HD
(VOSTFR)
Réalisation : Satsuo Yamamoto
Casting : Raizô Ichikawa, Shiho Fujimura, Yûnosuke Itô
Durée : 104 min
Année : 1962
Pays : Japon
Genre : Drame, Action
Histoire : Le jeune ninja Ishikawa Goemon devient pris au piège dans un complot visant à assassiner Oda Nobunaga, un seigneur de guerre régnant d'une poigne de fer sur un Japon féodal.
M4V HDLight 1080p 2.35 Go VOSTFR perso
Si on m’avait dit que j’irais un jour m’intéresser à un film de ninja, qui plus est pour aller en faire les sous-titres, je ne l’aurais pas cru. Car on le sait bien, le ninja, au cinéma, est un concept à haut potentiel nanardogène ; pour ma part, cela m’évoquait jusque-là ces vidéocassettes affublées de noms très évocateurs et qui recelaient des bandes d’une incommensurable bêtise, plus ou moins réalisées par Godfrey Ho avec plus ou moins Richard Harrison dans le casting, bref… Aussi cette découverte de « Shinobi no mono », film d’aventures d’une excellente facture, a constitué pour moi, et peut-être bientôt pour vous, une vraie bonne surprise cinéphilique. Etant donné qu’il s’agit du premier volet d’une saga de 8 films réalisés entre 1962 et 1966, j’ignore si les 7 autres sont d’une qualité comparable, mais je suis impatient de le savoir : nous aurons donc sûrement l’occasion de reparler de tout ça dans quelques semaines… Pourtant, cette réussite ne va pas sans quelques ratés : ainsi aura-t-on intérêt quand même à jeter un coup d’œil au pitch du film avant de le regarder, l’intrigue étant présentée de manière plutôt confuse et malhabile dans les premières scènes du film, ce qui est souvent le cas dans le cinéma de genre japonais de cette époque. Par ailleurs, bien que n’étant pas le premier film consacré aux ninjas (le thème a été abordé dès l’époque du muet), il semble néanmoins qu’il ait fixé les codes cinématographiques de ce sous-genre qui allait rapidement basculer dans la franche nanardise, à l’instar de ce que j’évoquais en introduction. Aussi le film ne nous épargne pas les aspects un brin farfelus des prouesses acrobatiques propres aux ninjas modernes, mais fort heureusement sans trop en abuser non plus ; disons qu’à ce sujet il se situe sur une crête qu’il serait dangereux de franchir. De même, certains « dialogues ninjas » (par exemple celui entre Goemon et son père) prêtent franchement à sourire et menacent par moment de faire sombrer l’édifice. Mais à l’inverse, le film possède de réelles fulgurances qui m’ont laissé pantois : ainsi la scène d’ouverture et celle de la rencontre entre Goemon et Sandayu au détour d’un chemin creux, deux superbes séquences nimbées de fantastique, ou encore la détention puis le suicide d’un combattant, scène d’une cruauté stupéfiante, constituent d’authentiques morceaux de bravoure qui produisent un souvenir durable ; j’aurai plus avant l’occasion de revenir sur certaines autres scènes de très haute volée, et qui furent même réemployées par la suite par le cinéma occidental.

