(VOSTFR)
Réalisation : Henry Otto
Casting : Bois de Cyrus, Edmond Goulding, Dante Alighieri
Durée : 50 min
Année : 1924
Pays : USA
Genre : Drame, Horreur
Histoire : L'arrivée d'un businessman en Enfer où il doit croupir le reste de l'éternité pour avoir contraint un malheureux à se suicider.
MP4 WEBRIP 347 Mo VOSTFR
Retour vers l’enfer, donc… Pour ceux qui auraient loupé le premier épisode, on y voyait Maciste jouer les fiers-à-bras devant Goethe et Dante ; ça n’était pas sérieux le moins du monde, mais tout à fait réussi. Rien à voir avec le film de cette semaine, américain cette fois-ci, et qui se veut plus ambitieux sur le fond, avec le projet d’illustrer « L’Enfer » de Dante tout en nous édifiant quelque peu sur le capitalisme triomphant. Mais avant de voir cela de plus près, autant vous mettre en garde tout de suite : les seules copies de ce film trouvables sur le net (à ma connaissance tout au moins) sont de fort mauvaise qualité, au lieu de vous dire que j’ai choisi la meilleure, il serait plus juste de dire que j’ai choisi la moins exécrable. C’est d’autant plus regrettable que l’intérêt de l’œuvre est essentiellement graphique, et que les photos de plateau dont on dispose (vous pouvez en voir certaines sur le blog Allen John’s attic) sont absolument superbes. Comble du malheur (après tout, c’est ça, l’Enfer…), il semble que, de plus, la copie soit incomplète : elle ne dure que 50 minutes. Difficile d’y voir clair cependant : UFA et Imdb mentionnent une longueur de 6 bobines, alors que wikipedia parle de 3 bobines conservée sur 5, pour la version détenue dans les archives de l’UCLA, qui est celle qui semble utilisée ici. En outre Imdb mentionne une version originelle qui aurait durée 91 minutes… Une autre copie du film serait détenue au MoMA, et dont un internaute dit qu’elle ne serait complète qu’aux trois quarts. Bref, si vous ne jurez que par les director’s cut en ultra-hD 4K surround 5.1 d’au moins 30 Go, je crois que vous avez de toute façon déjà déguerpi depuis quelques minutes ; pour les courageux qui restent, voyons ce que nous propose le film.
« Dante’s Inferno » est produit en 1924 par la Fox Film Corporation, et il semble même que William Fox ait présenté le film en personne. Il s’agissait donc de tourner pour la première fois en Amérique une adaptation cinématographique du livre ouvrant « La divine comédie » et qui, rappelons-le, nous narre le périple de Dante aux Enfers, après que sa muse Béatrice a demandé à Virgile de quitter les limbes pour servir de guide au poète florentin pour son périple souterrain. Et même si nous n’avons pas tous forcément de goût particulier pour la poésie du quattrocento, vous reconnaîtrez tout de même qu’une histoire qui commence par « Au milieu du chemin de notre vie, je me retrouvai dans une forêt obscure dont la route droite était perdue » ne saurait appeler aucune réserve de la part du lecteur… L’œuvre avait déjà bénéficié de deux adaptations par le cinéma italien, dont l’une, très retentissante, produite par la Milano Films en 1911, était bien entendu connue des producteurs américains. Soit que William Fox ait craint que le matériau scénaristique soit trop mince, soit qu’il ait souhaité insuffler de la contemporanéité à cette histoire, toujours est-il que le scénario imaginé par Cyrus Wood puis complété par Edmund Goulding enserre le récit de Dante dans une intrigue globale clairement dérivée du très célèbre « Chant de Noël » de Dickens. Il en résulte un mélange assez curieux, dans lequel un Scrooge moderne, prenant la forme d’un businessman sans scrupules, va être ramené à de meilleurs sentiments après qu’un rêve suscité par la lecture de Dante lui ait fait entrevoir l’Enfer qui l’attend s’il poursuit ses mauvaises manières. Ah ! Sacrés puritains, qui entreprennent donc de nous faire croire qu’une peur surnaturelle est apte à vaincre les excès du capitalisme débridé, afin de mieux éloigner l’idée que cela puisse se faire par des lois… Si l’influence de Dickens est indéniable avec ce personnage dont on dénonce l’insensibilité face à la misère sociale, on peut toutefois relever une différence notable avec « Un chant de Noël », dans lequel Ebenezer Scrooge est ramené à la bonté après que quelques apparitions surnaturelles finissent par susciter chez lui de la compassion ; or c’est un tout autre sentiment, celui de la peur, qui contraint le Mortimer Judd du film de la Fox à se rallier au camp du bien, la menace de l’Enfer finissant par avoir raison de sa cupidité. Voilà donc une morale typiquement religieuse, monothéiste, dans laquelle le croyant vit dans la crainte de Dieu, alors que la morale de Dickens semble de nature plus païenne et tournée vers les modèles donnés par les contes de fées.
