(VOSTFR)
Réalisation : George W. Hill
Casting : Wallace Beery, Lewis Stone, John Mack Brown
Durée : 83 min
Année : 1931
Pays : USA
Genre : Policier, Drame
Histoire : Au temps de la prohibition, Louie Scorpio est un chef de gang craint et respecté. Jusqu'à ce que six hommes masqués réussissent à le poursuivre en justice...
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En 1930, Hollywood vient d’effectuer une révolution technologique et commerciale avec la généralisation des films parlants ; par ailleurs, la Dépression bat son plein dans le pays, ce qui ne va pas manquer là aussi de rebattre les cartes dans l’industrie cinématographique. Mervyn LeRoy et Jack Warner se convainquent alors que le public est mûr pour autre chose qu’un cinéma mystificateur qui ne vend que du rêve, et décident d’adapter « Little Caesar » de W.R. Burnett : le succès du film va alors servir de point de départ à une importante vague de films de gangsters qui déferlera sur les écrans durant toutes les années 30. C’est donc la Warner qui a pris une longueur d’avance pour ces films d’un nouveau genre, d’autant que 4 mois après le film de LeRoy elle proposera « The public enemy » de Wellman qui va pousser le curseur encore un peu plus loin dans la peinture de la corruption et de la violence. Les autres studios de production vont aussitôt suivre, et en 1931 c’est l’explosion : près d’une cinquantaine de films montrant des gangsters vont sortir sur les écrans cette année-là ! Dans cette appétence pour la représentation des figures du mal qui rongent l’Amérique depuis la généralisation de la Prohibition en 1919, la Metro-Goldwyn-Mayer ne souhaite pas être en reste : après avoir assisté à des avant-premières ou avoir eu vent des projets concernant les deux films de la Warner précités, Irving Thalberg, le producteur en chef de la MGM, décide d’entrer immédiatement dans la course et de produire son propre film de gangster. Et ce sera donc « The secret six », sorti sur les écrans américains le 18 avril 1931.
Le projet a de quoi être rondement mené, car depuis le succès l’année précédente de « The big house » sur une thématique proche, Irving Thalberg dispose déjà d’un noyau dur de trois personnalités qu’il va pouvoir utilement réemployer pour « The secret six ». Il y a tout d’abord le comédien Wallace Beery, qui est alors au sommet de sa popularité : contrairement à beaucoup d’autres acteurs du muet, Beery a su prendre sans dommages le virage du cinéma parlant, et il triomphera cette même année 1931 dans « The champ ». Or le comédien avait justement signé l’année précédente un contrat avec la MGM afin d’y jouer les « characters » (les acteurs à trogne…), et « The big house » avait été le premier fruit de cet engagement. En outre, Wallace Beery a l’avantage de pouvoir officier dans des registres variés, passant sans encombre de l’interprétation de « heavies » (les gros durs…) à celle de personnages tirant davantage vers la comédie comme dans « Min and Bill », un film dont le succès public vient d’en faire la star la mieux payée de la MGM. A la mise en scène de ces deux réussites de Beery pour le compte de la MGM, on trouve le nom de George W. Hill, un réalisateur qui a ainsi fait ses preuves et qui va donc être tout naturellement choisi par Thalberg pour réaliser « The secret six ». Pour « Min and Bill » puis « The big house », George W. Hill a tourné à partir de scripts écrits par Frances Marion, une scénariste réputée qui a déjà derrière elle une solide carrière dans le cinéma muet, ayant notamment écrit de nombreux scénarios de films avec Mary Pickford. Comme de plus elle s’est mariée à Hill en 1930, c’est là aussi une évidence pour Irving Thalberg que de s’adresser à Frances Marion pour l’écriture de « The secret six ». L’histoire est censée reposer sur des faits réels, notamment la mainmise d’Al Capone sur la ville de Cicero dans l’Illinois, et le personnage incarné par Wallace Beery s’inspire plus ou moins du célèbre malfrat ; on notera curieusement que des détails physiques (chapeau, cicatrice) rapprochent davantage d’Al Capone le personnage de Johnny Franks (joué par Ralph Bellamy, tout premier rôle d’une longue carrière) que celui de Scorpio joué par Wallace Beery. Quant au titre « The secret six », il semble inspiré d’une expression journalistique désignant un groupe d’hommes d’affaires influents de Chicago ayant décidé de faire chuter Al Capone. De fait, lorsqu’on le compare aux films de la Warner qui l’inspirent, le scénario de Frances Marion s’attache un peu plus au travail des forces légales luttant contre le crime (autorités fédérales, aidés de journalistes), tout en présentant le schéma bientôt classique de l’ascension puis de la chute d’un gangster au sein du monde de la pègre. « The secret six » est souvent jugé inférieur en qualité à ses concurrents de la Warner, non sans quelques raisons sur lesquelles je reviendrai ; il n’empêche qu’avec un retour sur investissement de l’ordre de 30 %, le film de George W. Hill s’avéra plus rentable que ne l’ont été la même année « Little Caesar » et « The public enemy », mais aussi que le seront l’année suivante « Scarface » produit par Howard Hughes et « The beast of the city », seconde réponse marquante de la MGM à cette vague de gangsters à l’écran initiée par la Warner.
