en 1917 de briser le partenariat entre le cavalier et sa monture ; ainsi, lors de la mise en chantier de « The narrow trail », Ince va refuser que Hart utilise Fritz pour le tournage, et le comédien devra batailler ferme pour obtenir malgré tout que son poney favori soit de la partie. Or cet incident semble avoir maqué la véritable rupture entre les deux amis d’antan. Et si Hart a ainsi fini par obtenir satisfaction pour ce film, Ince était néanmoins parvenu à faire stipuler par contrat que Fritz ne serait plus utilisé comme monture pour l’ensemble des tournages qui s’effectueraient durant les deux années suivantes, au grand dam de Hart. Ce refus de la part de Ince apparaît d’autant plus singulier que la relation d’affection entre l’homme et son cheval est au centre de l’intrigue sentimentale de « The narrow trail », et qu’une partie du suspense dans ce film consiste à se demander lequel des deux, entre l’animal et la partenaire féminine, finira par remporter le cœur du héros… Une des publicités proclamait même : « Better a painted pony than a painted woman » ; je vous livre sans traduction cette accroche surréaliste afin d’en préserver tout le sel, qui résume à lui seul à la fois le puritanisme farouche de Hart et toute la misogynie d’une époque.


Oui, mais alors « Sand », dans tout ça ? Eh bien l’œuvre qui nous occupe cette semaine est celle qui, dans la filmographie de Hart, marque justement le grand retour de Fritz, et cela après une bonne quinzaine de films d’absence ; or ces émouvantes retrouvailles constituent à mon avis le seul véritable intérêt de ce métrage plutôt mal ficelé comme on l’a vu auparavant. Et si j’ai insisté auparavant sur certains aspects de « The narrow trail », c’est que « Sand » cherche de toute évidence à reprendre les choses là où elles en étaient restées en 1917, tout au moins en ce qui concerne notre poney de choc. En effet, cette trame sentimentale dans laquelle une femme est mise en rivalité avec un cheval (quelle élégance !) s’y trouve réinvestie, cette fois-ci dans le cadre d’une tentative de renouvellement alors que « The narrow trail » est quant à elle une œuvre très représentative de la formule classique des films de Hart. Ainsi, du point de vue des relations de l’homme de l’Ouest à son partenaire équin, « Sand » propose deux lectures en parallèle, puisque la joie qu’éprouve le personnage du film à retrouver son ami à quatre pattes fait naturellement écho à celle éprouvée par Hart lui-même de pouvoir enfin reparaître à l’écran avec son cheval favori ; et comme le disent à deux reprises les intertitres : « Désormais, c’est toi et moi ! ». Tout cela est bien naïf, me direz-vous, et je vous l’accorde ; il n’empêche qu’en ce qui me concerne, je suis bon public pour ce genre d’enfantillages, et je vous assure que chaque fois que durant le film Fritz a donné un petit coup de museau affectueux à son maître, j’ai marché comme un seul homme pour me laisser attendrir à peu de frais. Allez, puisque nous visitons les écuries de William S. Hart, allons jeter un coup d’œil dans les box attenants : hormis Midnight que je vous ai déjà présenté (mais qui n’a jamais appartenu à Hart), on y trouve aussi une mule géante nommée Lizabeth, ainsi que Brownie, King Valentine, Gentle et une petite jument répondant au nom de Cactus Kate ; tous ont été également utilisés par Hart lors des tournages. Quant à Tuffy, Roaney et quelques autres ils étaient là uniquement pour l’agrément. Hart les aimait tous, bien évidemment, mais Fritz était son préféré. Une anecdote amusante : le fougueux poney a failli dû changer de nom, à cause de l’entrée en guerre des Etats-Unis… Il est mort en 1938, à l’âge de 31 ans, et Hart a fait ériger sur sa tombe un petit monument, avec une plaque sur laquelle il est écrit « Un camarade fidèle » : que voulez-vous, avec mon âme fleur bleue, c’est le genre de truc qui me fait fondre.