Certes, mais au fait, c’est quoi, un ninja ? Un peu d’histoire… Bien que sans doute déjà présents depuis longtemps auparavant, l’activité des ninjas n’est clairement documentée qu’à partir de la fin du XVe siècle. Mais tous les joyeux geeks qui les imaginent déjà masqués de noir dans leur kimono à bandeau, en train de sauter à 3 mètres de hauteur tout en lançant des shuriken, vont devoir sérieusement déchanter : il s’agissait semble-t-il de vulgaires mercenaires employés comme saboteurs, sorte de cinquième colonne des samouraïs. Encore que l’assimilation à ces derniers pose problème, étant donné que les ninjas n’étaient pas soumis au bushido (code d’honneur des samouraïs) du fait du caractère non-conventionnel de leur façon de faire la guerre : dévolus à l’exécution des basses-œuvres de la poliorcétique (renseignement, assassinat, sabotage, empoisonnement, incendie), les ninjas semblent avoir plutôt fait figure de parias au sein de l‘univers guerrier médiéval nippon. Leur vraie dénomination, « Shinobi no mono », et qui est donc le titre du film, est d’ailleurs la traduction de ce statut particulier, puisque l’expression signifie à peu près « combattant de l’ombre » ; le terme de « ninja », plus tardif, a été préféré par les occidentaux pour des raisons de commodité de prononciation. Voilà donc pour le ninja historique, qui n’était donc au fond guère plus qu’un espion rémunéré ou bien un tueur à gages sans grand prestige ; or le ninja qui nous occupe ici, avec tout son folklore et son attirail rigolo, est quant à lui une pure création de la culture populaire japonaise du milieu du XIXe siècle. Et c’est au cours de cette renaissance fictionnelle qu’il va acquérir toute cette aura mystérieuse qu’on lui connait aujourd’hui ; le grand Hokusai lui-même va participer de façon décisive à l’élaboration de ce mythe singulier en réalisant une estampe qui semble avoir fixé durablement l’imagerie du ninja, dans son aspect strictement graphique bien sûr (le fameux accoutrement) mais également dans le domaine narratif. Sur ce dernier point, observez en effet la position acrobatique du personnage, et ce que le croquis nous laisse imaginer du hors-champ ; combattant solitaire à l’assaut d’une forteresse, le ninja d’Hokusai se situe un peu au-delà de la croisée des chemins : s’il peut encore être possiblement en train d’effectuer sa tâche historique de saboteur rétribué, il semble s’être plus sûrement déjà attelé à celle, plus noble, que va lui réserver l’imaginaire populaire, c’est-à-dire de mener une action de commando d’élite. Or il me semble que c’est à ce point précis que se situent les ninjas du film qui nous occupe ici, et il me plaît d’imaginer que son auteur Satsuo Yamamoto aura eu en tête cet étonnant dessin de 1817 lorsqu’il l’a mis en scène en 1962 ; on pourra d’ailleurs remarquer que le dramaturge auteur du roman qui sert de base au film, Tomoyoshi Murayama, était fin connaisseur de l’art pictural de son pays.
Mais il ne faut pas s’y tromper : si « Shinobi no mono » laisse libre cours à une certaine fantaisie largement reprise par la suite, le cadre historique dans lequel il inscrit son récit possède une rigueur qu’il convient de souligner, car elle contribue elle aussi à la bonne qualité de l’ensemble. Il faut évoquer là la figure d’Oda Nobunaga, le méchant de l’histoire, un seigneur de guerre qui a bel et bien existé à l’instar de l’épisode que raconte le film. Dans l’histoire du Japon médiéval, Nobunaga fait figure de personnage charnière dans une époque charnière, celle dite Azuchi-Momoyama, époque courte mais importante car elle fut celle de l’unification du pays. Or elle s’ouvre en 1573 avec l’ère Tensho, laquelle débute justement avec la montée en puissance d’Oda Nobunaga, qui fait donc figure de premier artisan de cette entreprise unificatrice. Celle-ci n’a rien de pacifique comme on s’en doute, et il s’agit surtout pour ce redoutable daimyo (seigneur) de soumettre par la force le plus de territoire possible. Les ninjas, quant à eux, se trouvaient historiquement dans la province d’Iga, une région proche de Kyoto (la capitale d’alors) restée sauvage et au sein de laquelle ils avaient développé leurs techniques de guérilla ; la soumission violente de cette province par Nobunaga entre 1579 et 1581 marqua donc la fin de la belle époque pour nos ninjas, dont les survivants durent ensuite se disperser et partir mettre leurs talents au service du shogunat. Cet événement tragique est évoqué dans les scènes de bataille à la fin du film, le reste du récit se déroulant pour l’essentiel dans l’année qui précède (1578), et qui correspond à la construction par Nobunaga du château d’Azuchi. Décrit ici comme une brute sanguinaire qu’il faut assassiner par tous les moyens, Oda Nobunaga fut en réalité un personnage plus nuancé et finalement assez intéressant. Certes, son parcours fut parsemé de massacres épouvantables, y compris de civils, et son ambition ne le fit reculer devant aucun