Elaboré autour du trio Beery/Hill/Marion, « The secret six » est cependant resté dans les mémoires pour certains seconds rôles aux dents longues qui allaient très bientôt venir détrôner les stars du moment ; car derrière l’écran aussi il est question d’ascension fulgurante, mais dans un monde tout de même plus apaisé et fréquentable que celui de la pègre (encore que…). Et donc, « The secret six » présentait dans sa liste de seconds rôles un certain Clark Gable et une certaine Jean Harlow, tous deux promus comme on le sait à un brillant avenir professionnel, et réunis ici pour la première fois (ils le seront encore à cinq reprises). Le cas de Clark Gable (période pré-moustache !) est tout à fait éloquent : bien qu’au septième rang de l’affiche de « The secret six », et donc en termes de salaire des comédiens, il se retrouvera au bout du compte occuper le second rang des rôles masculins en termes de temps de présence à l’écran lors du montage du film. Il semble que ce soit Frances Marion qui se soit aperçue du fort potentiel de Clark Gable lors du tournage, et elle aurait ainsi suggéré à Thalberg que le scénario de « The secret six » développe davantage les scènes dans lesquelles intervenait le comédien. C’est à la suite de sa performance dans le film que Clark Gable obtiendra son contrat à la MGM ; et lorsque l’année suivante la compagnie le confrontera à nouveau à Wallace Beery dans « Hell divers » (que je vous ai proposé dans un post), ce sera cette fois à égalité sur l’affiche. En 1935, les deux comédiens seront à nouveau réunis dans « China seas », avec de plus Jean Harlow : on voit alors tout le chemin parcouru, puisque cette fois Gable et Harlow seront en haut de l’affiche (et donc les premiers en termes de rémunération) alors que Wallace Beery se verra reléguer à la troisième place, avec son nom plus petit… Autre aspect déterminant de « The secret six » dans la carrière de Gable : le comédien y interprète un journaliste séducteur et énergique, un type de rôle qu’il reprendra à plusieurs reprises, notamment dans le très célèbre « It happened one night » et ses succédanés (voir « After office hours », auquel j’ai consacré un post). Enfin, pour la petite histoire, la Warner avait auditionné en 1930 Gable pour tenir le rôle principal dans « Little Caesar » ; mais Zanuck l’avait refusé, disant de lui : « Avec ses grandes oreilles, il ressemble à un primate ». Il semble que Thalberg ait eu davantage de flair… Quant à Jean Harlow, elle n’a encore que 19 ans dans « The secret six », un style encore hésitant mais très prometteur ; là encore son ascension sera fulgurante : elle est déjà en haut de l’affiche avec Cagney pour « The public enemy », sorti la même semaine que « The secret six » ; on la retrouvera l’année suivante dans « The beast of the city », et elle triomphera finalement aux côtés de Gable dans « Red dust ». J’ai évoqué plus haut Ralph Bellamy, qui fait ici sa première apparition à l’écran, excellent dans le rôle de Johnny Franks : bref, « The secret six », c’est le film dans lequel il faut absolument avoir un second rôle pour être promis à un brillant avenir !