Pour finir, deux ou trois mots sur le bonus : « The ruse » est un court-métrage à deux bobines tourné en 1915 pour la New York Motion Picture / Mutual sous les auspices de Thomas H. Ince, à l’époque où tout allait encore pour le mieux entre celui-ci et William S. Hart. Si j’ai choisi de coupler ce film avec « Sand », c’est parce qu’il est un exemple d’œuvre antérieure à 1920 qui ne s’inscrit pas dans la lignée des « good badmen » récurrents chez Hart à cette époque ; tout comme le long-métrage de ce post, il propose également une incursion dans le domaine criminel. Le résultat de « The ruse » est un curieux produit hybride mêlant western et film de gangsters : on y voit un homme de l’Ouest sans peur et sans reproches débarquer à Chicago pour se coltiner avec la pègre ; avouez que ça donne envie de voir, non ? Les confrontations entre easterners et westerners abondaient dans le cinéma des années 1910, généralement traitées sur le ton de la comédie de mœurs : « Manhattan madness » avec Douglas Fairbanks, que j’avais proposé sur ce blog, en est un bon exemple. L’approche est ici tout à fait différente : William S. Hart ne propose aucun discours sociologique, et ne trouve dans cet affrontement qu’un simple prétexte à un film d’action. Cette limitation des ambitions thématiques, ainsi que le genre mal défini de l’œuvre, pourraient laisser présager un naufrage ; or pour ma part j’estime qu’il n’en est rien, et que « The ruse » propose au bout du compte une action rondement menée, et se montre tout à fait divertissant. Certes, tout cela ne va pas chercher bien loin, et quelques raccourcis scénaristiques un peu grossiers sont utilisés pour que tout puisse se résoudre en deux bobines ; mais certaines scènes sont fort bien filmées, comme par exemple la partie de poker. Quant à la sale trogne des gangsters, elle leur sied à merveille : on a même droit à une sorte de Ma Barker qui anticipe sur « Pas d’orchidées pour Miss Blandish » ; il semblerait d’ailleurs que bien avant le fameux premier roman de Chase, les histoires de kidnapping aient constitué un topos des tous premiers films mettant en scène la pègre des grandes villes américaines. Quelques remarques pour finir : durant ces années-là, même lorsqu’il tente de se détacher de ses intrigues habituelles, William S. Hart ne semble cependant pas pouvoir totalement abandonner le « good badman » ; ainsi dans « The ruse », son personnage nous est présenté au début de l’histoire comme un bandit réformé, sans que cela n’est pourtant la moindre incidence sur la suite. Quant au personnage féminin, il est incarné par Clara Williams, laquelle figure dans au moins 5 films de Hart, dont le tout premier, ainsi que dans les deux œuvres capitales que sont « The bargain » et « Hell’s hinges ». Enfin, il est curieux de constater que malgré le fait que « The ruse » trouve ses qualités dans le fait d’être une œuvre plutôt filmée, on y trouve néanmoins d’évidents défauts de cadrage dans certains plans ; c’est une remarque que j’avais déjà formulée à propos de « Bad Buck of Santa Ynez ».

THE RUSE (1915)
'Bat' Peters, ancien tueur à gages, s'est reconverti dans la prospection des mines et se rend à Chicago pour traiter une affaire avec un promoteur à l'aspect peu recommandable...


Court-metrage 22 min VOSTFR perso



Pour les deux films, le sous-titrage a été réalisé par mes soins par traduction directe des intertitres en anglais. En terme d’image, la qualité des fichiers est discutable : ça n’est tout de même pas trop mal pour « The ruse », et c’est quand même un peu limite pour « Sand ». Quant à William S. Hart, eh bien non, je n’en ai toujours pas fini, il me reste encore quelques-uns de ses films en réserve à vous soumettre…

Un partage et une traduction de


7 commentaires:

  1. encore un grand merci pour ce cycle Hart, les textes sont passionnants !

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  2. Une fois de plus mille merci, tu n'aurais pas Le voleur de Bagdad avec là aussi Douglas Fairbanks ?

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    1. Voila une version HD :
      https://1fichier.com/?cxxj7berv910d3s7mg6r&af=2315279

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  3. Concernant les défauts de cadrage dans "The ruse", comme ils sont tous pareils (bord cadre gauche coupé et trop d'espace vide à droite), je me demande si ce n'est pas l'oeilleton de la caméra qui était faussé par rapport à l'objectif. Sinon, en juxtaposant la campagne des ranchs et la ville des voitures, le film confirme à sa manière que le western est bien arrivé à la fin de la conquête de l'Ouest et que ces premières années ont vu la cohabitation de deux époques : une qui déclinait et l'autre qui naissait.
    Encore merci Unheimlich pour ces pépites, je me régale.

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