meurtre, fut-il celui de son propre frère cadet, ce qui en fait de ce point de vue le pendant nippon de nos Mérovingiens les plus infréquentables ; toutefois la culture japonaise semble avoir gardé une image plus complexe du personnage. Il est vrai que Nobunaga est d’ordinaire perçu comme un méchant, ce qui est le parti-pris manifeste du film, qui va même jusqu’à lui imputer des massacres qui n’ont pas eu lieu ; il semble ainsi qu’à l’issue du siège du Hongan-ji d'Ishiyama, il ait bel et bien incendié la forteresse mais en épargnant les défenseurs, au lieu de les exterminer comme le prétend le film. Cependant, au-delà de cette figure de brute sans merci qui lui colle à la peau se situent deux autres facettes de sa personnalité, propres à en adoucir quelque peu les traits. Ainsi Nobunaga fut-il aussi un protecteur des arts, collectionneur éclairé (y compris d’art occidental), commanditaire des plus grands artistes de son temps, en particulier pour la construction du château d’Azuchi, une forteresse malheureusement détruite quelques années plus tard mais qui passe pour avoir été la plus somptueuse réalisation architecturale de son temps, et dont le grand peintre Kano Eitoku mit 4 années à décorer les intérieurs. Ce curieux mélange, chez Nobunaga, de chef de guerre sans scrupule et de mécène raffiné fait étrangement penser aux fameux condottiere de la Renaissance italienne, qui associaient également leur prestige militaire à celui des arts ; on peut songer par exemple à une personnalité come Ludovic Sforza, qui fut tout autant le chef redoutable d’une troupe de mercenaires sans pitié qu’un des principaux mécènes de Léonard de Vinci. Toujours dans le même ordre d’idée, Oda Nobunaga fut également le protecteur des grands joueurs de go de son époque. Enfin, pour compléter ce portrait de personnage flamboyant et excentrique, il ne cessa durant sa vie de se montrer au-dessus des normes et de se jouer de toute convention sociale : d’origine noble, il affecta ainsi durant sa jeunesse de se montrer constamment aux côtés de rônins déclassées et exubérants (les kabuki-mono) ; protecteur des missionnaires Jésuites, Nobunaga passe aussi pour avoir été le premier Japonais à s’habiller à la manière occidentale. Un bien étrange personnage, donc.
Mais revenons un peu au film de Satsuo Yamamoto : sa singularité et sa force tiennent donc dans ce mélange réussi de fantaisie et de cadre historique rigoureux, non seulement en ce qui concerne les événements mais également sur des aspects plus techniques. Ainsi la scène durant laquelle l’ennemi juré des ninjas négocie l’achat d’arquebuses est particulièrement bien vue, lorsque l’on sait que les innovations en matière d’art de la guerre sont un autre aspect du génie controversé d’Oda Nobunaga : son nom reste entre autres associé à l’introduction massive de l’usage d’armes à feu dans les pratiques guerrières du Japon féodal. Le film pousse la précision jusqu’à évoquer l’origine portugaise de ces armes, ce qui est rigoureusement exact, cela correspondant à l’arrivée dans l’archipel des premiers navires occidentaux en 1543. Quant à la part plus fantaisiste du film, c’est-à-dire celle ayant trait au folklore ninja, elle sait aussi se montrer remarquable à sa façon. Or si j’ai déjà évoqué plus haut quelques scènes du film tout à fait saisissantes, il convient d’évoquer ici quelques autres morceaux d’anthologie, qui quant à eux ne passèrent pas inaperçus chez certains professionnels occidentaux. Car nos ninjas, avec leur image d’espions aux péripéties rocambolesques lorgnant vers le fantastique, aidés de leurs nombreux gadgets, et qui sont ici en lutte contre un méchant mégalomane, nous font irrésistiblement penser à un monstre sacré de notre cinéma populaire occidental, qui allait la même année débuter son service auprès de Sa Majesté… Et j’aborde ici l’anecdote la plus connue concernant « Shinobi no mono » : au moins deux éléments en furent explicitement repris dans « On ne vit que deux fois », le 5e opus de la saga James Bond, dont l’action se déroule d’ailleurs principalement au Japon. Tout d’abord le méchant, dont un des attributs visuels est repris : il apparaît portant un chat dans ses bras. On notera en outre qu’il est présenté comme un amateur d’art, ce qui était comme on l’a vu une des caractéristiques de Nobunaga, même si le film de Yamamoto ne l’évoque pas. Enfin, il y a cette scène extraordinaire de la tentative d’empoisonnement du méchant durant son sommeil, avec cette goutte qui descend le long d’un fil depuis un trou fait dans le plafond : cette trouvaille scénaristique géniale, qui semble elle-même vaguement inspirée du « Rififi » de Dassin, est reprise telle quelle dans le film de Lewis Gilbert ; l’intermédiaire semble avoir été l’écrivain Roald Dahl, qu’on avait pris comme scénariste pour « On ne vit que deux fois », et qui aurait vu le film japonais lors de ses travaux préparatoires, le projet britannique devant lui aussi faire figurer des ninjas.