On voit donc que « The secret six » ne manque pas d’atouts pour se montrer convaincant ; de fait, c’est un film plutôt réussi qui se regarde sans encombre. Il contient cependant un certain nombre de défauts qui l’ont relégué dans un relatif oubli, comparé à la notoriété qu’ont su garder les films de la Warner ou « Scarface » de Hawks. Malgré ce qu’en disent certain, j’estime que la faute n’en incombe sûrement pas à Wallace Beery qui se montre tout à fait à la hauteur dans le rôle de Scorpio : la variété de ses registres d’interprétation, que j’évoquais plus haut, est tout à fait de circonstance pour composer un personnage suscitant tout à la fois crainte et répulsion, mais duquel émane aussi un ridicule épais lorsqu’il prétend se donner des airs respectables, et certaines scènes flirtent ainsi habilement avec la comédie noire. Idem pour le travail de George W. Hill, qui avait débuté comme opérateur, et dont la réalisation plutôt efficace sait même par moment se montrer habile : voir par exemple la scène où Ralph Bellamy suggère la présence/absence de Beery par une bouteille de lait. Les principaux errements du film proviennent à mon avis du scénario ; à ce sujet, il semble difficile de remettre en doute la compétence d’une scénariste aussi éprouvée que Frances Marion, mais peut-être des contraintes de temps imposées par Thalberg l’ont-elles gênée pour pouvoir offrir ici un travail réellement abouti. De nombreuses incohérences s’invitent en effet dans les détails de cette histoire, au point qu’il serait vain de toutes les lister ; en outre certaines redondances peuvent surprendre : par exemple est-il nécessaire de dénommer « Scorpio » un personnage de gangster que l’on surnomme déjà « L’Abattoir » ? Mais l’incongruité la plus notable est celle liée à ces fameux six personnages secrets qui donnent leur titre au film, alors que non seulement leur présence dans le scénario est tout à fait anecdotique et superflue, mais aussi dont les apparitions à l’écran sont du plus parfait ridicule : que penser en effet de ces six notables en costumes trois pièces qu’on voit tout à coup, pour une mystérieuse raison, se parer chacun d’un bandeau à la façon de Zorro ou de Lone Ranger ? On se croirait brusquement retourné dans un serial de l’époque du muet, et tout cela est d’autant plus surréaliste que, une fois encore, cela n’apporte absolument rien à l’histoire. Toutes ces approximations sont d’autant plus regrettables que, par ailleurs, le travail de Frances Marion sur les dialogues est quant à lui digne de tous les éloges ; et à ce titre, quelques allusions pas piquées des vers nous rappellent qu’on est bel et bien dans un film pré-code : voir par exemple cet échange assez épicé entre Beery et Harlow lorsque le premier suggère à la seconde d’aller faire quelques gâteries à un journaliste… La scène au cours de laquelle Scorpio dicte un courrier assez peu protocolaire, et dont son scribe effectue une sorte de traduction en direct, est également un moment savoureux. Et à ce que j’ai cru comprendre, les dialogues semblent parsemés d’expressions assez cocasses et imagées, ce qui m’a mis dans le regret de ne pas disposer de sous-titres anglais qui m’auraient permis de faire davantage honneur au travail de Frances Marion en affinant un peu le sous-titrage.
Car à ce sujet, ces sous-titres que je vous propose ne résultent pas d’une traduction personnelle mais proviennent d’une diffusion sur TCM. Je les ai extraits, redécoupés et resynchronisés sur un rip de bonne qualité du DVD anglo-saxon ; au résultat ça n’est donc certes pas de la HD, mais on obtient néanmoins un gain de qualité significatif par rapport au fichier TVrip qui circulait jusqu’à présent, avec une image bien plus nette, aux meilleurs contrastes et sans logo de chaîne.














Beau travail ! Merci bien !
RépondreSupprimerGrand merci. Je ne lasse pas de découvrir le cinéma pré-code.
RépondreSupprimerThierry
Merci cher UH
RépondreSupprimerMerci
RépondreSupprimerMerci beaucoup !
RépondreSupprimerMerci infiniment et pour l'excellente fiche et pour cette agréable découverte .
RépondreSupprimerMerci pour ce beau film on ne dira jamais assez la beauté de ces noirs et blancs . Le Vrai cinéma ?
RépondreSupprimerMerci pour cette bonne idée
RépondreSupprimerRare et passionnant : merci beaucoup.
RépondreSupprimertrès intéressante présentation, ca donne envie de découvrir le film merci a vous
RépondreSupprimerWallace Beery...Superbe...Merci !!!
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