Comme on l’a vu la semaine dernière pour « Maciste all’inferno », le thème de la catabase trouve l’essentiel de son intérêt cinématographique dans les recherches graphiques qu’il suscite. On avait vu au sujet du film italien l’influence incontournable des gravures de Gustave Doré ; cela semble encore plus le cas ici, le nom du célèbre illustrateur du XIXe siècle étant même explicitement cité dans l’histoire. Je dois toutefois avouer une certaine gêne à parler de l’esthétique du film, étant donné la piètre qualité de la copie que je vous propose, et qui ne permet que de n’en entrevoir les qualités qu’assez vaguement. Toujours est-il que sans aucun effort de scénario ou de mise en scène, cette descente aux Enfers s’organise comme une simple succession de tableaux, que Virgile commente à Dante dans des intertitres écrits dans un anglais au style volontairement littéraire et désuet que j’avoue ne pas avoir cherché à recréer, me contentant d’une traduction exacte dans un style neutre. En outre, certains vers de l’œuvre écrite originelle figurent explicitement (c’était aussi le cas, d’ailleurs, dans « Maciste all’inferno »), et se distinguent des intertitres précédents ; lorsque j’ai pu identifier les passages en question, j’ai alors utilisé pour le sous-titrage des traductions classiques du XIXe siècle (Ratisbonne, Lammennais ou Deschamps). Pour en revenir aux considérations esthétiques, les quelques cinéphiles qui ont pu visionner des copies de qualité plus acceptable témoignent d’un travail graphique certes intéressant, mais de moindre qualité que dans la célèbre version de référence tournée en Italie en 1911. Certaines images semblent pourtant ne pas manquer de poésie, tels ces suicidés dont l’apparence s’est végétalisée, et donnent envie d’avoir accès, un jour peut-être, à une version restaurée de l’œuvre. Un autre aspect graphique concerne la représentation des corps, et on avait vu à ce sujet que « Maciste all’inferno » avait eu maille à partir avec la censure à cause du fort parfum d’érotisme qui parcourait le film ; un internaute soulignait d’ailleurs très justement, dans les commentaires de la semaine dernière, qu’une telle démarche anticipait sur ce qu’on appellera plus tard le cinéma d’exploitation. Or, on retrouve à peu près le même aspect dans le film d’Henry Otto, malgré le fait qu’il se situe dans une démarche plus intellectuelle que celui de Brignone. Bien qu’il soit difficile de trouver des informations précises là-dessus, il semble que « Dante’s Inferno » ait lui aussi été confronté à des problèmes de censures (cela dépendait aussi des pays dans lesquels il était distribué), dus à la nudité des corps apparaissant sur les images. Mais là encore, il me faut évoquer la médiocrité de la copie dont nous disposons : il est en effet délicat de vérifier de visu si la nudité des figurants est complète comme l’affirment certaines sources… On notera que d’autres productions de William Fox avaient déjà par le passé défrayé la chronique à cause de figurations jugées impudiques, notamment des péplums avec Theda Bara, aujourd’hui malheureusement perdus. Concernant « Dante’s Inferno », les intentions un brin racoleuses du producteur paraissent évidentes au vu des affiches promotionnelles du film, qui jouent assez largement sur la nudité de Pauline Starke.

Plus encore, certaines de ces affiches relèvent carrément d’un mauvais genre dont le goût fortement épicé renvoie aux futures productions du cinéma bis italien des années 60-70, et notamment ces affiches où l’on voit l’actrice en tenue d’Eve fouettée par un diable musculeux (en érection ?) ; seule une abondante chevelure vient opportunément (ou plutôt malheureusement) nous cacher, façon Vénus de Botticelli, l’intimité de la gracieuse pécheresse. Bref, le genre de truc que tout le monde aime bien, chez Warning Zone… Enfin, il convient de mentionner que le film fut refait en 1935 avec Spencer Tracy dans le rôle du vilain magnat ; or si le film de 1924 a bien des défauts, ce remake est bien pire encore, et les scènes en Enfer n’y durent d’ailleurs que le temps d’une bobine. Spencer Tracy, dont s’était le dernier rôle pour la Fox, désavouera totalement le film.