Bon, ben si avec tout ça z’avez pas envie de voir « Shinobi no mono », moi j’me fais curé d’campagne… D’autant plus que c’est de la HD, hein, oui oui oui ! Les sous-titres consistent en une traduction indirecte que j’ai réalisée avec le plus de soins possibles d’après des sous-titres anglais qui m’ont paru tout à fait dignes de confiance, de quoi en tout cas vous faire oublier ce qu’a commis Asiamania il y a quelques années sur ce film ainsi que sur toutes ses suites. Enfin, un petit bonus pour les accros qui se seront déjà équipés de leur panoplie ninja : plutôt que d’essayer de faire un salto depuis le toit de la maison (vous vous feriez mal), allez jeter un coup d’œil à « Jiraiyi le ninja », court-métrage de 1921 d’après un conte populaire traditionnel. Vous aurez l’occasion peu commune d’y voir un ninja qui, outre les superpouvoirs habituels comme l’invisibilité, présente la capacité plus originale de se transformer en crapaud géant ! Il se met alors à avaler ses ennemis, c’est assez rigolo… On remarquera aussi l’extrême stylisation des combats dans ce curieux petit film, visuellement encore très proche du kabuki (théâtre traditionnel japonais), exception faite du dernier pugilat, à la chorégraphie plus proche des films de sabre qui nous sont familiers.
JIRAIYA LE HINJA (1921)
L'histoire de Jiraiya, légendaire ninja doté de grands pouvoirs qui part à l'aventure.
Muet/Court métrage VOSTFR (21 min)
Un partage et une traduction de















Merci pour ce film et sa trad Unheimlich
RépondreSupprimer(merci aussi pour la "presentation" tres instructive)
Il te tient à coeur celui là ! Curieux de voir ce film et un GRAND Merci pour le partage et la découverte !...(c'est top et instructif de présenter ces oeuvres en quelques paragraphes et ça donne envie de les voir, continuez!!!)
RépondreSupprimerMerci pour ce texte remarquable UH. Et pour ces petits, ces sans grades tueurs
RépondreSupprimerGros merci pour ce film qui me tente vraiment et pour cette présentation gargantuesque!
RépondreSupprimerGrand merci pour le film et pour la fiche de sa présentation.
RépondreSupprimerMerci pour les films mais impossible d'ouvrir les fichiers même avec plusieurs applications
RépondreSupprimer7zip réglera ton problème
SupprimerMerci pour tous ces films rares japonais et pour ce texte très instructif.
RépondreSupprimerMerci de mettre des liens valides.
RépondreSupprimerUn fameux film ! Je l'avais en petite qualité avec des sous-titres français, et en bonne qualité avec des sous-titres anglais. Tout est résolu ! Merci.
RépondreSupprimerUn Grand Merci Mr Unheimlich pour ces deux pépites.
RépondreSupprimerUne présentation très documentée et pertinente du film ramené à son contexte historique, ne peut que me plaire et me pousser (en fait ce n'était pas nécessaire), à suivre l'aventure de ces "espions" d'un autre temps. Merci.
RépondreSupprimerSans être tenté de regarder ce film, je rends hommage à ton enthousiasme et au sérieux de ta présentation. Bravo pour ce travail de traduction.
RépondreSupprimerm e r c i
RépondreSupprimerMerci beaucoup Unheimlich pour la présentation qui donne vraiment envie de découvrir ce film en qualité HD et le bonus.
RépondreSupprimerMerci pour cette très belle publication !
RépondreSupprimerCe qu'a commis Asiamania... tu as du voir toute les suites d'asiamania, c'est pas tres beau la critique publique et gratuite.
RépondreSupprimer