L'INFERNO (1911)
MP4 DVDRIP 139 Mo VOSTFR (17 min)
Bon, il faut avouer qu’entre la copie cradingue et un film à la mise en scène sans attrait, vous n’êtes pas trop gâtés cette semaine… Mais les courageux qui auront tenu jusque-là vont cependant bénéficier d’un petit bonus de meilleure allure : en 1911, hormis l’œuvre prestigieuse produite par Milano Films, un second « Inferno » fut en effet tourné cette année-là en Italie. Non seulement cette version est d’une bonne qualité artistique, mais elle a bénéficié d’une restauration et d’une édition DVD, et il en résulte donc un fichier vidéo qui est cette fois acceptable. Ce court-métrage fut produit à la hâte par Helios Film afin de sortir quelques mois avant la grosse production de la Milano qui allait bientôt l’éclipser. De facture très correcte, le film possède dans son approche graphique les deux caractéristiques principales des films d’Henry Otto et Guido Brignone que je vous ai présentés : l’influence des illustrations de Gustave Doré, à laquelle vient s’ajouter une bonne dose d’érotisme (attention, plan nichons !). Vous pourrez lire quelques compléments d’information sur ce curieux court-métrage directement dans les cartons de présentation. Sous-titrage réalisé par mes soins pour les deux films : traduction d’après les intertitres anglais pour le film de 1924, et d’après des intertitres allemands pour le court-métrage de 1911. Un dernier mot pour souligner le remarquable travail d’un internaute qui s’est efforcé de tirer le meilleur parti possible du matériel vidéo numérique disponible pour la version d’Henry Otto, a essayé vaille que vaille d’en atténuer les insuffisances ; il a surtout a bricolé une incroyable bande-son pour accompagner le film (uniquement avec des thèmes du domaine public), dont l’époustouflante qualité surpasse le travail de bien des professionnels. C’est donc son fichier que j’ai utilisé ; cet internaute fort inspiré se nomme Jonathan Simpson, et je lui tire bien bas mon chapeau.
Un partage et une traduction de
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Merci beaucoup pour tout cela wouah !
RépondreSupprimerMerci ! Super trouvaille et super présentation
RépondreSupprimerTout ceci est vrai mais je préfère une copie de mauvaise qualité que pas du tout
RépondreSupprimerMe voici au pays des merveilles. Merci pour les films et les les textes
RépondreSupprimerExtra, merci beaucoup.
RépondreSupprimerEt une centaine d années après, les god of war et hades sur consoles. Merci UH.
RépondreSupprimerMerci pour ce "Retour vers l’enfer."
RépondreSupprimerUn classique de la littérature tournée durant l'âge d'or muet et avec des sous-titres...merci!
RépondreSupprimerQuel cadeau !! Merci
RépondreSupprimerMerci beaucoup Unheimlich !
RépondreSupprimerUn grand merci pour ces raretés ! Fanche17.
RépondreSupprimerMerci pour ce travail!
RépondreSupprimerMerci beaucoup
RépondreSupprimerSalut Unheimlich ! J'avais loupé cette publication et vu la date je craignais que le lien soit invalide , mais non finalement .
RépondreSupprimerJ'ai lu la Divine Comédie et "Le Prince" de Machiavel il y a bien 30 ans . Monuments de la littérature je ne pouvais y passer à côté et bien que le premier volet , "Inferno" puisse encore s'apprécier à sa première lecture comme un simple voyage de l'auteur avec Virgile , il n'en reste pas moins que la trilogie complète est bien plus qu'un roman , c'est un traité politique et une connaissance de l'Histoire des états et républiques italiennes du XII° siècle , de la fin du XIII° siécle et du début XIV° (période de l'écriture de la trilogie) est essentielle à la bonne compréhension (tant soit peu qu'on y comprenne quelque chose si on est pas un mordu d'Histoire) . Dante Alighieri y règle quelques comptes (Il faut donc aussi s'intéresser à la biographie de Dante Alighieri) . Puis le même cheminement est à faire pour "Le Prince" et là l'Histoire nous porte jusqu'aux XV° et XVI° siècles . Machiavel a travaillé pour la république de Florence , fief des Médicis , à l'étranger comme dans la péninsule auprès des Borgias notamment . Emprisonné et chassé de Florence , "Le Prince" ne sera publié qu'une quarantaine d'années après son écriture et sera dédicacé à Laurent II de Médicis , père de Catherine de Médicis (qui deviendra entre autres choses , Régente et Reine de France. J'ai donc recommencé depuis peu par le début , l'Histoire de l'Italie de ces époques dont l'épicentre est la famille De Médicis dont le nom est mondialement reconnu mais l'Histoire complète bien moins car longue et franchement tordue .
Quand j'aurai fini l'Histoire de l'Italie et des De Médicis (qui va me prendre un certain temps) je pourrai relire sous un angle nouveau "La divine comédie" puis "Le Prince" .
Merci Unheimliche pour ce "Dante's Inferno" , je me demande bien ce qu'il va donner .
A bientôt !